Téhéran souffle le chaud et le froid sur l’offre américaine
information fournie par Reuters 25/03/2026 à 18:01

par Parisa Hafezi, Alexander Cornwell et Asif Shahzad

L'Iran examine toujours une proposition américaine visant à mettre fin à la guerre dans le Golfe, malgré une première réaction "negative", a déclaré mercredi à Reuters un haut responsable iranien s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, laissant entendre que Téhéran n'avait pas, à ce stade, rejeté formellement le document.

En public, les responsables iraniens ont toutefois exprimé un mépris cinglant à l'égard de toute idée de négociation avec l'administration du président américain Donald Trump.

Mais l'apparente absence de réponse formelle transmise au Pakistan, qui a remis une proposition en 15 points au nom de Washington, semble montrer qu'au moins une partie des responsables iraniens aurait envisagé d'en débattre.

Un haut responsable de la sécurité pakistanais a déclaré qu'après avoir communiqué la proposition, Islamabad avait relancé le ministre iranien des Affaires étrangères et attendait toujours une réponse officielle.

"Les Iraniens nous ont dit qu'ils reviendraient vers nous ce soir. La presse dit qu'ils ont dit non. Mais nous n'avons reçu aucune confirmation de l'Iran. Alors nous attendons", a dit une deuxième source pakistanaise.

"Ils sont tous terrés et la communication est un vrai défi."

Un autre haut responsable iranien avait confirmé plus tôt que Téhéran avait reçu la proposition transmise par le Pakistan, ajoutant que des discussions, si elles se concrétisaient, pourraient se tenir au Pakistan ou en Turquie.

De tels pourparlers conféreraient au Pakistan une stature mondiale sans précédent depuis que le pays a contribué à une médiation ayant conduit à la visite du président américain Richard Nixon en Chine en 1972.

La source iranienne n'a livré aucun détail sur la proposition transmise par le Pakistan, ni précisé s'il s'agissait du même cadre américain en 15 points déjà rapporté par plusieurs médias, dont Reuters.

LUTTE INTÉRIEURE

Les Bourses en Europe et aux Etats-Unis restaient sur une note positive mercredi en fin de journée même si elles ont nettement réduit les gains liés à l'espoir d'une désescalade tandis que les cours du brut restaient orientés à la baisse.

Vers 15h25 GMT, l'indice parisien CAC 40 n'avance plus que de 0,68%, le Stoxx 600 paneuropéen de 0,76%, tandis qu'à Wall Street, le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq gagnent entre 0,27% et 0,62%. Ces grands indices avaient pris de 1% à 1,5% en matinée.

Trois sources au sein du cabinet israélien ont déclaré que le cabinet de sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été briefé sur la proposition, qui, selon elles, comprendrait le retrait des stocks iraniens d'uranium hautement enrichi, l'arrêt de l'enrichissement, des limites au programme balistique et la fin du financement de groupes partenaires dans la région.

Parallèlement, plusieurs sources ont déclaré à Reuters que le Pentagone prévoyait d'envoyer des milliers de parachutistes dans le Golfe pour offrir à Donald Trump davantage d'options en vue d'un éventuel assaut terrestre, en plus de deux contingents de Marines déjà en route. La première unité expéditionnaire des Marines, embarquée sur un vaste navire d'assaut amphibie, pourrait arriver vers la fin du mois.

"Votre lutte intérieure en est-elle arrivée au point où vous négociez avec vous-mêmes ?", s'interrogeait plus tôt Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du commandement central de l'armée iranienne.

"Nous ne pourrons jamais nous entendre avec des gens comme vous. Comme nous l'avons toujours répété, aucun d'entre nous ne peut conclure d'accord avec vous. Ni maintenant, ni jamais."

LES FRAPPES SE POURSUIVENT

Les dirigeants iraniens martèlent en public qu'il n'est pas question d'engager la moindre discussion avec les Etats-Unis, soulignant que ces derniers les ont attaqués à deux reprises alors que des canaux de négociations étaient ouverts entre les deux pays.

Quatre semaines après le début d'un conflit qui a déjà fait des milliers de morts, provoqué le plus grave choc énergétique de l'Histoire récente avec la fermeture de fait par l'Iran du détroit d'Ormuz - par où transite un cinquième du transport maritime mondial de pétrole - et relancé les pressions inflationnistes, les échanges de frappes entre l'Iran et Israël se poursuivaient mercredi.

L'Iran pourrait ouvrir un nouveau front dans le conflit régional en cas de provocation, rapporte l'agence de presse semi-officielle Tasnim, citant une source militaire iranienne non-identifiée.

Téhéran pourrait décider d'"activer" le détroit de Bab el-Mandeb en mer Rouge, où le mouvement yéménite des Houthis aligné sur l'Iran a déjà mené par le passé des attaques contre des navires liés à Israël en parallèle à la guerre dans la bande de Gaza.

L'armée israélienne a annoncé sur Telegram avoir lancé une vague de frappes visant des infrastructures à Téhéran. Elle a ensuite précisé que son armée de l'air avait touché deux sites de production de missiles de croisière dans la capitale iranienne.

L'agence iranienne semi-officielle SNN a rapporté que les frappes avaient touché un quartier résidentiel.

En Israël, les sirènes d'alerte ont à nouveau retenti ce mercredi et la population a été invitée à rejoindre les abris.

Le Koweït et l'Arabie saoudite ont quant à eux dit avoir intercepté de nouveaux drones, sans préciser leur origine.

Donald Trump assurait mardi à des journalistes que les États-Unis étaient en "négociations" avec "les bonnes personnes" en Iran pour mettre fin à la guerre, ajoutant que les Iraniens souhaitaient "très fortement" parvenir à un accord.

(Bureaux de Reuters; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)