Tech-Les dépenses colossales consacrées à l'IA reviennent sur le devant de la scène au T1
information fournie par Reuters 28/04/2026 à 15:47

Les géants américains de la technologie ont investi des centaines de milliards de dollars au cours des trois dernières années pour stimuler l'essor de l'intelligence artificielle (IA), mais les investisseurs attendent toujours de voir si ces efforts porteront leurs fruits.

Ce sera, une fois de plus, l'une des questions clés de la saison des résultats du premier trimestre, qui atteindra son apogée mercredi.

Les chiffres trimestriels d'Alphabet GOOGL.O , Microsoft

MSFT.O , Meta META.O et Amazon AMZN.O , tous attendus mercredi après la clôture de la Bourse de New York, avant Apple

AAPL.O jeudi, permettront de déterminer si les dépenses colossales consacrées à l'IA ont généré une croissance suffisante dans les domaines de l'informatique en nuage ("cloud computing") et de la publicité.

Les quatre premières entreprises sont sur le point d'investir quelque 600 milliards de dollars (513,24 milliards d'euros) dans l'IA cette année, un niveau de dépense sans précédent qui a pesé sur leur trésorerie et mis à rude épreuve la patience de Wall Street, même si, dans l'ensemble, leurs actions ont bien résisté aux doutes des investisseurs grâce aux perspectives de bénéfices futurs.

Le financement de cette course à l'IA à par ailleurs des répercussions à d'autres niveaux. Amazon et Meta, société mère d'Instagram et de Facebook, ont annoncé des réductions d'effectifs touchant des milliers de salariés, tandis que Microsoft a lancé son premier programme de départs volontaires depuis plus de cinquante ans.

"Ce que les investisseurs recherchent – nous y compris –, c'est le retour sur toutes ces dépenses d'investissement (capex)", souligne Joe Maginot, gestionnaire de portefeuille de grandes capitalisations chez Madison Investments, qui détient des actions d'Alphabet, de Meta et d'Amazon.

"Évidemment, cela prend du temps, mais (...) ces entreprises généraient auparavant d'importants flux de trésorerie disponibles et, aujourd'hui, la quasi-totalité des flux de trésorerie d'exploitation est absorbée par les dépenses d'investissement", dit-il, ajoutant que la dynamique économique de ces entreprises est en train de changer.

Cette évolution sera examinée à la loupe dans les résultats des activités liées au cloud.

La croissance devrait toutefois s'accélérer modestement dans l'ensemble du secteur au cours du trimestre allant de janvier à fin mars : Amazon Web Services (AWS) devrait afficher une progression de 25%, Microsoft Azure de 40% et Google Cloud de 50,1%, contre respectivement 23,6%, 39% et 47,8% au trimestre précédent, selon les données de Visible Alpha et LSEG.

La croissance globale du chiffre d'affaires de ces sociétés reste en outre solide, les ventes d'Alphabet devant augmenter de 18,7% à 107,06 milliards de dollars, tandis que celles d'Amazon devraient progresser de 13,9% à 177,30 milliards de dollars et celles de Microsoft de 16,2% à 81,39 milliards de dollars, selon les estimations des analystes.

Le chiffre d'affaires de Meta devrait pour sa part enregistrer un bond de 31% à 55,45 milliards de dollars, soit sa croissance la plus rapide depuis plus de quatre ans, les investissements dans l'IA améliorant le ciblage et la portée publicitaires.

Le groupe bénéficie également d'une position dominante sur le marché numérique.

MICROSOFT SOUS LE FEU DES PROJECTEURS

Les enjeux sont particulièrement importants pour Microsoft, dont l'action a sous-performé celles de ses concurrents et a clôturé la période janvier-mars avec sa pire performance trimestrielle depuis la crise financière de 2008. Autrefois considéré comme le pionnier de la course à l'IA, les investisseurs craignent que Microsoft n'ait pas réussi à convertir sa vaste clientèle d'entreprises en utilisateurs payants du chatbot Copilot.

Seuls 3,3% de ses plus de 450 millions de clients professionnels sont abonnés à cet assistant IA, qui coûte 30 dollars par mois.

Mais ce n'est pas tout : les outils d'IA tels qu'Anthropic menacent de supplanter les logiciels traditionnels qui constituent depuis longtemps une importante source de revenus pour l'entreprise.

Microsoft tente de transformer cette menace en atout en intégrant plus profondément les modèles d'IA de ses concurrents dans son propre écosystème.

En plus, Microsoft n'aura plus l'accès exclusif aux modèles et produits d'IA d'OpenAI, un changement majeur qui permettra à la start-up de commercialiser sa technologie auprès de plateformes d'informatique dématérialisée concurrentes, notamment Amazon et Google.

Si le géant américain recevra une part garantie de 20% des revenus d'OpenAI jusqu'en 2030 en vertu d'un nouvel accord, OpenAI est désormais libre de travailler avec des fournisseurs de cloud concurrents.

"L'entreprise va devoir expliquer pourquoi son modèle économique ne sera pas profondément bouleversé par l'IA et pourquoi ses investissements dans OpenAI, ainsi que sa relation avec OpenAI, lui permettront de rester compétitive", souligne Melissa Otto, responsable de la recherche chez S&P Global Visible Alpha.

(Aditya Soni et Deborah Sophia à Bangalore, version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)