SYNTHESE 5-Ukraine-L'aéroport d'Odessa en partie détruit par une frappe russe, les combats se concentrent sur le Sud et l'Est
information fournie par Reuters 30/04/2022 à 23:17

* La piste de l'aéroport d'Odessa désormais impraticable

* La Russie poursuit son offensive dans l'est de l'Ukraine

* La France renforce son appui militaire à l'Ukraine

(Synthèse actualisée avec évacuation de civils à Marioupol, §26-27-28)

par Natalia Zinets, Hamuda Hassan et Jorge Silva

DOBROPILLIA, Ukraine/KYIV, 30 avril (Reuters) - L'armée russe a tiré des missiles samedi dans l'est et le sud de l'Ukraine, détruisant, sans faire de blessés, la piste du principal aéroport d'Odessa, ville portuaire du Sud-Ouest jusqu'ici relativement épargnée par les combats.

Un missile russe tiré de Crimée a touché la piste qui est désormais impraticable, a déclaré le gouverneur d'Odessa, Maksim Martchenko.

"Dieu soit loué, il n'y a pas de blessé. Des mesures anti-sabotage sont menées dans la région", a-t-il dit.

Odessa, troisième ville d'Ukraine située sur la mer Noire, avait été il y a une semaine la cible d'un pilonnage russe qui avait fait au moins huit morts, selon l'armée ukrainienne.

La partie russe n'a fait aucun commentaire sur la frappe de samedi.

Les pilonnages russes se poursuivaient par ailleurs dans le Donbass, dans l'Est.

A Dobropillia, une ville minière de la province de Donetsk, l'onde de choc d'une frappe russe a fait voler en éclats les fenêtres d'un immeuble d'habitations et laissé un large cratère dans la cour.

Andriy, un résident qui a refusé de donner son nom de famille, a déclaré à Reuters que sa compagne, qui se trouvait dans une pièce en face de la cour au moment du choc, avait perdu connaissance.

"Grâce à Dieu, les quatre enfants étaient dans la cuisine", a-t-il dit. Leur salon a été détruit.

Les occupants de l'immeuble tentaient de récupérer ce qui pouvait l'être au milieu des décombres.

"Vers 09h20, ce bonheur nous est arrivé. Tout a été détruit", témoigne Oleh d'un ton sarcastique.

L'objectif de Moscou est de s'emparer de la totalité du Donbass, constitué des provinces de Louhansk et Donetsk déjà contrôlées en partie par les séparatistes pro-russes.

TIRS UKRAINIENS SUR LE SOL RUSSE

Les Russes ont tenté de prendre le contrôle des zones de Lyman à Donetsk et Sievierodonetsk et Popasna à Louhansk, a indiqué l'état-major des forces ukrainiennes lors de son briefing quotidien. "Sans succès - les combats se poursuivent", a-t-il précisé.

L'armée russe a annoncé avoir visé samedi 17 infrastructures militaires ukrainiennes avec des missiles de haute précision, détruit un poste de commande et un entrepôt servant selon elle à stocker des roquettes et de l'artillerie.

Selon le ministère russe de la Défense, plus de 200 soldats ukrainiens ont été tués dans ces frappes et 23 véhicules blindés ont été détruits.

La Russie a fait état samedi de nouvelles frappes ukrainiennes sur son territoire.

Les autorités de Bryansk, région frontalière de l'Ukraine et de la Biélorussie, ont déclaré que la défense anti-aérienne avait déjoué une attaque de l'aviation ukrainienne. Un terminal pétrolier russe a été atteint dans les combats.

Dans la région de Koursk, au sud de Bryansk, des obus ont été tirés du sol ukrainien vers un point de contrôle russe, a déclaré le gouverneur Roman Starovoït, qui ne signale ni blessé ni dégât matériel.

Des pourparlers de paix se poursuivaient entre les deux parties, sans avancée à ce stade.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que la levée des sanctions occidentales visant la Russie faisait partie des sujets en discussion - selon des propos rapportés sur le site du ministère -, mais le négociateur en chef ukrainien Mikhaïlo Podoliak a nié que ce soit le cas.

Sergueï Lavrov a déclaré que si les États-Unis et les autres pays membres de l'Otan souhaitaient réellement mettre fin à la crise ukrainienne, ils devraient cesser d'envoyer des armes à Kyiv. nL2N2WS00K

LES RESISTANTS D'AZOVSTAL

À Washington, le plan d'aide de 33 milliards de dollars présenté par le président américain Joe Biden pour l'Ukraine, dont 20 milliards d'aide militaire, a reçu le soutien des Républicains comme des Démocrates.

Le président français, Emmanuel Macron, a promis pour sa part samedi de renforcer l'appui de la France à l'Ukraine en matériel militaire et en aide humanitaire à l'occasion d'un entretien téléphonique d'une heure avec Volodimir Zelensky.

Faute d'avoir pu s'emparer de Kyiv, lors d'une offensive qui a laissé dernière elle un champ de ruines, tué des milliers de personnes et forcé cinq millions d'Ukrainiens à fuir à l'étranger, la Russie se concentre désormais sur l'est et le sud de l'Ukraine.

Sur Facebook, l'état-major ukrainien a indiqué que l'aviation russe avait continué à bombarder samedi la ville assiégée de Marioupol, sur la mer d'Azov, principalement l'usine Azovstal.

Selon un combattant ukrainien, Sviatoslav Palamar, une vingtaine de femmes et d'enfants ont pu s'extraire samedi de l'aciérie pour être évacués vers Zaporijjia, au Nord-Ouest, en vertu d'un cessez-le-feu local.

"Nous sortons les civils des décombres avec des cordes - les plus âgés, les femmes, les enfants", a dit Palamar.

Selon les autorités ukrainiennes, des centaines d'Ukrainiens sont toujours dans l'aciérie.

Le service ukrainien des gardes-frontières a publié sur sa page Facebook une vidéo montrant une quinzaine de soldats en treillis, visiblement épuisés, la plupart casqués, armés de fusils, chantant l'hymne national dans une petite pièce.

Selon ce service, il s'agit de gardes-frontières contribuant à la défense de l'aciérie Azovstal, dernière poche de résistance des forces ukrainiennes.

Reuters n'a pu vérifier la validité de la vidéo.

Moscou qualifie la guerre lancée le 24 février d'"opération militaire spéciale" pour désarmer et "dénazifier" l'Ukraine, défendre les russophones contre la persécution et empêcher les États-Unis d'utiliser le pays pour menacer la Russie.

L'Ukraine rejette ces allégations et dit se battre pour préserver son intégrité territoriale à Donetsk et Louhansk.

(Avec la contribution des journalistes de Reuters; rédigé par Estelle Shirbon, version française Jean-Michel Bélot et Sophie Louet)