STIF : retour à la case départ ? pas tout à fait...
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 15/10/2026 à 09:02

STIF (Crédits: STIF)

Basé à Saint Georges sur Loire, près d'Angers, fondé en 1984 et toujours contrôlée par son dirigeant-fondateur, STIF est une société industrielle qui doit réaliser un chiffre d'affaires de 110 millions d'euros environ cette année avec 400 collaborateurs environ. STIF conçoit et fabrique plusieurs types d'équipements : des godets et des sangles pour des élévateurs utilisés dans la manutention de matériaux en vrac (grains, granulés, poudres etc…, marque JET et BELJET) et des raccords à compression (marques EURAC) : des bagues métalliques assurant l'étanchéité de systèmes de transport par tubes pneumatiques (tuyauteries modulaires MANUVRAC et portes de visites étanches NOVAPORTE) toujours pour des matériaux en vrac, et toujours beaucoup pour l'industrie agroalimentaire.

Ces matériaux pouvant générer des nuages de vapeur ou de poussière explosive, STIF a ensuite développé des systèmes de protection contre les explosions, qui sont devenus au fil du temps sa principale expertise. Avec une filiale dédiée : Vigilex Industrie, et une gamme complète d'équipements certifiés ATEX (panneau d'explosion : V-Dex, arrêts de flammes Vigiflams, clapets coupe-feu Vigiflaps).

90% des ventes hors de France, sécurité, etc : IPO réussie en 2023

Pour ses productions, STIF opère trois usines relativement robotisés/automatisées en France, en Chine (Suzhou, depuis 2011), et aux USA (Vigilex Energy, Texas, depuis deux ans), qui transforment 3 500 tonnes d'acier par an, pour fabriquer 2 millions de godets d'élévateur et 800 000 raccords de pression par an, sans parler du reste.
STIF vend ses produits dans 80 pays en tout, et a réalisé plus de 90% de son chiffre d'affaires 2025 hors de France en s'appuyant sur une trentaine de partenaires de négoce industriel, et des filiales commerciales en Ibérie, en Chine, à Singapour, et en Indonésie.

Avec de bons produits liés à la sécurité vendus dans le monde entier, de bons états de service : une croissance de plus de 10% par an et une marge opérationnelle de plus de 8% les années d'avant, STIF s'est introduit en Bourse en décembre 2023, levant sans peine 9 millions d'euros pour financer son développement aux USA et ailleurs, et investir aussi dans son outil de production.

Le boom des BESS : une fantastique opportunité

L'histoire a changé en 2024 avec le succès des nouveaux produits dédiés à la protection contre les explosions utilisés dans les stockages d'électricité par batteries, alias BESS en bon franglais techno-financier (pour Battery Energy Storage System). Les BESS sont de vastes parcs de batteries groupées dans des conteneurs (de 40 pieds, de préférence), bien utiles pour lisser la production d'électricité réalisée à partir de vent et de soleil, qui sont des sources d'énergie éminemment gratuites mais peu fiables (et peu modélisables en fait), et pour tout dire très intermittentes. Pour compenser cette intermittence, les BESS sont pour les grands énergéticiens producteurs d'électricité verte une bonne alternative aux centrales à gaz, alias les CCGT. Car si ces dernières ont l'immense vertu de monter en puissance très vite quand il le faut, elles ont aussi l'important défaut de brûler du gaz, source d'énergie très malheureusement fossile. Ce qui jette incontestablement une ombre sur la sacro-sainte transition énergétique, puisqu'il faut toujours plus de centrales à gaz pour accompagner le développement de l'éolien ou du solaire, ce qui a un petit côté absurde, il faut en convenir.

Les BESS sont de fait une solution plus intéressante pour cette fameuse intermittence, avec toutefois un gros inconvénient :  quand elles fonctionnent mal, les batteries peuvent vite prendre feu et exploser. D'où une forte demande pour les produits développés par STIF : i) des évents d'explosion, qui s'ouvrent vers l'extérieur d'un conteneur pour relâcher les flammes et les produits de combustion quand une batterie prend feu dans un conteneur, ii) des clapets anti-retour de flamme, et iii) desdispositifs de décharge de gaz ou de vapeurs combustibles susceptibles d'exploser.

Une offre qui s'est enrichie en 2025 avec l'acquisition de Stuvex, société belge qui apporte des équipements de protection active contre les explosions. D'autant que l'on construit nombre de systèmes de stockage d'électricité en ce moment, surtout aux USA avec la frénésie de construction de data centers : ce n'est pas pour rien que STIF a racheté aussi Boss Products LLC, le distributeur spécialisée qui vend ses produits sur le marché américain.

Une forte accélération en 2024, 2025 et encore au S1-2026…

Avec ces produits nouveaux, STIF a fait indéniablement un carton en 2024 : le chiffre d'affaires avec de nouveaux clients comme Tesla, un grand développeur de BESS à côté de ses exploits dans la voiture électrique, ou encore Sugrow, Nidec, CATL et BYD, est tout simplement passé de 4,5 millions d'euros en 2023 à 29,3 millions d'euros, et le chiffre d'affaires total de STIF a augmenté de +73% cette année-là. Avec à la clé un gain de marge opérationnelle (le rapport résultat d'exploitation, amortissements y compris/chiffre d'affaires) un peu ahurissant, soit +13,1 points, de 8,8%, ce qui n'était déjà pas si mal, à 21,9%, ce qui est plutôt très bien pour une affaire industrielle qui travaille le métal.

Ce succès s'est bien prolongé en 2025, les ventes de ces produits ayant progressé de +59% sur l'année, et contribué aux trois-quarts du chiffre d'affaires consolidé environ. L'exercice 2025 a donc été excellent aussi, avec un chiffre d'affaires en progression de +48% et une marge opérationnelle de 19,1%, soit toujours un très bon niveau tant en valeur absolue que pour un métier industriel.

Et le premier semestre 2026 publié ce premier octobre n'est pas mal non plus, il faut le dire, avec un chiffre d'affaires record de 55,3 millions d'euros en progression de +50% sur un an, une marge brute toujours à un niveau élevé, soit 64%, et une marge opérationnelle à l'avenant à plus de 20%.

… mais la fête est finie

La publication de ces très bons semestriels s'est toutefois accompagnée d'une très mauvaise nouvelle, à savoir que le premier client pour les équipements pour BESS : Tesla, s'en allait. Parce que STIF n'a pas été retenu pour équiper sa nouvelle génération de BESS, les Megapack 3, sans explication aucune, sans que l'on sache si un concurrent a pris ce marché, ou si Tesla avait décidé de réinternaliser ces productions.

Tesla étant un très gros client, voire le plus gros, et un client bien margé qui plus est, sa défection va se voir très vite dans les chiffres. Ce que la direction de la société n'a pas caché loin de là, en revoyant son objectif 2026 en nette baisse, et loin des chiffres du premier semestre, soit au mieux un chiffre d'affaires du deuxième semestre stable sur un an, et donc, l'arithmétique étant ce qu'elle est, encore une belle progression en tout sur l'année, soit +22% à 110 millions d'euros contre 90,5. Mais le tout assorti très vraisemblablement d'une chute sérieuse de la marge opérationnelle, de 9 à 10 points au moins attendue sur le deuxième semestre 2025 : sic transit gloria mundi.

Ceci alors que, en toute logique, 2027 ne pourra qu'être inférieur à 2026 en activité comme en marge, et que la direction de la société revoit aussi son grand objectif 2030, rabaissé de 200 millions à 170 millions pour le chiffre d'affaires, et de -3 points de marge d'Ebitda.

… pour le cours de Bourse aussi, mais il ne faut désespérer de rien (jamais)

Ce que la Bourse n'aime pas du tout : le cours de STIF est passé d'un seul coup de 46€ avant l'annonce à 20€ après, soit une chute de plus de -50%, ce qui est brutal, sans aucun doute.

Brutal, et éventuellement exagéré, même si STIF pouvait paraître richement valorisé avant sa chute à 46€ par titre, et encore plus avant, quand le titre cotait 88€ en août 2025. Une valorisation obtenue éventuellement par contagion avec les valorisations (délirantes ou non, personne n'en sait rien, mais en tous cas hors normes) des affaires de Mr Musk, propriétaire de Tesla et d'autres dépendances très High Tech.

Que la Bourse passe d'un excès à l'autre, c'est souvent le cas, même si les mouvements brutaux de ce genre ne servent bien évidemment pas à grand chose. Et ne plaident incidemment pas pour inciter de belles ETI à se faire coter, ce qui est bien dommage.

Mais il ne faut désespérer de rien : l'histoire STIF n'est vraisemblablement pas terminée, avec toujours un bon positionnement sur le marché global des BESS qui doit croître de plus de +18% par an ces prochaines années, de 40 milliards de dollars cette année à 160 milliards de dollars en 2034. Selon des gens bien informés comme Google IA citant Fortune Business Insights certes, mais il est sûr et certain que l'on en construit beaucoup en ce moment. Et toujours un bon positionnement, Tesla ou pas, à la fois aux USA et surtout en Asie : STIF est notamment un peu chinois en Chine, avec son usine et un nouveau bureau commercial à Shenzhen, et travaille déjà avec BYD, est en test chez CATL, leader mondial incontesté de la batterie en tout genre, et ainsi de suite. Ceci alors que la marge Ebitda/CA devrait être encore de 15% en 2030, soit une marge opérationnelle supérieure à 10% si cet objectif est atteint, ce qui reste plus qu'honorable.

Et celui qui a eu la bonne idée d'investir à 6,50€ par titre lors de la mise en Bourse, une des rares introductions qui ne se soit pas faite sur une valorisation trop élevée, et qui a oublié de vendre (au plus haut comme tout le monde) ne peut pas se plaindre finalement : au cours d'aujourd'hui, soit 17€ environ, il a multiplié sa mise par 2,6x et performé de près de +38% par an sur ces trois dernières année.  Pas mal, finalement ! Où est le problème ?