Stablecoins : la BCE s'oppose à la règle des 60 % de dépôts bancaires de MiCA
information fournie par Cryptoast 22/09/2026 à 15:35

Stablecoins : la BCE s'oppose à la règle des 60 % de dépôts bancaires de MiCA

La Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de l'Union européenne (UE) demandent la fin de l'obligation faite aux gros émetteurs de stablecoins de placer 60 % de leurs réserves en dépôts bancaires. Une position qui va à l'encontre des attentes du secteur bancaire européen. Pendant ce temps aux États-Unis, c’est la Maison Blanche qui s’oppose aux banques sur la question des rendements sur les stablecoins.

La Banque centrale européenne ne veut plus de dépôts bancaires obligatoires pour les stablecoins

Le Système européen de banques centrales (SEBC), qui réunit la BCE et les 27 banques centrales nationales de l'Union, a publié ce mardi 22 septembre sa réponse à la consultation de la Commission européenne sur le règlement MiCA ( Markets in Crypto-Assets ). Sa recommandation la plus tranchée concerne les réserves des émetteurs de stablecoins.

Rappelons d’abord que le SEBC répond donc à la consultation de la Commission qui veut recueillir les avis sur les évolutions du marché crypto que le règlement MiCA n'avait pas anticipées. Car dans sa version actuelle, le règlement européen impose aux émetteurs de stablecoins jugés « significatifs » de conserver 60 % de leurs réserves sous forme de dépôts bancaires. Or, les banques centrales estiment que cette règle expose les établissements prêteurs aux mouvements du marché des stablecoins. Elles proposent de remplacer ce seuil par un pourcentage minimal de réserves placées dans des actifs arrivant à maturité entre un et cinq jours ouvrés.

Ce seuil de 60 % ne concerne cependant pas tout le monde. MiCA fixe un plancher de 30 % de réserves en dépôts bancaires pour les jetons de monnaie électronique ordinaires, et le relève à 60 % uniquement pour ceux que l'Autorité bancaire européenne classe donc comme « significatifs », un statut déclenché notamment à partir de 10 millions de détenteurs ou de 5 milliards d'euros émis. Le registre de l'ESMA recensait 22 émetteurs autorisés au 8 août 2026, dont notamment Circle (USDC et EURC), Société Générale-FORGE (EURCV) et Banking Circle (EURI).

Une supervision européenne réclamée pour les gros acteurs

La réponse des banques centrales européennes ne s'arrête pas aux réserves de stablecoins. Le SEBC juge également insuffisant le modèle actuel, qui confie aux autorités nationales l'agrément et la surveillance de tous les prestataires de services sur crypto-actifs (PSAC), quelle que soit leur taille.

L'institution plaide pour une supervision à l'échelle européenne des acteurs appartenant à un groupe multinational ou fournissant des services transfrontaliers importants. Elle met en avant la position oligopolistique et les structures complexes des grandes plateformes mondiales, ainsi que le risque d'arbitrage réglementaire entre États membres.

De leur côté, les acteurs de la finance décentralisée (DeFi) s'accommodent de ce cadre depuis son entrée en vigueur, à l'image d' Aave Labs et de son agrément MiCAR obtenu via sa filiale Push Virtual Assets en novembre 2025.

Aux États-Unis, la bataille porte sur les rendements

Outre-Atlantique, le conflit entre banquiers et stablecoins est différent. Le Council of Economic Advisers (CEA) de la Maison Blanche défend ses travaux en concluant qu'une interdiction des rendements sur les stablecoins n'augmenterait le crédit bancaire que de 11 à 14 milliards de dollars si le marché des stablecoins atteignait 10 % des dépôts bancaires. Soit environ 0,1 % des prêts en cours. Les lobbies bancaires américains, de l' American Bankers Association et de l’ Independent Community Bankers of America , tentent toutefois de contester ces chiffres.

Pourtant, le chiffrage de référence du CEA est bien plus bas encore. Avec une part de marché plus réaliste de 1,7 % des stablecoins sur les dépôts bancaires, soit environ 300 milliards de dollars, l'interdiction des rendements ne ferait progresser le crédit bancaire que de 2,1 milliards de dollars.

Les banquiers s’inquiètent de la concurrence des rendements sur les stablecoins

Car si les banquiers à travers la planète n’aiment pas l’idée des rendements c’est bien par peur de la concurrence et donc de fuite de dépôts bancaires. En France par exemple, le Livret A et le LDDS rapportent 1,7 % depuis le 1er août 2026. En face, Coinbase propose environ 3,5 % à ses membres Coinbase One sur les stablecoins USDC conservés sur la plateforme, et le prêt d'USDC via Fluid sur Base affiche jusqu’à 4,8 % par exemple.

Soit dans les deux à trois fois la rémunération d'un livret réglementé, même si bien sûr il n’y a ici aucune garantie de l'État, ni exonération fiscale, et avec un risque de change euro-dollar. Mais les épargnants européens restent de toute façon à l'écart au niveau des plateformes centralisées (CEX), puisque MiCA interdit de rémunérer les jetons de monnaie électronique. Une règle qui avait poussé Coinbase à couper ses récompenses USDC dans l'Espace économique européen dès le 1er décembre 2024 . Il ne reste ainsi en théorie que la DeFi pour profiter de rendements sur les stablecoins pour les résidents de l’UE.

Avec actuellement en circulation 183 milliards de dollars pour l'USDT de Tether et près de 75 milliards pour l'USDC de Circle, le marché des stablecoins reste modeste face aux dépôts bancaires, mais sa croissance suffit à inquiéter les banquiers.

Source : réponse du SEBC sur la consultation MiCA , rapport de la Maison Blanche sur les rendements des stablecoins

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