Sommet spatial à Paris : SpaceX et Blue Origin annulent leur venue, sur fond de pressions de l'administration Trump information fournie par Boursorama avec Media Services 04/09/2026 à 08:43
"Il est difficile de ne pas faire de lien avec les rumeurs de pression", a déploré le ministère français de l'Espace, à propos de ces annulations.
Les deux géants de l'industrie spatiale, SpaceX et Blue Origin, ont annulé jeudi 3 septembre leur venue au sommet spatial international à Paris de la semaine prochaine. Le même jour, Politico avait fait part de pressions de la Maison Blanche sur les entreprises américaines pour qu'elles ne participent pas à ce grand rendez-vous voulu par Emmanuel Macron.
Au total, quatre sociétés américaines ont annoncé qu'elle renonçaient à venir à ce sommet inédit devant rassembler au Grand Palais les acteurs économiques et institutionnels du secteur les 9 et 10 septembre, a appris l' AFP auprès du ministère français de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. Outre Blue Origin de Jeff Bezos et SpaceX d'Elon Musk -deux acteurs mondiaux majeurs du secteur spatial privé-, les autres sociétés américaines ayant annulé leur venue sont les start-up Stoke Space et Starcloud , selon le ministère. Sollicités par l' AFP , les groupes Blue Origin et SpaceX n'ont pas répondu dans l'immédiat.
Selon le média américain Politico , la Maison Blanche a poussé des entreprises spatiales américaines à ne pas participer à ce sommet voulu par le président français.
Politico a rapporté un appel téléphonique entre un service de la Maison Blanche et plusieurs entreprises spatiales, dont SpaceX, au cours duquel "il semblait que l'administration (américaine) décourageait la participation à l'événement", avançant qu'elle "pourrait être perçue comme un soutien tacite aux positions politiques de l'Union européenne".
"Il est difficile de ne pas faire de lien avec les rumeurs de pression dont la presse se fait l'écho. Nous voulons évidemment continuer à travailler avec nos partenaires et alliés américains, même si les revirements stratégiques et les pressions politiques rendent parfois la tâche inutilement complexe", a estimé le ministère français dans un message transmis à l' AFP .
Politico a dit s'appuyer sur trois sources, dont il préserve l'anonymat, deux liées aux entreprises spatiales et une évoluant dans la sphère politique.
La Chine invitée
Selon ces sources, un responsable de la Maison Blanche a affirmé pendant l'échange téléphonique que "la France ne s'était pas coordonnée avec les États-Unis, a accusé le pays de 'pratiques anticoncurrentielles' et suggéré que les ateliers n'avaient pas été pensés pour inclure la perspective américaine", a écrit Politico . Le service concerné a répondu à Politico et à l' AFP que "l'administration Trump continue de collaborer avec ses alliés et ses partenaires spatiaux", ajoutant attendre à Paris "des discussions productives sur les priorités clés comme les missions spatiales, les programmes d'exploration et la sécurité spatiale".
Le paysage spatial a profondément évolué ces dernières années, avec l'émergence d'entreprises privées très puissantes et un contexte international devenu trouble en raison de la montée des conflits ou de l'élection de Donald Trump aux États-Unis, pays majeur du spatial. Depuis son arrivée au pouvoir, son administration a réorienté une partie de sa politique spatiale, prenant parfois de court ses alliés européens, notamment sur le programme d'exploration lunaire Artemis.
C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de réunir pour la première fois autour de la table les dirigeants mondiaux pour discuter des défis liés à l'utilisation de l'espace, domaine stratégique qui concerne aussi bien l'économie, la sécurité, le climat que la souveraineté numérique.
Quelque 120 pays sont invités à Paris la semaine prochaine, "des chefs d'État et de gouvernement, mais aussi des entreprises", expliquait son secrétaire général, le général Philippe Adam, dans un entretien à l' AFP début juillet. "Évidemment, il faut que les Américains soient là", soulignait-il alors.
La Russie, la Corée du Nord et l'Iran n'ont pas été conviées à Paris, contrairement à la Chine, acteur incontournable dont les organisateurs espèrent "une vraie participation", a indiqué le général Adam au magazine Air & Cosmos jeudi.
L'ambition affichée du sommet, co-présidé par la France et l'Allemagne, est de parvenir à des déclarations communes pour poser les bases des futures négociations sur une coordination internationale du trafic spatial, le partage des fréquences et le partage des données scientifiques d'origine spatiale.