Shell quitte un lobby pétrolier pour désaccord sur le climat
information fournie par Reuters 02/04/2019 à 16:36

    * Shell quittera l'AFPM en 2020
    * Shell examine ses liens avec 19 associations
professionnelles
    * Un rapport salué comme une première par certains
investisseurs

    par Ron Bousso
    LONDRES, 2 avril (Reuters) - Royal Dutch Shell  RDSa.L  a
annoncé mardi son départ d'une association professionnelle
américaine rassemblant des acteurs du raffinage en raison d'un
désaccord sur ses positions en matière de climat, une première
pour une "major" pétrolière.
    Le géant anglo-néerlandais a entrepris d'examiner ses liens
avec 19 associations professionnelles. 
    Dans le premier rapport qu'il publie sur le sujet, le groupe
déclare avoir constaté un "désaccord essentiel" sur les
positions climatiques défendues par l'American Fuel &
Petrochemical Manufacturers (AFPM), qui regroupe notamment Exxon
Mobil  XOM.N , Chevron  CVX.N , BP  BP.L  et Total  TOTF.PA . 
    Il annonce qu'il quittera l'association en 2020.
    Ce rapport vise à renforcer la politique de Shell en matière
de transparence et à montrer aux investisseurs que le groupe
s'inscrit dans les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat
adopté en 2015. Ce dernier vise à limiter la hausse de la
température mondiale à moins de deux degrés Celsius par rapport
à l'époque pré-industrielle.
    Cette décision illustre également la façon dont les sociétés
pétrolières sont contraintes de modifier leur comportement face
au changement climatique sous la pression des investisseurs.
    "L'AFPM n'a pas exprimé son soutien à l'objectif de l'Accord
de Paris. Shell soutient l'objectif de l'Accord de Paris",
déclare la société anglo-néerlandaise dans son rapport.
    Shell ajoute ne pas être d'accord avec l'opposition de
l'AFPM à un prix du carbone et à des initiatives sur les
technologies à faibles émissions de carbone.
    Le directeur général de l'AFPM, Chet Thompson, a remercié
Shell pour sa "longue collaboration".
    "Comme toute famille, nous ne sommes pas toujours
parfaitement d'accord sur toutes les politiques mais nous nous
efforçons toujours de parvenir à des positions consensuelles",
déclare Chet Thompson, cité dans un communiqué.
    
    L'API ÉGALEMENT DANS LE VISEUR
    Les 300 membres américains et internationaux de l'AFPM
exploitent au total 110 raffineries et 229 sites pétrochimiques,
selon le rapport 2018 de l'organisation.
    Le rapport de Shell a été accueilli favorablement par Adam
Matthews, directeur de l'éthique et de la mobilisation du
conseil des retraites de l'Église anglicane, un actionnaire du
groupe avec lequel il a mené des discussions sur sa politique en
matière de climat.
    "C'est une première dans le secteur", relève Adam Matthews.
    "Avec cet examen, Shell a établi la référence en matière de
pratiques exemplaires du lobbying, non seulement dans les
secteurs du pétrole et du gaz, mais dans tous les secteurs. Le
défi consiste maintenant à faire de même pour les autres."
    Shell a également fait état de "certains" désaccords avec
neuf autres associations professionnelles, dont l'American
Petroleum Institute, le principal lobby de l'industrie
pétrolière et gazière. Il précise toutefois qu'il continuera à
travailler avec lui sur les questions climatiques tout en
veillant à la conformité de ses engagements avec les siens. 

 (Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité
par Bertrand Boucey)