Sansal quitte Gallimard pour Grasset en raison d'une "divergence" pendant sa "détention en Algérie" information fournie par AFP 17/03/2026 à 14:46
L'écrivain Boualem Sansal, gracié en novembre dernier par le président algérien après un an de prison, a affirmé mardi dans une tribune au Monde que son départ chez Grasset résultait d'une "divergence" avec son éditeur historique, Gallimard, durant sa "détention en Algérie".
"Antoine Gallimard a privilégié, pour me défendre, une démarche diplomatique que je comprends et respecte. Mais elle ne correspond pas à la ligne de résistance que j'ai fermement assumée face au régime violent et cruel d'Abdelmadjid Tebboune", écrit l'écrivain franco-algérien de 81 ans, qui fera paraître son prochain livre chez Grasset.
L'annonce de ce transfert dans le monde de l'édition s'était faite vendredi, à l'occasion de la célébration à Paris du 200e anniversaire d'Hachette Livre, à laquelle appartient Grasset. Numéro un français de l'édition, Hachette Livre figure dans le portefeuille des sociétés du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
"La divergence qui explique aujourd'hui mon départ est née pendant ma détention en Algérie. Entre Gallimard et moi s'est interposée cette épreuve", poursuit Boualem Sansal, défendant une "position de principe: pas de soumission, pas de négociation. Quitte à rester en prison".
"Face au régime qui m'a emprisonné, ma conviction était simple: dire les choses clairement, nommer la dictature et refuser toute logique de négociation qui aurait fait de moi une monnaie d'échange", ajoute l'octogénaire.
Selon lui, le fait d'avoir été gracié à la suite de démarches diplomatiques "est profondément insatisfaisant".
"Au lieu d'un acquittement clair qui aurait reconnu mon innocence, j'ai été gracié. Autrement dit, je suis libre de fait mais juridiquement condamné à cinq années de prison", ajoute-t-il.
"Dans le même temps, je me retrouve exilé de mon pays, privé de ma nationalité algérienne et empêché d'y retourner", estime Boualem Sansal. "Cette situation est pour moi moralement et juridiquement inacceptable. Elle entérine l'injustice dont j'ai été victime".
Pour ces raisons, l'écrivain a donc préféré quitter son éditeur historique.
"Au moment de nous séparer, Antoine Gallimard et moi nous sommes serré la main en nous disant +sans rancune+, comme deux gentlemen qui se respectent".