Samsung et son syndicat échouent à s'entendre sur les salaires, crainte de grève massive
information fournie par Reuters 13/05/2026 à 10:32

par Hyunjoo Jin et Heekyong Yang

Samsung Electronics

005930.KS et son syndicat ne sont pas parvenus à conclure un accord salarial mercredi, ce qui accroît le risque d'une importante grève qui menacerait non seulement la production de puces et la réputation de l'entreprise, mais aussi l'économie sud-coréenne dans son ensemble.

Cet échec fait suite à des négociations marathon organisées lundi et mardi sous l'égide du gouvernement.

Signe des craintes suscitées par une grève potentielle, la Corée du Sud a convoqué une réunion d'urgence des ministres concernés.

À cette occasion, le Premier ministre Kim Min-seok a demandé au gouvernement de suivre de près la situation "compte tenu de la gravité de l'impact sur l'économie nationale", selon un communiqué de son cabinet.

Il a également appelé à "un soutien proactif pour garantir que le dialogue entre le syndicat et la direction puisse se poursuivre afin que cela ne conduise en aucun cas à une grève".

Les actions de Samsung, premier fabricant mondial de puces mémoire et fournisseur clé de puces d'intelligence artificielle (IA), ont d'abord chuté jusqu'à 6% avant de gagner 1% après l'annonce de la réunion ministérielle.

Les titres de son concurrent SK Hynix 000660.KS ont pour leur part bondi de 7%, portés par l'idée que la société pourrait tirer profit des difficultés de Samsung et par des anticipations d'introduction en bourse aux États-Unis cette année.

Furieux de ce qu'il qualifie d'écart considérable avec les primes versées par SK Hynix, le syndicat de Samsung a prévu une grève de 18 jours à partir du 21 mai si ses revendications ne sont pas satisfaites.

Plus de 50.000 travailleurs pourraient cesser le travail, a prévenu le syndicat. Une telle grève risquerait de retarder les livraisons aux clients, de faire grimper encore davantage les prix des puces et de profiter aux concurrents de Samsung.

LES PRIMES AU COEUR DU DIFFÉREND

Choi Seung-ho, représentant syndical, a déclaré que Samsung n'avait proposé qu'une "prime de performance ponctuelle" pour 2026 et avait rejeté la demande des représentant des salariés visant à réformer son système de rémunération, ainsi qu'à rendre ces changements contraignants au-delà de cette année.

Le syndicat a demandé la suppression du plafond des primes, actuellement fixé à 50% du salaire de base annuel, l'affectation de 15% du bénéfice d'exploitation annuel aux primes et davantage de clarté sur le mode de calcul de ces dernières.

Choi Seung-ho a déclaré que le syndicat n'avait pas l'intention de reprendre les négociations avant la date de la grève, mais qu'il examinerait "une véritable proposition" si l'entreprise en présentait une.

Samsung a dit regretter l'échec des négociations et s'est engagé à poursuivre un "dialogue sincère" avec le syndicat afin d'éviter ce qu'il a qualifié de pire scénario possible.

La Commission nationale des relations du travail, qui a joué le rôle de médiateur, a déclaré avoir présenté diverses alternatives, mais avoir décidé de mettre fin aux discussions "en raison de l'écart important entre les positions des deux parties et de la demande du syndicat de suspendre les négociations".

L'échec des discussions a donné lieu à des spéculations selon lesquelles le gouvernement pourrait recourir à une ordonnance d'arbitrage d'urgence, ce qu'il peut faire s'il estime qu'un conflit est susceptible de nuire à l'économie ou à la vie quotidienne.

PLUS DE 70% DES EFFECTIFS SUD-CORÉENS ADHÈRENT AU SYNDICAT

Si cette mesure est invoquée, toute action est immédiatement interdite pendant 30 jours, le temps que la Commission nationale des relations du travail mène une médiation et un arbitrage.

Cette loi a toutefois rarement été utilisée et y recourir constituerait une mesure extraordinaire pour un gouvernement globalement favorable aux syndicats.

Interrogé sur la possibilité d'une telle ordonnance, le ministre du Travail Kim Young-hoon a déclaré mercredi que le conflit devait être résolu par le dialogue. Le syndicat a pour sa part jugé qu'une telle ordonnance aggraverait les relations professionnelles.

SK Hynix, qui a devancé Samsung dans la livraison de mémoires à large bande passante pour les puces d'IA à Nvidia

NVDA.O , a accepté en septembre dernier une demande de son syndicat de réformer les rémunérations qui incluait la suppression du plafond des primes.

Cette décision a entraîné une forte augmentation du nombre d'adhésions au syndicat de Samsung, dont les membres sont désormais plus de 90.000 et représentent plus de 70% des effectifs sud-coréens de l'entreprise.

Leur mécontentement a été exacerbé par les bénéfices records enregistrés par Samsung grâce à l'essor de l'IA. La semaine dernière, Samsung est devenue la deuxième entreprise asiatique après TSMC 2330.TW à afficher une valeur boursière supérieure à 1.000 milliards de dollars.

(Reportage Hyunjoo Jin et Heekyong Yang, avec Kyu-seok Shim et Jack Kim, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)