Saccages et pillages à grande échelle dans les villes de France
information fournie par AFP 18/10/2026 à 00:09

Un pillard à Lyon, le 17 octobre 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

D'innombrables boutiques et magasins d'alimentation, d'articles de sport, de prêt-à-porter, de produits de luxe ou de téléphonie mobile ont été dévalisés et vandalisés à travers la France samedi après-midi, parfois, comme à Paris, à des kilomètres des manifestations autorisées contre la vie chère.

"Le bilan va être lourd, partout dans le pays", a commenté peu avant minuit le Premier ministre Sébastien Lecornu, assurant avoir "donné des instructions aux différents ministres pour qu'on se tienne aux côtés de ceux qui ont perdu leur outil économique".

Les pillages ont commencé autour de la place de la République dans la capitale, siège de vives tensions avec les forces de l'ordre, ont constaté les journalistes de l'AFP, où, sans paraître se préoccuper de la présence des caméras, des jeunes ont attaqué de nombreux magasins, fracassant les vitrines avant de vider les lieux de leur marchandise.

Cela a été le cas d'un Monoprix, d'un Mac Donald's, un peu plus tard d'un magasin SFR, d'un magasin Yves Rocher, d'un Picard, un Carrefour City, un Franprix et un Etam. Une concession Kawasaki a été incendiée.

Le maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, a condamné "fermement" les "dégradations" et "actes de casse" observés, alors que "la grande majorité des manifestants" souhaitaient "défiler dans le calme".

"Vidéos"

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a dénoncé des "délinquants d'opportunité" devant la presse, assurant que tout serait fait pour retrouver les auteurs. "On a énormément de vidéos", a-t-il assuré, prédisant "d'autres interpellations" dans les prochains jours.

Il y a eu 1.200 interpellations et 150 policiers et gendarmes ont été blessés, a annoncé dans la soirée Sébastien Lecornu.

Parmi les villes objets de ces pillages, le ministre a cité, outre Paris et Marseille, Strasbourg, Rouen, Nantes, Rennes, Toulouse, Pau et Valence.

Mais pas seulement. Selon les bureaux de l'AFP en région, à Lille un magasin Optic 2000, le Sephora de la Grand Place, l'Apple Store et un Carrefour City ont été pillés ou saccagés, ainsi qu'une agence de la Banque postale, et même la boutique du club de foot de Lille, le LOSC.

A Rennes, les casseurs s'en sont pris aux Galeries Lafayette, à une boutique Orange, un opticien Afflelou et un Starbucks, à Strasbourg à un magasin Primark, à Nancy, une enseigne de sport, à Clermont-Ferrand, un Zara et un Nature et Découvertes.

A Lyon, les magasins Boulanger (en partie incendié) et Nike, les boutiques The Kooples, Hugo Boss, Vitton clop, Jott, Lancel, Sephora ont été visés.

A Perpignan, le magasin Sephora a été lui aussi dévalisé. A Nantes, les enseignes Foot Locker, Courir et la Fnac, tandis qu'à Bordeaux, Décathlon, Intersport, l'Apple Store ainsi qu'un Carrefour Express ont été visés.

"Agents électoraux"

La liste n'est pas exhaustive et toute la journée, les réseaux sociaux ont montré d'autres pillages encore contre des enseignes tournées vers des produits populaires chez les jeunes : H&M, Micromania, Swarovski...

Vers 18H00, Clémence, fleuriste à Lyon interrogée sur BFMTV, tenait encore dans la main un des pavés qui avaient fait exploser sa vitrine, "déjà cassée pendant les gilets jaunes".

Scènes de pillage à Lille le 17 octobre ( AFP / Sameer AL-DOUMY )

"Ils sont entrés de tous les côtés et on a eu beau dire qu'on était juste fleuristes, malheureusement, ils s'en foutent. On n'avait nulle part ou aller et on a eu super peur", racontait-elle", se disant "écœurée".

La grande distribution a vivement réagi samedi soir. Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution et PDG de Carrefour, a "condamné avec la plus grande fermeté" ces pillages sur LinkedIn.

Le patron des Mousquetaires/Intermarché, Thierry Cotillard, s'est dit "profondément en colère", sur LinkedIn également, assortissant son message de deux photos de magasins Intermarché dévastés.

"Je ne peux me résoudre à voir ce que nous construisons collectivement être ainsi détruit, et je sais que cette inquiétude est partagée par de nombreux entrepreneurs", a écrit de son côté sur X Thierry Guibert, PDG de Lacoste.

Le président du Medef Patrick Martin a jugé également sur X que ce pillage de commerces était "inacceptable".

Le maire de Montpellier Mickaël Delafosse a redouté sur X que les auteurs de ces pillages soient "tragiquement les meilleurs agents électoraux de Marine Le Pen. Ils salissent la grande dignité de ceux qui se mobilisent", selon l'élu.