Rio Tinto-Glencore : vers un mariage en or au sommet du secteur minier ?
information fournie par AOF 09/01/2026 à 11:41

(AOF) - Glencore (+8,37% à 448,18 pence) grimpe à Londres, signant la plus forte hausse du FTSE 100 ce vendredi. L'entreprise anglo-suisse de négoce, courtage et d'extraction de matières premières a confirmé ce matin des discussions menées avec Rio Tinto, groupe minier multinational anglo-australien. Selon un communiqué commun, la conversation pourrait aboutir à un mariage des deux entités. Au sein de ce même indice, Rio Tinto recule de 1,91% à 6075,50 GBX. Si un accord se concrétise, il s'agirait d'une fusion par échange d'actions (all-share merger).

Concrètement, Rio Tinto rachèterait Glencore via un "accord amiable judiciaire" ( scheme of arrangement) . Il s'agit d'une procédure légale complexe, issue du droit des affaires anglo-saxon (Common Law), qui permet à une entreprise de restructurer ses dettes ou son capital.

Une possible union pour rivaliser contre BHP

En s'unissant peut-être pour le meilleur et pour le pire, Rio Tinto et Glencore deviendraient alors le concurrent majeur de BHP, producteur australien de fer, diamants, uranium, charbon, pétrole et bauxite. Acteur dominant du minerai de fer et de l'aluminium, Rio Tinto affiche une capitalisation boursière de près de 143 MdsUSD tandis que Glencore est évalué à près de 65 MdsUSD.

Si un accord de fusion est entériné, cette nouvelle entité pèserait environ 208 MdsUSD, ce qui en ferait le plus grand groupe minier au monde, dépassant ainsi BHP Group (évalué à environ 162 MdsUSD).

Dans un contexte économique volatil, la gestion combinée de leurs actifs pourrait renforcer leur position sur les valeurs refuges.

Rapprochement incertain

Les deux géants du secteur signalent toutefois qu'il n'y "aucune certitude qu'une offre formelle sera déposée, ni que les conditions discutées resteront les mêmes". Rio Tinto se réserve le droit de modifier le mode de paiement (en espèces plutôt qu'en actions, par exemple).

En outre, en vertu de la réglementation britannique sur les OPA (Offre publique d'achat), Rio Tinto a jusqu'au 5 février prochain à pour déposer une offre ferme de rachat ou annoncer officiellement qu'elle se retire (ce qui l'empêcherait généralement de revenir à la charge pendant 6 mois).

Il s'agit de la deuxième tentative de fusion en un peu plus d'un an. Glencore avait déjà approché Rio Tinto, sans succès, comme le rapportait Bloomberg. Les discussions avaient eu lieu à la fin de l'année 2024, avait indiqué une source proche du dossier à l'agence de presse.

Plusieurs analystes ont réagi à cet éventuel rapprochement.

Pour AlphaValue, "ce n'est pas une surprise et il soutient cette hypothèse depuis longtemps". "Alors que BHP est en position de faiblesse après plusieurs tentatives infructueuses de rachat d'Anglo American, le moment semble idéal pour que Rio et Glencore unissent leurs forces et s'imposent enfin comme le nouveau numéro un mondial des mines diversifiées", ajoute le bureau d'études français.

En revanche, Oddo BHF accueille cette nouvelle avec scepticisme au premier abord. "L'intégration de Glencore compliquerait la structure de Rio Tinto en raison du manque de synergie entre leurs actifs : là où Rio extrait du fer, du lithium et de l'aluminium, Glencore se concentre sur le négoce ou d'autres métaux (charbon, zinc, nickel, cobalt). L'activité de négoce de Glencore marquerait également une rupture avec la faible présence actuelle de Rio dans ce domaine. Rio est bien plus rigoureux sur les critères ESG - (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) que Glencore", constate le broker.

De son côté, RBC juge "cette opération stratégiquement défendable, mais présentant des risques financiers et opérationnels élevés". Pour la banque canadienne, "si les pourparlers n'en sont qu'à leur début, avec peu de détails sur la structure et la valorisation, toute transaction crédible serait probablement pilotée par Rio, financée entièrement en actions, avec une scission de l'activité charbon et un encadrement strict du négoce (marketing). Cela laisse présager des délais de réalisation longs et un examen rigoureux des autorités de régulation".

"On ignore encore si la branche de négoce (trading) de Glencore fera partie de la transaction, mais il est probable que Rio souhaite scinder les activités de charbon de Glencore, une opération facilitée par la restructuration du pôle charbon annoncée en mai", explique Neil Wilson, Investor Strategist chez Saxo UK.