par Josephine Mason
LONDRES, 26 juin (Reuters) - Les investisseurs ont rarement
autant acheté de dérivés sur les actions européennes, les
préférant aux marchés au comptant, signe de leur inquiétude face
au risque d'une correction boursière de grande ampleur dans un
contexte de ralentissement de la croissance mondiale et de
guerre commerciale.
La position ouverte, une mesure de la profondeur du marché,
sur les contrats à terme (futures) sur l'indice Eurostoxx
0#STXE: a atteint lundi des niveaux records en glissement
mensuel à 4,61 millions de lots contre 4,48 millions en mai;,
soit presque un million de lots de plus qu'il y a un an.
Elle a légèrement reflué ces derniers jours à 3,91 millions
de lots mais demeure bien au-dessus de sa moyenne sur cinq ans.
Son niveau de mai était sans précédent et celui d'avril
était le troisième le plus élevé sur un mois jamais enregistré.
Sa hausse recouvre des paris dans les deux sens, aussi bien
d'investisseurs vendeurs de contrats pour couvrir des positions
longues sur le marché "cash" que d'investisseurs à l'achat pour
s'exposer via les dérivés à la hausse du marché sans prendre de
positions au comptant.
La popularité des futures est allée croissante ces dernières
années avec le lancement des fonds à rendement absolu et des
stratégies multi-actifs qui cherchent à capturer les mouvements
des indices dans leur ensemble plutôt que d'investir dans des
actions spécifiques.
Plus la profondeur de marché est importante, plus il est
facile pour les investisseurs d'acheter et de vendre des
contrats à terme.
La position ouverte peut varier dans des proportions
importantes d'un mois sur l'autre, surtout en fin de trimestre,
lorsque les intervenants closent leurs positions ou les
renouvellent.
L'activité sur les futures tend aussi à augmenter dans les
périodes de turbulences de marché. Les volumes traités ont ainsi
bondi en décembre par rapport au mois précédent durant la
correction des Bourses mondiales, qui s'est accompagnée d'un pic
de la volatilité implicite.
Mais ces derniers mois, la position ouverte et les volumes
échangés ont fortement augmenté alors même que la volatilité
restait relativement stable, ce qui suggère que les
investisseurs se bousculent pour se protéger contre un krach
boursier.
Une évolution d'autant plus significative que les volumes
sur les marchés actions au comptant ont baissé sous l'effet à la
fois d'évolutions réglementaires, des inquiétudes liées au
Brexit, des incertitudes politiques dans la zone euro et du
ralentissement de la croissance mondiale.
Sur la période de janvier à mai, les volumes sur les marchés
au comptant de 15 Bourses européennes ont diminué de 16% par
rapport à la période correspondante de 2018 pour revenir à leur
plus bas niveau depuis 2014, selon des données des entreprises
de marché analysées par UBS.
DOUTES SUR LE RALLY
Pour Edmund Shing, responsable de la stratégie sur les
actions et les dérivés de BNP Paribas, le bond de la position
ouverte reflète l'incertitude des investisseurs sur la direction
des marchés d'actions après un rally commencé en début d'année
et dont la durée comme l'ampleur ont surpris.
"Les investisseurs sont un peu comme des lapins pris dans
les phares d'une voiture et par défaut, ils ne font rien",
a-t-il dit. "Ils ne veulent pas se retrouver collés avec des
actions au comptant et ils se couvrent via les futures."
L'indice pan-européen Stoxx 600 .STOXX affiche une
progression de plus de 13% depuis le début de l'année et est en
bonne voie pour réaliser sa meilleure performance annuelle
depuis 2013.
Les fonds d'investissement collectif en actions ont subi des
retraits de 137 milliards de dollars depuis le début de l'année
dont plus de la moitié, 76 milliards de dollars, sur les seuls
fonds en actions européennes, selon des données d'EPFR Global,
société de recherche spécialisée dans le suivi des flux de
souscription des grandes sociétés internationales de gestion.
Pour Stéphane Barbier de la Serre, responsable de stratégie
macro de Makor Capital Markets, c'est un autre symptôme de la
fin prochaine d'un cycle haussier historiquement long.
Alors que la prudence est de mise, les investisseurs
privilégient les contrats à terme parce que les futures sont
plus liquides.
"Les gens restent inquiets du risque de baisse. Ils pensent
qu'ils doivent être investis parce que s'ils ne le sont pas, ils
peuvent passer à côté de ce genre de rallys mais ils y vont avec
une approche très prudente", résume Michael Werner, analyste
actions chez UBS.
"Si vous parlez à des investisseurs et des gérants, ils sont
contents que les marchés montent après un quatrième trimestre
(2018) catastrophique mais ils sont très inquiets des menaces
sur la croissance et de la guerre commerciale."
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EU and Wall Street markets https://tmsnrt.rs/2FwgCek
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(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)