Renault veut lancer 36 nouveaux véhicules d'ici 2030 et accélérer hors d'Europe
information fournie par Reuters 10/03/2026 à 07:00

par Gilles Guillaume et Dominique Patton

Renault Group RENA.PA a annoncé mardi son intention de vendre la moitié de ses voitures de marque Renault hors d'Europe d'ici 2030, contre 38% l'an dernier, et d'augmenter ses volumes de ventes de plus de 20% grâce à un rythme soutenu de lancements et à un plan stratégique visant à installer dans la durée le redressement récent du groupe au losange.

Le constructeur automobile français, dirigé depuis l'été dernier par l'ancien directeur des achats et des partenariats François Provost, veut réduire sa dépendance au continent européen.

Ce dernier a joué un rôle clé dans son redressement mais est devenu le théâtre d'une compétition acharnée avec des nouveaux entrants chinois et des concurrents comme Stellantis STLAM.MI , avides de gagner ou regagner des parts de marché.

"Ensemble, grâce à 'futuREady', nous allons prouver qu'un constructeur européen peut durer et devenir la référence automobile européenne sur la scène mondiale", a dit François Provost, cité dans un communiqué.

Le plus petit des constructeurs automobiles historiques veut s'appuyer sur sa propre technologie pour développer des produits compétitifs en Europe, mais aussi développer sa présence hors du continent, notamment en Inde, en Amérique du Sud et en Corée du Sud, cette fois grâce à des partenaires comme le chinois Geely.

Dans le cadre de son plan "FutuREady", il prévoit de lancer 36 nouveaux produits au cours des cinq prochaines années, contre 32 lors du plan précédent, dont 14 hors d'Europe contre huit sur les cinq années passées.

Grâce à cette offensive, la marque Renault devrait dépasser les deux millions de ventes par an d'ici 2030, pour moitié hors d'Europe.

L'an dernier, la marque au losange a écoulé 1,6 million de véhicules, dont 62% sur le marché européen.

Renault est en meilleure santé qu'il y a cinq ans, quand de lourdes pertes l'avaient contraint à réduire sa présence hors d'Europe et à supprimer plusieurs milliers d'emplois. Mais depuis le marché automobile mondial est "devenu plus compétitif que jamais", a ajouté François Provost.

A l'arrivée de nouveaux concurrents s'ajoutent les incertitudes sur les choix technologiques futurs, notamment en matière d'électrification.

L'essor plus lent que prévu de l'électrique sur plusieurs marchés et le changement de cap de l'administration Trump sur la trajectoire de décarbonation aux Etats-Unis ont ainsi acculé plusieurs concurrents à des charges massives.

Renault n'est présent ni aux Etats-Unis, ni en Chine, mais compte se battre pour les 55% restants du marché mondial.

NOUVELLE PLATEFORME ÉLECTRIQUE COMPATIBLE "RANGE EXTENDER"

Il prévoit de lancer 16 nouveaux véhicules électriques, représentant pas moins de 44% de son futur pipeline de véhicules, et de développer seul une plateforme EV de nouvelle génération, qui remplacera pour les voitures compactes et de plus grande taille l'architecture existante partagée avec son partenaire historique Nissan 7201.T .

Cette nouvelle plateforme pourra aussi embarquer un prolongateur d'autonomie à essence, permettant jusqu'à 1.400 kilomètres d'autonomie.

Fidèle à sa stratégie des deux jambes, qui l'a aidé à encaisser jusqu'ici le décollage plus lent que prévu de l'électrique, Renault va continuer de miser aussi sur l'hybride avec le développement d'une nouvelle motorisation dédiée, plus petite, de moins de 150 chevaux, avec le concours de la co-entreprise Horse Powertrain qu'il a créée avec Geely.

Le groupe a déjà communiqué ses objectifs financiers pour le moyen terme, notamment une marge opérationnelle comprise entre 5% et 7%, en baisse par rapport aux 6,3% de 2025 ou au record de 7,6% de 2024, mais supérieure à sa marge historique de 3,9% en moyenne entre 2005 et 2025.

Il prévoit aussi un free cash-flow de l'automobile supérieur ou égal à 1,5 milliard d'euros en moyenne sur le moyen terme, dans la continuité de sa performance de l'an dernier.

Pour incarner le nouveau plan, le constructeur automobile présentera au Technocentre de Guyancourt (Yvelines) quelques produits, concepts et plateformes emblématiques de sa stratégie future, notamment un mini-SUV de moins de 4 mètres pour l'Inde, "Bridger", ainsi qu'un nouveau break Dacia, "Striker", concurrent potentiel de la Skoda Octavia du groupe VW, qui vient agrandir un peu plus encore la famille low cost du groupe Renault.

D'ici 2030, Dacia devrait aussi compter quatre véhicules purement électriques dans sa gamme, contre un seul, la petite Spring, aujourd'hui.

(Reportage Gilles Guillaume et Dominique Patton, avec Nick Carey à Londre, édité par Benoit Van Overstraeten)