Renault-Refonte de l'ingénierie pour rester dans la course avec les Chinois
information fournie par Reuters 24/06/2026 à 20:39

(Actualisé avec précisions, citations)

par Gilles Guillaume

Renault Group a présenté mercredi à ses syndicats une profonde refonte de son ingénierie en France, passant par 800 suppressions d'emplois sur la base du volontariat et un vaste plan de formation et de reconversion afin de rester dans la course face aux nouveaux concurrents chinois.

Les marques venues de Chine ont plus que triplé leur part de marché en Europe en deux ans, avec des produits à fort contenu technologique et des prix très compétitifs, a souligné Philippe Brunet, directeur de la technologie du groupe au losange, au cours d'une téléconférence de presse.

"Tous les autres constructeurs souffrent, les Coréens, les Japonais en Europe, ou les autres Européens, dont nous", a-t-il ajouté. "On doit être capable d'être compétitifs par rapport à cela."

Avec un effectif de 5.500 personnes, la France pèse pour la moitié de l'ingénierie de Renault à travers le monde. Mi-avril, le constructeur automobile français, l'un des plus petits en taille parmi les constructeurs historiques, avait annoncé son intention de réduire de 15% à 20% ses effectifs totaux dans l'ingénierie d'ici la fin 2027.

Le plan de transformation présenté mardi, pour lequel le groupe aimerait parvenir à un accord avec les organisations syndicales dès juillet pour une entrée en vigueur à la rentrée, prévoit également 200.000 heures de formation pour 2.500 salariés, dont 500 devront opérer une véritable reconversion.

Renault prévoit aussi 150 à 200 recrutements en CDI, toujours vers les nouveaux métiers liés à l'électrification des véhicules et au développement des logiciels embarqués et de l'intelligence artificielle.

Sur les 800 départs prévus, le directeur des Ressources humaines Maximilien Fleury a exclu tout recours à des licenciements secs.

Philippe Brunet a également annoncé une refonte de l'organisation et des méthodes de travail pour simplifier le fonctionnement de la R&D et gagner en rapidité face à des Chinois qui ont imposé comme tempo le développement d'une nouvelle voiture en moins de deux ans, contre quatre à cinq ans jusqu'ici dans l'industrie automobile.

"Mon sujet, c'est la vitesse", a poursuivi le directeur de la Technologie de Renault.

Il entend pour cela réduire la complexité et les étapes dans un projet de véhicule, permettant de diminuer au passage le nombre d'interlocuteurs, et de baisser de 20% le temps consacré aux réunions ou encore de 30% la documentation requise auprès des fournisseurs.

"Devant nous, il y a finalement deux choix: le choix de dire, ce n'est pas la peine de trop investir, il suffit d'aller voir un de nos partenaires en Chine (...) et puis je reprends leur technologie et comme ça, ça ira plus vite", a ajouté Philippe Brunet. "C'est un choix facile, mais c'est pour moi un choix de dépendance."

"Le deuxième choix, c'est de relever le défi, parce que c'est l'Europe et parce que c'est notre coeur de marché (...) C'est d'avoir nos produits avec nos technologies conçues par notre ingénierie."

(Reportage par Gilles Guillaume, édité par Tangi Salaün)