Réactions à l'appel de Trump pour la sécurisation du détroit d'Ormuz information fournie par Reuters 16/03/2026 à 16:10
(Actualisé avec Italie)
Le président américain Donald Trump a appelé ce week-end ses alliés à contribuer à la sécurisation du détroit d'Ormuz, voie navigable fermée de fait par l'Iran en guise de riposte à l'attaque du pays par les Etats-Unis et Israël, par laquelle transite en temps normal 20% du pétrole mondial.
Cherchant à assembler une coalition militaire en vue d'assurer un approvisionnement mondial de pétrole régulier et à limiter la hausse des prix du baril de brut, le président américain a déclaré que son administration avait déjà contacté sept pays, sans les nommer.
Dans un message publié plus tôt sur les réseaux sociaux, Donald Trump a dit espérer que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne, entre autres, participeront à cette initiative.
Il a par ailleurs estimé dans une interview au Financial Times que l'avenir de l'Otan pourrait devenir "très mauvais" si les partenaires de Washington n'aident pas à sécuriser le détroit.
Tour d'horizon des réponses à l'appel de Washington pour le déploiement de navires dans le détroit d'Ormuz, contrôlé par Téhéran :
JAPON
Le Japon n'envisage pas pour le moment d'envoyer de frégates pour escorter des navires au Moyen-Orient, a déclaré lundi la Première ministre Sanae Takaichi.
"Nous n'avons pris aucune décision concernant l'envoi de navires d'escorte. Nous continuons d'examiner ce que le Japon peut faire de manière indépendante et ce qui peut être fait dans le cadre juridique", a dit Sanae Takaichi au Parlement.
La Première ministre doit se rendre à Washington cette semaine pour s'entretenir avec Donald Trump. Elle a précisé que ces discussions porteraient sur le conflit avec l'Iran.
AUSTRALIE
L'Australie n'enverra pas de navires de guerre pour aider à rouvrir le détroit d'Ormuz, a déclaré lundi une ministre du gouvernement.
"Nous n'enverrons pas de navire dans le détroit d'Ormuz. Nous savons à quel point c'est extrêmement important, mais ce n'est pas quelque chose qui nous a été demandé ni à quoi nous contribuons", a déclaré Catherine King, membre du cabinet du Premier ministre Anthony Albanese, lors d'une interview accordée à ABC.
CORÉE DU SUD
"Nous resterons en étroite communication avec les États-Unis à ce sujet et prendrons une décision après un examen minutieux", a déclaré dimanche la présidence sud-coréenne.
En vertu de la Constitution sud-coréenne, le déploiement de troupes à l'étranger nécessite l'approbation du Parlement. Des figures de l'opposition ont déclaré que tout envoi de navires de guerre dans le détroit nécessiterait le consentement du pouvoir législatif.
ROYAUME-UNI
Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré lundi que la Grande-Bretagne ne se laisserait pas entraîner dans une guerre à grande échelle en Iran, mais qu'elle collaborerait avec ses alliés à l'élaboration d'un "plan collectif viable" visant à rouvrir le détroit d'Ormuz.
Lors d'une conférence de presse, Keir Starmer a ajouté qu'il était en pourparlers avec des alliés en Europe, dans le Golfe et aux États-Unis au sujet d'un plan visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. Il a précisé qu'il ne s'agirait pas d'une mission menée par l'Otan.
"En fin de compte, nous devons rouvrir le détroit d'Ormuz pour garantir la stabilité du marché (du pétrole). Ce n'est pas une mince affaire", a-t-il dit aux journalistes.
UNION EUROPÉENNE (UE)
La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré lundi avoir discuté avec les Nations unies de l'idée de débloquer le transport de pétrole et de gaz via le détroit d'Ormuz en s'inspirant d'un accord permettant l'exportation de céréales depuis l'Ukraine en temps de guerre.
"J'ai eu des discussions avec (le secrétaire général des Nations unies) Antonio Guterres pour savoir s'il était possible de mettre en place une initiative similaire à celle que nous avons eue (avec) l'Initiative de la mer Noire", a-t-elle déclaré à Bruxelles en marge d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères.
Kaja Kallas a indiqué que les ministres examineraient également la possibilité de modifier le mandat de la petite mission navale de l'UE au Moyen-Orient, "Aspides", qui se concentre actuellement sur la protection des navires en mer Rouge contre le groupe rebelle houthi du Yémen.
"Il est dans notre intérêt de maintenir le détroit d'Ormuz ouvert, et c'est pourquoi nous discutons également de ce que nous pouvons faire à cet égard du côté européen", a-t-elle déclaré.
"Si les États membres estiment que cela ne sert à rien, c'est bien sûr leur décision, mais nous devons discuter de la manière dont nous pouvons contribuer à maintenir le détroit d'Ormuz ouvert", a-t-elle nuancé.
ALLEMAGNE
Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a rejeté lundi les demandes du président américain Donald Trump concernant un soutien militaire et a minimisé les menaces selon lesquelles une telle position de la part des alliés nuirait à l'Otan.
"Que pense (...) Donald Trump qu'une poignée ou deux de frégates européennes puissent faire dans le détroit d'Ormuz que la puissante marine américaine ne puisse pas faire ?", a-t-il déclaré.
"Ce n'est pas notre guerre, nous ne l'avons pas déclenchée."
Un porte-parole du gouvernement a également déclaré lundi que Berlin ne participerait ni à la guerre en Iran ni à la préservation de l'ouverture du détroit d'Ormuz par des moyens militaires.
GRÈCE
Athènes ne mènera aucune opération militaire dans le détroit d'Ormuz, a déclaré lundi le porte-parole du gouvernement grec, Pavlos Marinakis.
La Grèce ne participerait qu'à la mission navale de l'Union européenne "Aspides" visant à protéger les navires en mer Rouge, a précisé Pavlos Marinakis lors d'une conférence de presse.
DANEMARK
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, a déclaré lundi que son pays devait examiner avec un esprit ouvert comment il pouvait contribuer à faciliter la navigation dans le détroit d'Ormuz.
Aucune décision n'a encore été prise, a-t-il souligné.
"En tant que petit pays, mais grande nation maritime, nous devons rester ouverts à cette question", a déclaré ars Lokke Rasmussen aux journalistes avant le Conseil des affaires étrangères à Bruxelles.
"Je ne dis pas pour l'instant si nous devrions en faire plus, ce que je dis, c'est que j'ai hâte d'en discuter avec mes collègues (de l'Union européenne)", a-t-il ajouté.
ESPAGNE
L'Espagne ne participera à aucune mission militaire dans le détroit d'Ormuz, Madrid considérant que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran est illégale, ont déclaré lundi les ministres de la Défense et des Affaires étrangères.
La ministre de la Défense, Margarita Robles, a rejeté la demande de Donald Trump visant à obtenir un soutien militaire pour sécuriser le détroit.
"L'Espagne n'acceptera jamais aucune mesure palliative, car l'objectif doit être que la guerre cesse, et qu'elle cesse maintenant", a déclaré Margarita Robles.
"Nous ne devons rien faire qui puisse ajouter encore plus de tension ou aggraver davantage la situation", a déclaré José Manuel Albares, ministre des Affaires étrangères, à Bruxelles.
ITALIE
Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré lundi que la diplomatie était la bonne voie pour résoudre la crise dans le détroit, ajoutant qu'aucune des missions navales auxquelles l'Italie participait ne pouvait être étendue à cette zone.
"L'Italie n'est en guerre contre personne, et envoyer des navires militaires dans une zone de conflit reviendrait à entrer en guerre", a déclaré Matteo Salvini, vice-président du Conseil des ministres, à des journalistes à Milan.
FRANCE
Le président français Emmanuel Macron a déclaré, avant que Donald Trump ne formule cette demande, que plusieurs pays européens et asiatiques prévoyaient de mener une mission conjointe visant à assurer une protection, mais seulement une fois le conflit terminé.
QATAR
"Des discussions sont en cours avec différentes parties afin de garantir que le détroit d'Ormuz reste entièrement ouvert pour permettre aux marchandises d'atteindre le Golfe et d'exporter les produits énergétiques de la région", a déclaré lundi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
CHINE
La Chine est en contact "avec toutes les parties" au sujet de la situation dans le détroit d’Ormuz, a déclaré lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Lors d'un point presse régulier, il a été demandé à Lin Jian si la Chine avait reçu une demande de Donald Trump pour à contribuer à assurer la sécurité du détroit.
"Nous sommes en communication avec toutes les parties concernant la situation actuelle et nous nous engageons à promouvoir l'apaisement et le retour au calme", a déclaré le porte-parole.
(Bureaux de Reuters; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)