Rachat d’Airgas: trois financiers jugés pour un vaste délit d'initié
information fournie par Boursorama avec AFP 04/02/2026 à 14:50

( AFP / KIRAN RIDLEY )

Le procès de trois financiers, poursuivis dans une vaste affaire de délit d'initié, liée au rachat d'Airgas par Air Liquide en 2015, et pour laquelle quatre hommes ont déjà plaidé coupable, s'est ouvert mercredi à Paris.

Les trois hommes sont soupçonnés d'avoir obtenu illégalement des informations confidentielles sur le projet du géant français des gaz industriels de racheter son rival américain pour 13,4  milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) le 17 novembre 2015.

Au total, les plus-values cumulées par les sept hommes s'élèveraient à 21 millions d'euros, même si l'ordonnance de renvoi ne mentionne qu'une douzaine de millions "au minimum", estimée au début de l'information judiciaire.

Au coeur de l'affaire, un ancien chargé d'affaires de la Société Générale, Stéphane Fima, surnommé "l'écrivain", qui révèle à Thomas Seligman, un gestionnaire de société de 66 ans, une "indiscrétion" d'une employée de sa banque.

Ce dernier, surnommé "le coiffeur", informe à son tour trois traders des détails de l'opération de rachat imminente, dont Lucien Selce, qui prévient son ami Alexis Kuperfis. Les achats massifs de titres Airgas par ce dernier sont effectués par son gestionnaire de fortune, Thierry Braha, renvoyé devant le tribunal pour complicité de délit d'initié.

Lucien Selce, soupçonné d'avoir fait la plus grosse plus-value en pariant à la hausse sur les actions Airgas, Alexis Kuperfis et Thierry Braha sont les seuls à être jugés devant le tribunal jusqu'au 11 février prochain.

Déjà condamné en 2021 à trois ans de prison avec sursis pour des dessous-de-table lors de la vente d'un domaine viticole varois, Lucien Selce affirme ne pas avoir pris au sérieux l'information du "coiffeur" qui lui aurait toujours "donné des cochonneries".

Ce dernier a pourtant admis sa responsabilité avec trois autres financiers en novembre et janvier dernier lors d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) au cours de laquelle il a été condamné à un an de prison et 750.000 euros d’amende ferme.

"L'écrivain" de 55 ans, qui a reconnu dès sa garde à vue être à l'origine de la fuite, a pour sa part accepté une peine de 8 mois de détention et une amende de 175.000 euros.

L'information judiciaire dirigée par le Parquet national financier (PNF) établit qu'un "pacte corruptif" préexistait entre les deux hommes, dont les téléphones "jetables", des "burners", étaient sur écoute.

Thomas Seligman et Stéphane Fima sont notamment à l'origine d'un délit d'initié antérieur, lié au rachat du groupe pétrolier Technip par CGG (ex-compagnie générale de géophysique) à la fin de l'année 2014.

Dans l'affaire Airgas, les deux traders qui ont également plaidé coupable, Vania Mareuse et Bertrand Van Houtte, ont été condamnés à des amendes atteignant les 5 millions d'euros ferme ainsi qu'à des peines allant jusqu'à 2 ans avec sursis probatoire.