Procès Musk-Altman: le PDG de Microsoft à la barre pour son rôle dans la genèse d'OpenAI information fournie par Boursorama avec AFP 11/05/2026 à 08:24
Le PDG de Microsoft est attendu lundi en Californie au procès intenté par Elon Musk contre les créateurs de ChatGPT: Satya Nadella sera pressé de s'expliquer sur des emails révélant comment son groupe a fini par financer la mue d'OpenAI, passée d'organisation philanthropique à géant lucratif de l'IA.
Son témoignage précède celui de Sam Altman, l'emblématique patron d'OpenAI, dont l'interrogatoire, vraisemblablement mardi ou mercredi, sera l'un des derniers de ce procès très suivi devant une cour fédérale d'Oakland, dans la baie de San Francisco.
Depuis fin avril, l'audience étale en détail les querelles intestines d'un cercle d'ingénieurs, d'investisseurs et de dirigeants de la Silicon Valley dans les années précédant la sortie retentissante de ChatGPT, fin 2022.
Elon Musk accuse les fondateurs d'OpenAI, dont il fut le premier soutien dès 2015, d'avoir détourné ses dons (38 millions de dollars) pour bâtir un empire valorisé plus de 850 milliards de dollars.
Il réclame le retour d'OpenAI au statut unique de fondation à but non lucratif, une issue qui menacerait son entrée en Bourse et sa place dans la compétition mondiale de l'IA, face à Anthropic, Google ou le chinois Deepseek.
En face, l'entreprise dénonce une manœuvre pour la ralentir, menée par un concurrent revanchard qui mène ses propres projets lucratifs d'IA au sein de son mastodonte SpaceX.
Un jury populaire doit rendre son avis au plus tard la semaine du 18 mai, avant que la juge Yvonne Gonzalez Rogers ne tranche seule.
- Retour sur investissement -
L'avocat d'Elon Musk devrait tenter lundi de convaincre le jury que Microsoft, en investissant en 2019 dans OpenAI, savait qu'il contribuait à détourner une fondation à but non lucratif de sa vocation originelle.
Il s'appuiera sur des emails de janvier 2018 de Microsoft tout juste dévoilés, pour démontrer que le géant de la tech n'a sorti le chéquier qu'une fois le profit devenu possible.
Dans ces courriels, Satya Nadella consultait ses cadres sur un rabais accordé à la fondation non lucrative d'OpenAI pour utiliser la puissance de calcul d'Azure, sa filiale d'informatique en ligne (cloud).
"Dans l'ensemble, je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils font comme recherche", écrit Nadella. "De ce qu'Elon dit à tout le monde... il pense qu'OpenAI est au bord de grandes percées en AGI", l'intelligence artificielle générale, concept de la Silicon Valley désignant une IA surpassant l'intelligence humaine.
A l'époque, tous se montrent dubitatifs. Le directeur technique Kevin Scott redoute pourtant qu'OpenAI parte "chez Amazon en claquant la porte et en nous traînant dans la boue". Mais le directeur d'Azure, Brett Tanzer, tranche : Microsoft ne prolongera pas le coup de pouce, Altman "va quitter Azure sous peu" et "je m'attends à ce qu'il vous contacte directement", prévient-il à Nadella.
Dans les mois qui suivent, OpenAI, étranglée par le manque d'argent, crée sa filiale commerciale, pour recevoir des investissements et non plus seulement des dons.
A l'été 2019, un an et demi après avoir tourné le dos au labo, Microsoft investit finalement un milliard de dollars. Il en injectera 13 au total, une participation désormais valorisée à 228 milliards de dollars, soit 17 fois la mise initiale.
- "Contrôle absolu"-
Ce nouveau temps fort du procès intervient après deux semaines d'auditions saisissantes.
La semaine dernière, le cofondateur Greg Brockman, dont la participation dans OpenAI est estimée à 30 milliards de dollars sans avoir investi un centime, a été malmené sur ses carnets de 2017, révélant son désir de "gagner de l'argent" et ses scrupules sur la stratégie menée par Sam Altman.
Il a ensuite rééquilibré son image en décrivant les manipulations d'un Musk prêt à tout pour obtenir "le contrôle absolu" du laboratoire d'IA et concurrencer celui de Google dirigé par Demis Hassabis.
Avant lui, Elon Musk s'était dépeint en bienfaiteur désintéressé, soucieux que le développement de l'IA, susceptible de détruire l'humanité, échappe à la pression du profit, avant d'être trahi par ses protégés.
Le multimilliardaire a annoncé mercredi un partenariat majeur avec Anthropic, le rival numéro un d'OpenAI, pour lui permettre d'exploiter son plus gros centre de données, sous-utilisé par son propre laboratoire xAI.