Procès d'Olivier Bouygues pour chasse illégale : le milliardaire attend son jugement
information fournie par AFP 23/10/2026 à 00:51

Le milliardaire Olivier Bouygues au tribunal correctionnel d'Orléans, le 7 septembre 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

La justice rend vendredi à 14H sa décision concernant le milliardaire Olivier Bouygues, jugé début septembre pour destruction d'espèces d'oiseaux protégées sur son domaine de chasse en Sologne, des faits pour lesquels cinq ans de prison avec sursis ont été requis.

Décrivant des méthodes "interdites" et "barbares", la procureure de la République d'Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait également requis lors de l'audience en septembre une amende de 750.000 euros, le maximum encouru, et une interdiction d'exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

Le motif des destructions "est connu, assumé par certains : préserver les parties de chasse organisées régulièrement en enlevant les prédateurs du petit gibier", avait dénoncé la procureure, détaillant une "organisation qui perdure" au fil des années avec à sa tête "le même propriétaire".

L'"atteinte à la biodiversité" a été "majeure", avait-elle ajouté.

Pour les cinq autres prévenus jugés dans cette affaire, le régisseur et des gardes-chasse du domaine de Fontenaille d'une superficie de 650 hectares à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret), des peines de un an à quatre ans d'emprisonnement avec sursis ont été demandées, avec des amendes et des retraits temporaires du permis de chasse.

Nullités

Ces réquisitions avaient été jugées "excessives" par l'avocat du milliardaire, Me Eric Grassin, qui a critiqué dans sa plaidoirie "une construction intellectuelle qui consiste à dire que l'employeur était au courant".

Lors du procès, tenu les 7 et 8 septembre, la défense avait demandé l'annulation de la procédure en soulevant plusieurs exceptions de nullité et d'illégalité pour des "irrégularités" présumées.

Olivier Bouygues a toujours contesté toute responsabilité dans cette affaire, évoquant à l'audience sa "surprise" au moment où il a été informé de l'ouverture d'une enquête l'année dernière.

"J'ai d'autres chats à fouetter que de gérer au quotidien" les affaires de la propriété, a-t-il affirmé à la barre.

À la suite d'une dénonciation anonyme, les enquêteurs ont découvert sur le domaine de Fontenaille des "cadavres d'animaux en décomposition avancée", selon un membre de l'Office français de la biodiversité (OFB).

Les photos d'un charnier, diffusées à l'audience, montraient plusieurs cadavres d'animaux baignant dans leur sang, parmi lesquels des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables ou encore des grands cormorans.

M. Bouygues, 76 ans, a martelé n'avoir "jamais vu" ce charnier, tout en reconnaissant en connaître l'existence et préférant parler de "fosse écologique".

Pratique ancrée

Outre les oiseaux, des chats ont aussi été tués.

Les enquêteurs ont retrouvé des armes, une pelleteuse ou une centaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995, ainsi que des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées depuis des années. En contrepartie, des primes d'une centaine d'euros étaient versées.

Selon les déclarations du régisseur du domaine, M. Bouygues "ne voulait pas que ça soit rendu public".

L'un des prévenus a décrit une pratique "ancrée" en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse très prisé des grandes fortunes.

Le régisseur du domaine a évoqué des "pratiques ancestrales", balayant toute "destruction" au profit d'une "régulation d'espèces qui menacent notre gibier ou notre poisson".

Tous les prévenus ont rejeté la responsabilité de l'homme d'affaires dans les destructions, ainsi que la qualification de bande organisée.

"Ils se protègent entre eux", avait estimé la procureure.

Une quinzaine d'associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles, tout comme la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, qui a évoqué un "préjudice d'image" pour la chasse. Toutes ont réclamé plusieurs dizaines de milliers d'euros au titre des préjudices écologique et moral.