Poutine réunit les dirigeants d'Arménie et d'Azerbaïdjan
information fournie par Reuters 11/01/2021 à 17:59

(Actualisé avec fin du sommet)

par Vladimir Soldatkin et Andrew Osborn

MOSCOU, 11 janvier (Reuters) - Les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan se sont rencontrés lundi, à l'initiative du président russe Vladimir Poutine, pour la première fois depuis le conflit armé de l'automne entre leurs deux pays au sujet de la région du Haut-Karabakh, pour tenter de prévenir une remise en cause de l'accord de cessez-le-feu.

Conclu en novembre sous l'égide de Moscou, cet accord a mis fin à six semaines d'affrontements ayant fait des milliers de morts au sein des forces arméniennes et azerbaïdjanaises et dans la population civile. Il a aussi permis à l'Azerbaïdjan de conserver les territoires acquis au cours du conflit dans l'enclave séparatiste.

Mais les tensions persistent et les deux camps, qui détiennent toujours des prisonniers, restent en désaccord sur le fonctionnement du corridor reliant l'Arménie au Haut-Karabakh.

Vladimir Poutine a déclaré que l'accord de cessez-le-feu, qui a vu la Russie déployer des soldats de maintien de la paix, était mis en oeuvre sans incident majeur et il a jugé utile la rencontre organisée lundi.

"Nous avons été en mesure de nous entendre et de signer une déclaration conjointe sur le développement de la région", a dit le président russe. "Je parle de mesures concrètes pour bâtir des liens économiques et pour développer des projets d'infrastructures (de transport)."

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a toutefois déclaré qu'il n'avait pas été possible de s'entendre sur un échange de prisonniers.

Le dirigeant arménien et le président azerbaïdjanais Ilham Aliev ont néanmoins tous deux fait état de progrès dans les autres domaines en évoquant de manière positive les perspectives économiques de leurs deux pays et des projets d'infrastructures.

Ilham Aliev a déclaré que l'Azerbaïdjan disposerait pour la première fois depuis plus de 30 ans d'une liaison ferroviaire avec le Nakhitchevan, un territoire azerbaïdjanais aux frontières de la Turquie et de l'Iran isolé du reste du pays par l'Arménie. Il a ajouté que l'Arménie allait pour sa part obtenir des liaisons ferroviaires avec la Russie et l'Iran via le territoire de l'Azerbaïdjan.

Cette rencontre s'est néanmoins déroulée dans une ambiance glaciale. Nikol Pachinian et Ilham Aliev ne se sont pas serré la main, se contentant de se saluer à distance avant de s'asseoir à une table ovale en face du président russe.

Reconnu par la communauté internationale comme partie intégrante de l'Azerbaïdjan, le Haut-Karabakh est peuplé majoritairement d'Arméniens et était, jusqu'en octobre, contrôlé par les forces séparatistes arméniennes à la suite d'une guerre meurtrière au début des années 1990. Les séparatistes arméniens ont cette fois été repoussés et acculés par les troupes azerbaïdjanaises jusqu'à la conclusion d'un cessez-le-feu sous l'égide de la Russie.

Le conflit de l'automne a été l'occasion pour la Turquie, alliée de l'Azerbaïdjan, de manifester son influence dans le Caucase du Sud, une région que Moscou considère traditionnellement comme partie intégrante de sa propre sphère d'influence.

Sa médiation et le déploiement de soldats de maintien de la paix russes ont permis à Vladimir Poutine de réaffirmer l'importance de Moscou dans la région.

(Avec Tom Balmforth Version française Marc Angrand et Bertrand Boucey)