Pourquoi une contraction des capitaux internationaux serait catastrophique pour les Etats-Unis
information fournie par Le Cercle des économistes 08/06/2026 à 08:26

Que se passerait-il si les capitaux internationaux ne se dirigeaient plus vers les Etats-Unis ? Il apparaîtrait d'abord un problème de financement du Trésor américain, d'où une forte hausse des taux d'intérêt à long terme. (Crédit : Adobe Stock)

Le déficit extérieur (de la balance courante) des Etats-Unis a atteint 3,6 % du PIB (1 114 milliards de dollars) en 2025. Ce déficit extérieur a plusieurs causes : le déficit public très élevé (5,8 % du PIB), la faiblesse du taux d'épargne des ménages américains, le niveau élevé de l'investissement des entreprises particulièrement en propriété industrielle (brevets, Recherche-Développement) qui dépasse 7 % du PIB.

En 2026, le déficit extérieur des Etats-Unis ne se résorbera pas, avec les mêmes causes, même amplifiées (l'annulation des droits de douane par la Cour Suprême et la Cour de Commerce International va réduire les recettes fiscales, les investissements liés au développement de l'Intelligence artificielle continuent à augmenter). Le besoin qu'ont les Etats-Unis d'attirer des capitaux internationaux pour financer leur déficit d'épargne va donc encore s'accroître.

Pour l'instant, les capitaux internationaux continuent de se diriger vers les Etats-Unis. La détention de titres du Trésor américain par les non-résidents s'accroît (de 294 milliards de dollars entre mars 2025 et mars 2026) ; les achats d'actions américaines par le reste du monde sont importants, ainsi que les prêts aux entreprises américaines (de manière surprenante, la Chine prête massivement aux Etats-Unis pour le financement des infrastructures énergétiques, numériques, portuaires, aux entreprises des Nouvelles Technologies).

Un marché liquide et profond

Il est facile de comprendre pourquoi les Etats-Unis sont attrayants pour les capitaux internationaux. Le marché de la dette du Trésor est très liquide et le rendement des titres du Trésor est élevé (4,5 % pour les Treasuries à 10 ans) ; la rentabilité du capital des entreprises américaines est nettement plus élevée que celui des entreprises européennes, chinoises ou japonaise (17% contre 10%) ; les investisseurs sont attirés par les actions des sociétés technologiques américaines, d'abord les actions de entreprises qui développent des modèles d'Intelligence Artificielle, puis maintenant les entreprises produisant des semi-conducteurs, des mémoires, des disques durs (par exemple le cours d'Intel sur le Nasdaq a augmenté de 191% depuis le début de l'année 2026).

Mais il faut réaliser qu'une rupture de cet équilibre où le capital, l'épargne des non-résidents, est attiré par les Etats-Unis serait catastrophique pour le pays. Que se passerait-il si les capitaux internationaux ne se dirigeaient plus vers les Etats-Unis ? Il apparaîtrait d'abord un problème de financement du Trésor américain, d'où une forte hausse des taux d'intérêt à long terme (aujourd'hui, ils sont nettement inférieurs à la croissance nominale, 4,5% pour le taux à 10 ans contre 6% pour la croissance du PIB nominal au premier trimestre 2026).

Cette hausse ferait reculer l'investissement et les indices boursiers. Il apparaîtrait ensuite une difficulté à financer les investissements massifs nécessaires au déploiement de l'Intelligence artificielle (750 milliards de dollars en 2026), d'où un ralentissement de ce déploiement et la mise en cause du modèle très capitalistique des entreprises qui développent des modèles d'IA aux Etats-Unis.

Attractivité de la tech

Quelles évolutions pourraient provoquer un recul des flux de capitaux internationaux vers les Etats-Unis ? Les capitaux chinois (qui se dirigent vers le financement du secteur privé et plus du secteur public) sont alimentés par l'excédent commercial considérable de la Chine (1.189 milliards de dollars en 2025). La faiblesse de la demande intérieure en Chine lui impose un modèle de croissance tiré par les exportations et l'excédent commercial chinois se dirige naturellement vers les Etats-Unis compte tenu de la rentabilité élevée du capital qui y est utilisé.

On pourrait penser par contre que les investisseurs japonais se détourneraient du marché des titres du Trésor des Etats-Unis, dont ils détiennent 1.200 milliards  de dollars, en raison de la hausse des taux d'intérêt obligataires au Japon (presque 2,7% à 10 ans).

Effectivement on voit une stabilisation de la détention de Treasuries par les japonais mais pas un recul. Enfin, l'attractivité de la Tech américaine est toujours très forte. Depuis la fin du mois de mars, l'indice Nasdaq Composite a progressé de 29 %, ce qui montre bien cette forte attractivité.

Au total, au pire, on peut imaginer une certaine tension sur le financement du Trésor américain, mais pas de difficulté de financement pour le secteur privé et pour les entreprises américaines.

Patrick Artus
Membre du Cercle des économistes
Conseiller économique d'Ossiam