Pourquoi la dette de la France mérite la note "triple B" (au mieux)
information fournie par Zonebourse 13/10/2026 à 21:03

Alors que sa croissance figure parmi les plus faibles de la zone euro et que son endettement comme son déficit public comptent parmi les plus élevés, la France est devenue ces dernières années le grand malade de l'Europe. Les agences de notation continuent pourtant de lui accorder un "A " (ou une note équivalente selon leur échelle), avec une indulgence qui contraste de plus en plus avec la situation économique du pays.

La comparaison avec ses voisins rend cette clémence difficile à comprendre : l'Espagne et l'Italie, elles aussi endettées à plus de 100% de leur PIB, affichent une croissance plus soutenue et des déficits publics moins importants, après avoir engagé des réformes structurelles. L'Allemagne a beau être devenue l'un des maillons faibles de l'UE sur le plan économique, son faible endettement lui laisse des marges de manoeuvre budgétaires dont Paris ne dispose plus. Quant au Royaume-Uni, lui aussi sous pression en raison de son déficit élevé, il conserve au moins une croissance supérieure à celle de la France.

Les marchés ne croient déjà plus au "A " de la France. Au 13 octobre, l'OAT française à dix ans offrait un rendement supérieur de 137 points de base à celui du Bund, davantage que l'Italie, autour de 110 points, et la Grèce, proche de 90 points. La France emprunte ainsi plus cher que des pays moins bien notés, tout en conservant son "A " chez S&P.

En extrapolant ces écarts aux notes souveraines, la France se retrouverait dans la catégorie BBB. Le Portugal et l'Espagne, notés A , affichent un spread moyen d'environ 55 points de base, contre 110 points pour l'Italie, notée BBB . Puisque les trois crans qui séparent ces notes représentent quelque 18 points par cran, le spread de la France supérieur de 27 points à celui de l'Italie suggère une note souveraine entre BBB et BBB-.

La comparaison des CDS à cinq ans conduit à une estimation voisine, puisqu'au 9 octobre, la protection contre un défaut français coûtait environ 79 points de base, contre 65 pour l'Italie et 31 pour l'Espagne.

Même si ces calculs ne constituent pas une notation officielle, les deux marchés convergent vers un même diagnostic : la signature française vaut au mieux le triple B. L'enjeu est loin d'être anecdotique, car à "BBB-", le dernier échelon de la catégorie investissement, la dette française ne serait plus qu'à un cran de la catégorie spéculative, dite "junk".

Une dégradation sous ce seuil pourrait contraindre de nombreux investisseurs institutionnels, dont les mandats excluent les obligations spéculatives, à céder leurs titres français, ce qui accentuerait encore la pression sur les taux. Certes, une partie de cette prime de risque tient à l'incertitude politique à l'approche de l'élection présidentielle, mais si le prochain gouvernement continue de repousser les efforts nécessaires ou de se contenter de mesurettes, le triple B pourrait officiellement devenir une réalité dès 2027.