Pourquoi la croissance chinoise est différente de celle de la décennie précédente
information fournie par Zonebourse 06/07/2026 à 19:37

L'économie chinoise n'est pas au beau fixe depuis que Pékin a mis en place ses "trois lignes rouges" pour dégonfler la bulle immobilière. Le durcissement des conditions de financement en 2020 a cassé la demande, fait chuter l'activité de construction et pesé sur les prix au m², démotivant encore davantage les acheteurs.

Sur les cinq premiers mois de 2026, l'investissement immobilier a encore reculé de 16% sur un an, tandis que l'investissement résidentiel baissait de 15%. Les mises en chantier ont chuté de 22%, les surfaces achevées de 23% et les ventes résidentielles en valeur de 14%. Plus inquiétant encore, les financements reçus par les promoteurs ont diminué de 19%, avec une baisse de 28% des prêts hypothécaires individuels.

L'impact s'est propagé au-delà de l'immobilier par l'effet de richesse, car l'immobilier reste en Chine, comme dans la plupart des pays, le principal moyen de se constituer un patrimoine. Dans un pays où le logement représente une part déterminante de l'épargne des ménages, la baisse des prix nourrit mécaniquement l'épargne de précaution plutôt que la consommation.

Ce sentiment d'appauvrissement a ainsi entraîné un ralentissement marqué de la demande intérieure. En mai 2026, les ventes au détail ont même reculé de 0,6% en glissement annuel, enregistrant leur première baisse depuis décembre 2022, après une hausse de 0,2% en avril. Le ralentissement est particulièrement visible dans les achats liés au logement et aux biens durables, tandis que le marché automobile reste sous pression.

Pékin a compensé une grande partie de ce ralentissement économique par l'extérieur, en s'appuyant sur son appareil industriel et ses exportations. Ainsi, les ventes au détail croissent à un rythme plus faible que la production industrielle de façon systématique depuis plus de deux ans, ce qui est relativement inédit.

En mai, l'excédent commercial chinois a atteint 105,4 milliards de dollars, contre 84,8 milliards le mois précédent. Les exportations vers l'Europe ont progressé de 8% sur un an, celles vers les Etats-Unis de 35% et celles vers l'Asie du Sud-Est de 24%. Le modèle de croissance chinois repose donc de plus en plus sur une capacité à écouler à l'étranger une production que le marché intérieur absorbe difficilement.

L'état très particulier que traverse l'économie chinoise, que l'on peut qualifier de désendettement du secteur résidentiel, apparaît aussi à travers l'indicateur de l'ancien Premier ministre Li Keqiang pour évaluer la croissance économique. Cet indicateur, introduit au début des années 2010, repose sur trois composantes concrètes : le trafic de fret ferroviaire, la consommation d'électricité et le montant total des prêts bancaires.

Cet indicateur a cessé de connaître des périodes de " boom " depuis la réouverture post-Covid de 2021. Il est resté stable autour de 6-7% de début 2022 à fin 2023, puis évolue désormais plutôt autour de 4-5%. Ce ralentissement, plus de trois ans après le début du dégonflement de la bulle immobilière, laisse penser que l'économie chinoise est encore loin d'être sortie d'affaire.

Pékin pourrait réorienter ses efforts pour soutenir les ménages, par exemple en renforçant les prestations sociales des salariés, mais cela nuirait à la compétitivité des entreprises. Le scénario le plus probable reste donc que les autorités locales continuent de soutenir leurs champions régionaux jugés stratégiques.

Cette stratégie permet de préserver l'activité à court terme, mais elle aggrave in fine les tensions commerciales. Selon Goldman Sachs, la part de la Chine dans les exportations mondiales de biens d'équipement est passée de 7% en 2005 à 24%, tandis que celle de l'Europe est tombée de 54% à 43%. Autrement dit, la Chine peut stabiliser sa croissance en exportant davantage, mais le surplus des uns reste le déficit des autres.