Pourquoi est-il si difficile de battre le marché sur le long terme ? information fournie par Zonebourse 29/05/2026 à 16:03
L'idée de battre le marché paraît simple pour beaucoup de personnes. Ils pensent qu'il suffit de choisir les bonnes actions, éviter les mauvaises, acheter au bon moment et vendre avant les autres. En réalité, c'est beaucoup plus difficile.
Battre le marché ne signifie pas seulement gagner de l'argent. C'est faire mieux qu'un indice de référence. En France, on peut par exemple se comparer au CAC 40 et aux Etats-Unis au S&P 500. Cela paraît simple sur le papier, mais en réalité la majorité des gestionnaires de fonds échouent à battre cet indice de référence sur le long terme.
Les études SPIVA comparent depuis plus de 20 ans les fonds actifs à leurs indices de référence. Leur constat est clair : aux Etats-Unis, 89% des fonds actions domestiques ont sous-performé leur indice sur 10 ans, et 93% sur 15 ans. Autrement dit, même les professionnels ont du mal à faire mieux que la moyenne du marché.
Il ne suffit pas de trouver une pépite
Identifier une bonne entreprise pour battre le marché ne suffit pas. Si tout le monde sait déjà qu'une entreprise est excellente, son prix le reflète. Une société peut être excellente sans être une bonne opportunité d'investissement au moment où on l'achète. Pour surperformer le marché, il faut voir quelque chose que le marché n'a pas encore pleinement pris en compte (une croissance sous-estimée, une rentabilité plus solide que prévu...).
C'est l'idée de la théorie de l'efficience des marchés. Les prix ne sont pas toujours parfaits, mais ils intègrent rapidement l'ensemble des informations disponibles.
Les gagnants sont faciles à voir... après coup
Bien sûr, certaines entreprises battent largement le marché. Apple, Nvidia, Amazon ou Microsoft sont devenues des exemples phares. Mais elles sont surtout évidentes aujourd'hui. Avec le recul, il est facile de dire qu'Apple était "la" valeur à avoir en portefeuille au début des années 2000. Sur le moment, c'était beaucoup moins simple. Entre mars 2000 et avril 2003, l'action Apple a perdu environ 64%.
Cette difficulté est renforcée par la concentration des performances. Une grande partie de la hausse des indices vient souvent d'un nombre limité de grandes réussites. Pour battre le marché, il faut détenir les grands gagnants, les acheter au bon prix, puis les conserver assez longtemps.
Un indice large a un avantage simple : il conserve automatiquement les gagnants et les laisse prendre de plus en plus de poids avec le temps. L'investisseur, lui, doit réussir à les identifier à l'avance et à ne pas les vendre trop tôt.
"Couper ses pertes et laisser courir ses gains"
Beaucoup d'investisseurs veulent acheter bas et vendre haut. Mais ils oublient certains points. Les marchés remontent souvent avant que les nouvelles économiques ne s'améliorent vraiment. Après une forte baisse, l'investisseur attend souvent "plus de visibilité". Mais quand la visibilité revient, le marché a déjà rebondi.
A cela s'ajoutent les biais psychologiques. L'excès de confiance pousse à multiplier les décisions. La peur pousse à vendre dans les mauvais moments. L'effet de mode incite à acheter ce qui a déjà beaucoup monté.
Résultat ? Beaucoup d'investisseurs achètent trop tard et vendent trop tôt. Selon DALBAR, même si un fonds fait une performance de 8% par an, l'investisseur moyen dans ce fonds ne gagne que 4% parce qu'il achète et vend au pire moment sous le coup de l'émotion.
Les frais partent avec une longueur d'avance
Admettons que vous avez surpassé tout ça et fait de bons choix. Vous devez maintenant surmonter l'obstacle des frais. Frais de gestion, frais de transaction, spreads, coûts de financement, fiscalité éventuelle... tous ces éléments réduisent votre performance finale. Un fonds qui réalise la même performance brute que son indice, mais subit 1,5% de frais par an, sous-performe une fois les frais déduits.
Le temps comme allié
Sur de longues périodes, la performance ne vient pas seulement des bons choix d'investissement. Elle vient surtout du temps laissé au capital pour travailler.
C'est le principe des intérêts composés. Les gains générés une année s'ajoutent au capital de départ, puis produisent eux-mêmes des gains les années suivantes. La performance se compose.
Imaginons que vous placez 10 000 EUR à 8% par an pendant 20 ans. Deux façons de faire, deux résultats très différents.
Option 1 : vous retirez vos gains chaque année
Vous gagnez 800 EUR par an (8% de 10 000 EUR), que vous mettez de côté. Au bout de 20 ans, vous avez touché 800 × 20 = 16 000 EUR, et votre capital de départ vaut toujours 10 000 EUR. Total final = 26 000 EUR.
Option 2 : vous laissez vos gains se réinvestir
Là, vos 800 EUR de la première année rapportent eux aussi l'année suivante (vous gagnez 8% sur 10 800 EUR), et ainsi de suite. C'est l'effet "boule de neige" des intérêts composés. Total final = 46 609 EUR.
La différence représente quand même plus de 20 000 EUR, uniquement parce que vous avez laissé vos gains travailler au lieu de les retirer.
C'est toute la puissance des intérêts composés. Plutôt que de multiplier les ordres pour tenter de battre le marché à court terme, il est plus intéressant de laisser le capital investi pour profiter de la croissance des entreprises et de l'effet boule de neige des rendements.
Alors pourquoi certains essayent quand même ?
Parce que battre le marché reste possible. Certains investisseurs y parviennent, mais rarement par hasard, ils ont souvent un avantage. Cela peut passer par de longues expertises, un horizon très long, une discipline de valorisation, ou une capacité à rester calme quand les autres paniquent.
Battre le marché sur le long terme demande de faire mieux qu'un indice déjà très efficace, après frais, malgré les erreurs de comportement et malgré les périodes de doute. C'est possible mais c'est beaucoup plus difficile que ça en a l'air.