POINT HEBDO-Pas de vacances d'été pour les marchés financiers information fournie par Reuters 07/08/2026 à 12:12
Les marchés financiers n'auront pas le luxe cette année de s'accorder une pause estivale, même en plein mois d'août, au regard de l'actualité chargée prévue dans les prochains jours.
Sur le marché des changes, les cambistes s'attendent à de possibles nouvelles interventions des autorités américaines et japonaises pour soutenir un yen en difficulté.
Des données économiques majeures sont par ailleurs prévues, tandis que sur le front géopolitique, les investisseurs se demandent si les Etats-Unis valideront un projet d'accord entre l'Iran et Oman qui donnerait de fait à Téhéran le contrôle du détroit d'Ormuz.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ UN CAUCHEMAR ÉVEILLÉ
Dans un contexte de renchérissement des coûts de l'énergie, la dépréciation de la monnaie japonaise, tombée à un creux de quarante ans, constitue un cauchemar pour les responsables politiques au Japon, les prix du pétrole étant libellés en dollar.
L'apparition de Scott Bessent et la publication opportune d'une photo de la liste de tâches du secrétaire au Trésor américain, mentionnant l'achat de yens japonais, combinées à une rare intervention conjointe américano-japonaise pour enrayer la faiblesse du yen, ont sans doute contribué à apaiser les craintes de Tokyo. Mais le travail est-il pour autant terminé? Pas tout à fait.
Pour les cambistes, de nombreuses questions restent sans réponse. Premièrement, les responsables de la Banque du Japon (BoJ) vont-ils donner des indications quant à une éventuelle hausse des taux directeurs en septembre afin de renforcer le rebond du yen? Viennent ensuite des interrogations sur le recours à l'euro et non au dollar dans le cadre de l'intervention américaine sur les marchés de change pour soutenir le yen.
Certains analystes estiment que cela suggère que le Trésor américain ne souhaite pas que les tensions dans l'obligataire soient exacerbées par la vente de titres du Trésor par les banques centrales étrangères pour financer des opérations de soutien de leur monnaie. Dans ce contexte, le débat sur la solidité du statut de monnaie de réserve du dollar est loin d'être clos.
2/ UNE SOLUTION PROVISOIRE ACCEPTABLE?
Les investisseurs se raccrochent à un nouvel accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient et garantir la sécurité du passage des navires dans le détroit d'Ormuz. Cette fois-ci, les pourparlers concernent uniquement l'Iran et Oman, sans participation ni approbation à ce stade des Etats-Unis.
Mais alors que le conflit entre dans sa 24e semaine, les chances de voir un éventuel accord émergé et tenir dans la durée restent modestes. Les Houthis au Yémen, soutenus par l'Iran, ont attaqué l'Arabie saoudite et des pétroliers en mer Rouge, autre voie d'acheminement du pétrole dans la région.
A moins de cinq mois des élections américaines de mi-mandat, le président Donald Trump est néanmoins sous pression pour parvenir à un accord. Le prix de l'essence aux Etats-Unis reste obstinément supérieur à quatre dollars le gallon et, même si l'inflation n'est pas aussi forte que prévu, elle reste de nature à inquiéter les électeurs.
Pour l'instant, l'optimisme concernant la croissance des bénéfices des entreprises et le potentiel d'amélioration de la productivité grâce à l'intelligence artificielle (IA) pourrait suffire à contenter investisseurs et les inciter à accepter une solution provisoire pour sortir de la crise au Moyen-Orient.
3/ L'INFLATION AU CENTRE DE L'ATTENTION
Les données sur l'inflation américaine, qui seront publiées mercredi, pourraient accentuer la pression déjà croissante sur la Fed pour qu'elle relève ses taux directeurs.
Les économistes interrogés par Reuters prévoient une hausse de 3,4% de l'indice des prix à la consommation (CPI) en juillet sur un an. Le CPI dit de base, qui exclut les composantes volatiles de l'alimentation et l'énergie, est lui attendu en hausse de 2,5% en rythme annuel.
Autre indicateur d'inflation: les prix à la production (PPI) mensuels sont attendus jeudi et doivent permettront de mieux appréhender la dynamique des prix. Le CPI et le PPI du mois de juin étaient tous deux plus modérés que prévu, mais l'inflation reste depuis cinq ans supérieure à l'objectif à moyen terme de 2% fixé par la Fed.
Les chiffres des ventes au détail, publiés le 14 août, viendront clore une semaine riche en données économiques.
La Fed a choisi le mois dernier de maintenir ses taux directeurs à leur niveau actuel, dans une fourchette de 3,50%-3,75%, malgré l'opposition de trois de ses membres qui se sont prononcés en faveur d'une hausse de 25 points de base. Les marchés anticipent avec une probabilité d'environ 50% un relèvement des coûts d'emprunt lors de la prochaine réunion de la Fed, prévue les 15 et 16 septembre.
4/ FIN DU RESSERREMENT MONÉTAIRE DE LA RBA?
Comparativement aux Etats-Unis, la situation en Australie semble quelque peu différente pour la Banque de réserve d'Australie (RBA). Celle-ci devrait maintenir ses taux mardi, ses responsables étant de susceptibles d'opter pour une évaluation des mesures mises en oeuvre pour juguler l'inflation après trois hausses des coûts d'emprunt depuis le début de l'année.
Des données récentes ont montré que les prix à la consommation en Australie avaient augmenté à un rythme plus lent au cours du trimestre clos en juin, soit 24 heures à peine après que la gouverneure de la RBA, Michele Bullock, a déclaré que la banque centrale était prête à relever à nouveau ses taux si nécessaire.
Certains analystes estiment toutefois que la RBA maintiendra une position "hawkish" (restrictive).
La Norges Bank, la banque centrale norvégienne, qui se réunit jeudi, devrait elle aussi maintenir ses taux à leur niveau actuel, l'inflation de base dans le pays ayant ralenti en juin.
5/ ANDY BURNHAM À L'AFFÛT DE BONNES NOUVELLES
Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, espère de bonnes nouvelles lorsque le Royaume-Uni publiera jeudi les données du produit intérieur brut (PIB) pour le deuxième trimestre et le mois de juin.
Les chiffres mensuels du PIB pourraient traduire un rebond. Les ventes au détail pour le mois de juin ont été exceptionnellement fortes, soutenues par les dépenses liées à la Coupe du monde de football et aux fortes chaleurs.
La baisse des prix de l'énergie en juin, à la faveur de l'éphémère accord de trêve entre les Etats-Unis et l'Iran, a également pu jouer un rôle dans ce rebond économique attendu.
Toutefois, le chiffre trimestriel du PIB pourrait être moins encourageant, car la forte croissance enregistrée au cours des trois premiers mois de l'année s'est essoufflée en avril et en mai.
Andy Burnham, qui a pris ses fonctions en juillet, espère néanmoins une surprise, à l'instar de ce qui a été observé en zone euro. Les données préliminaires indiquent que la croissance de la zone euro a été nettement plus rapide que prévu au deuxième trimestre. Une estimation actualisée du PIB du bloc monétaire est attendue jeudi.
(Rédigé par Amanda Cooper, Dhara Ranasinghe et Alun John à Londres, Lewis Krauskopf à New York et Rae Wee à Singapour; infographies de Kripa Jayaram, compilé par Alun John; version française Claude Chendjou, édité par Augustin Turpin)