POINT HEBDO-Les marchés à la merci des avancées diplomatiques et d'une nouvelle vague de données information fournie par Reuters 22/05/2026 à 12:00
Les marchés restent suspendus aux avancées diplomatiques au Moyen-Orient, alors que la guerre en Iran entre dans son quatrième mois sans qu'une solution claire ne se profile à l'horizon.
De plus, les réunions des banques centrales approchent, et elles auront lieu à un moment où les données sur l'inflation accentuent la pression sur les responsables de la politique monétaire, les rendements obligataires atteignant leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir :
1/ DES FISSURES
Si l'on met de côté un instant les actions technologiques en pleine croissance, il est clair que les répercussions de la guerre en Iran s'aggravent, comme en témoignent la dépréciation des devises asiatiques, l'affaiblissement de l'activité économique en Europe et la pression renouvelée sur les marchés obligataires mondiaux.
Les rendements des Treasuries américains à 30 ans
US30YT=RR , un marché d'importance systémique, ont atteint cette semaine leur plus haut niveau depuis 2007.
Les investisseurs obligataires estiment que les banques centrales ne pourront plus ignorer l'impact inflationniste provoqué par la guerre, qui maintient le détroit d'Ormuz fermé de facto depuis février.
Si les gouvernements décident d'augmenter les dépenses pour soutenir la consommation — un risque évoqué au Japon —, cela alourdira encore le fardeau de la dette.
Si l'Europe a été la plus touchée par la vague de ventes massives d'obligations du mois de mars, ce sont aujourd'hui les bons du Trésor américain qui sont sous pression, ce qui n'est pas une bonne nouvelle à l'heure où la présidence de la Réserve fédérale (Fed) est en pleine transition.
Le président américain Donald Trump va nommer vendredi Kevin Warsh à la tête de la banque centrale américaine lors d'une cérémonie à la Maison blanche. Il présidera sa première réunion de politique monétaire les 16 et 17 juin.
2/ AGITATION EN TURQUIE
La Turquie figure à nouveau sur la liste des sujets de préoccupation des investisseurs après que la justice turque a annulé jeudi le congrès qui avait mené à l'élection d'Ozgur Ozel à la tête du principal parti d'opposition pour des irrégularités.
Cette affaire était considérée comme un test pour évaluer le degré d'autonomie de la justice turque, et la décision judiciaire pourrait plonger encore plus l'opposition dans le flou et participer à sa désunion, ainsi que renforcer les chances du président Recep Tayyip Erdogan de prolonger son mandat.
Comme on pouvait s'y attendre, les marchés ont réagi avec agitation. Les actions se sont effondrées et la livre turque a atteint un nouveau plus bas historique de 45,7425 face au dollar américain.
La banque centrale turque, qui a interrompu son cycle d'assouplissement monétaire à un moment où la guerre en Iran affecte l'économie nationale, fortement dépendante des importations d'énergie, a déjà été contrainte de vendre des milliards de dollars de devises pour en atténuer les répercussions.
De nombreuses banques centrales se réuniront par ailleurs dans les prochains jours dans le contexte de la guerre.
Il est probable qu'Israël commence par une baisse d'un quart de point, pour ramener le taux à 3,75%, l'appréciation de 20% du shekel au cours de l'année écoulée lui permettant de contenir l'inflation provoquée par la guerre, que l'on observe pratiquement partout ailleurs.
En Hongrie, où le gouvernement du Premier ministre Peter Magyar est en cours de formation, les taux d'intérêt devraient rester inchanger mardi à 6,25%. La banque centrale du Sri Lanka devrait également maintenir le statu quo le même jour, tout comme celle de Nouvelle-Zélande mercredi.
Jeudi, la Banque centrale de Corée du Sud devrait elle aussi maintenir ses taux à 2,5% malgré les rumeurs de plus en plus insistantes concernant une hausse, tandis que l'Afrique du Sud devrait les relever de 25 points de base en raison de la forte hausse de l'inflation.
3/ ENCORE L'INFLATION
L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE ), l'indicateur d'inflation privilégié par la Fed, sera publié jeudi, après que les prix à la consommation et les prix à la production ont tous deux connu une accélération avec la flambée des cours de l'énergie.
Les investisseurs se pencheront également sur les derniers chiffres de la confiance des consommateurs, mardi, et sur une nouvelle estimation de la croissance de l'économie américaine au premier trimestre, jeudi.
Les résultats financiers de Salesforce CRM.N , Best Buy
BBY.N et Costco COST.O , tous prévus dans la semaine à venir,
pourraient apporter de nouveaux détails sur le secteur de l'intelligence artificielle (IA) en essor et sur l'état de la consommation, alors que la solide saison des résultats du premier trimestre, qui a profité aux actions américaines, touche à sa fin.
4/ LA BOJ EST-ELLE PRÊTE À RELEVER SES TAUX ?
La Banque du Japon (BoJ) recherche des raisons de normaliser sa politique monétaire et les données sur l'inflation de vendredi pourraient lui fournir les éléments nécessaires pour poursuivre dans cette voie.
Les marchés sont de plus en plus convaincus que la banque centrale nippone relèvera ses taux le mois prochain pour la première fois depuis décembre.
Les économistes prévoient une hausse de 1,5% de l'indice des prix à la consommation de base à Tokyo, un indicateur clé de la tendance nationale, soit le même niveau qu'en avril.
Il s'agirait du rythme le plus faible enregistré au cours des quatre dernières années, même si la tendance sous-jacente a été faussée par les aides publiques accordées aux ménages pour atténuer l'impact de la crise au Moyen-Orient.
Au-delà de ces facteurs, les analystes prévoient largement une hausse de l'inflation, car les prix du pétrole restent élevés et la faiblesse du yen entraîne une augmentation des coûts des importations.
5/ LE "CAPITAL HUMAIN DE FAIBLE VALEUR" DOIT SE MÉFIER
Les bouleversements que l'IA pourrait entraîner sur l'emploi dans le secteur financier suscitent de vives inquiétudes depuis que la banque britannique Standard Chartered STAN.L a annoncé cette semaine la suppression de près de 8.000 emplois, en remplaçant ce que son directeur général, Bill Winters, a qualifié de "capital humain à faible valeur ajoutée" par cette technologie en essor.
Bill Winters a déclaré par la suite que ces changements seraient gérés avec prudence, mais ses propos ont mis en évidence les changements radicaux qui pourraient se profiler à l'horizon, grâce à une technologie capable de traiter d'énormes quantités de données et accomplir des tâches qui étaient auparavant effectuées par des salariés.
JPMorgan JPM.N et Georges Elhedery, directeur général de de HSBC HSBA.L , ont également mis en garde contre les changements d'emploi liés à l'IA.
Une enquête de Morgan Stanley publiée la semaine dernière révèle que 11% des postes dans les banques ont été supprimés en raison de l'IA et que 14% n'ont pas été remplacés.
(Infographies par Vineet Sachdev, Dhara Ranasinghe, Alun John et Marc Jones à Londres, Lewis Krauskopf à New York et Rocky Swift à Tokyo, compilé par Yoruk Bahceli, version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)