POINT HEBDO-Les banques centrales face à leurs démons au cours d'une semaine riche en réunions information fournie par Reuters 13/03/2026 à 12:50
La guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix de l'énergie qui en a découlé placent les banques centrales, qui ont encore en mémoire la crise inflationniste de 2022, dans une situation délicate.
Les opérateurs chercheront des réponses à leurs questions sur la manière dont le conflit pourrait affecter la politique monétaire lors des réunions des banques centrales qui se tiendront dans les prochains jours, notamment celles de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE).
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ UNE SITUATION DIFFICILE
Les espoirs d'une résolution rapide du conflit semblent s'évanouir au vu des événements récents.
Le président américain Donald Trump a fait savoir qu'il fixerait lui-même la date de la fin de campagne, tout en affirmant être bien en avance sur le délai de quatre à six semaines qu'il avait initialement annoncé.
Mais, dans le même temps, des pétroliers sont en feu dans le Golfe, les installations de chargement et de transport de pétrole sont endommagées dans toute la région du Moyen-Orient et le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a dit que le détroit d'Ormuz devait rester fermé pour faire pression sur les Etats-Unis et Israël.
Les opérateurs commencent donc à accepter que, même si un cessez-le-feu était bientôt conclu, il faudrait probablement un certain temps avant que les flux de pétrole, de gaz naturel, d'engrais et d'autres produits pétrochimiques reviennent à la normale.
Malgré les mesures annoncées mercredi dernier par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les cours du Brent se maintiennent autour de 100 dollars le baril, tandis que les prix du gaz naturel ont explosé et les investisseurs ont revu leurs hypothèses sur l'inflation et les taux d'intérêt pour cette année.
2/ EST-CE LE BON MOMENT ?
Le rapport sur l'emploi aux États-Unis pour le mois de février, qui a révélé une destruction d'emplois inattendue, plaiderait plutôt en faveur de nouvelles baisses des taux d'intérêt, ce que Donald Trump réclame d'ailleurs depuis longtemps.
La Fed, qui termine mercredi sa réunion de politique monétaire de deux jours, devrait maintenir ses taux inchangés pour la deuxième fois d'affilée, après avoir assoupli sa politique monétaire l'année dernière afin de soutenir le marché du travail.
Cependant, le conflit au Moyen-Orient a soudainement compliqué la situation et la Fed sera sous pression quant à ses perspectives.
Les contrats à terme sur les "fed funds" indiquent que les investisseurs ont revu à la baisse leurs attentes concernant une baisse des taux d'intérêt cette année, la flambée des prix du pétrole aggravant les inquiétudes déjà existantes concernant l'inflation.
Les opérateurs ne tablent désormais plus que sur une seule baisse des taux d'intérêt de 25 points de base en 2026, en juin, contre deux avant le début de la guerre.
Une politique monétaire plus restrictive que prévu pourrait par ailleurs conduire la Fed à un nouveau bras de fer avec Donald Trump dans les mois à venir.
Selon les investisseurs et les analystes, il y a de moins en moins de chances que Kevin Warsh, le candidat désigné par le président américain pour succéder à Jerome Powell, assouplisse rapidement la politique monétaire comme le souhaiterait la Maison blanche.
Au Canada, où la banque centrale se réunit également mercredi, les traders anticipent une hausse des taux de 25 points de base d'ici la fin de l'année.
3/ LA "BONNE POSITION" MISE EN DOUTE
Jeudi, ce sera au tour de l'Europe, avec les décisions des banques centrales de la zone euro, de la Suisse et du Royaume-Uni.
La flambée des prix du pétrole place la zone euro, très dépendante des importations d'énergie, dans une situation délicate, alors que le souvenir de 2022 — Francfort avait alors estimé que la première poussée inflationniste était passagère — reste très présent.
Les dernières déclarations d'une série de membres de l'institut de Francfort minimisent, du moins pour l'instant, la nécessité d'agir à court terme et l'institut devrait à nouveau laisser ses taux inchangés jeudi.
Cependant, les marchés anticipent désormais une hausse des taux d'ici juillet et estiment à 70% la probabilité d'une deuxième hausse d'ici décembre.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, qui a souligné pendant des mois que l'institution était en "bonne position", sera probablement interrogée jeudi sur la façon dont elle perçoit la situation à la lumière du déclenchement du conflit au Moyen-Orient.
Les opérateurs s'attendent également à un resserrement de la politique monétaire de la part de la Banque nationale suisse (BNS) et excluent d'ores et déjà toute baisse des taux de la Banque d'Angleterre (BoE).
Londres dispose d'une marge de manoeuvre plus réduite. Il y a quelques semaines encore, tout le monde s'attendait à une baisse des taux en mars. Compte tenu de la relative persistance de l'inflation et des nouvelles pressions à la hausse, une telle mesure n'est plus à l'ordre du jour.
4/ EN ROUTE VERS DES HAUSSES
La Banque de réserve d'Australie (RBA) et la Banque du Japon (BOJ) sont les deux seules banques centrales du G10 qui avaient déjà entamé un cycle de hausse des taux avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.
Pour la RBA, les perspectives sont un peu plus claires. Les marchés estiment à plus de 70% la probabilité d'une hausse de 25 points de base mardi, et un nombre croissant d'économistes anticipent une telle mesure après l'avertissement lancé par un haut responsable concernant l'inflation.
La situation est plus compliquée pour la BOJ.
Les questions relatives à l'impact du conflit et à l'inflation sont essentielles au Japon, qui dépend fortement du Moyen-Orient pour la quasi-totalité de son approvisionnement en pétrole.
Les anticipations concernant sa prochaine hausse des taux ont été bouleversées, une flambée prolongée des prix de l'énergie pourrait avoir un double effet négatif, à savoir une faible croissance et une inflation élevée.
Une enquête Reuters auprès d'économistes montre que la banque centrale japonaise devrait relever ses taux à 1,00% d'ici la fin juin.
(Amanda Cooper, Dhara Ranasinghe et Karin Strohecker à Londres, Lewis Krauskopf à New York et Rae Wee à Singapour; Infographie Sumanta Sen, compilé par Dhara Ranasinghe ; version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)