POINT HEBDO-La pression monte sur les marchés en plein été information fournie par Reuters 14/08/2026 à 13:18
Les tensions continuent de s'intensifier au Moyen-Orient en plein été, empêchant les investisseurs de souffler pour cette pause estivale traditionnelle. Ils doivent en outre analyser l'état de santé du consommateur américain, tout en gardant une attention soutenue sur l'inflation et les perspectives de taux des banques centrales.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ CRAINTES D'UNE INFLATION ALIMENTAIRE
La crainte d'une nouvelle vague d'inflation alimentaire refait surface en cette période estivale. Elle est alimentée notamment par un phénomène El Niño - nom donné à une variation naturelle du climat - qui devrait être très intense cette année. A cela s'ajoute la hausse des coûts énergétiques, des pénuries d'engrais liées au conflit au Moyen-Orient et de nouvelles perturbations dans les livraisons de céréales sur fond de poursuite de la guerre en Ukraine.
L'impact devrait se faire sentir le plus vivement en Asie et en Amérique latine, où les ménages consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'alimentation et où les banquiers centraux restent sur leurs gardes face à toute nouvelle pression sur les prix. Des économies comme celle de l'Inde en ont déjà fait les frais.
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a averti que le monde était au bord d'une nouvelle vague d'inflation alimentaire. JPMorgan a estimé qu'un puissant phénomène El Niño, à lui seul et à son apogée, pourrait faire grimper l'inflation alimentaire mondiale d'environ 0,7%.
Les marchés suivront de près l'évolution de la situation pour déterminer s'il s'agit d'une situation temporaire ou d'un nouveau casse-tête inflationniste, susceptible de contraindre les banques centrales à repenser leur politique monétaire.
2/ BILAN DE LA CONSOMMATION
Les résultats financiers attendus dans la semaine dans le secteur de la distribution permettront de faire le point sur l'état de santé du consommateur américain. Ils devraient indiquer si les dépenses restent solides dans toutes les tranches de revenus et si le conflit avec l'Iran commence à peser sur le budget des ménages.
Alors que la résolution du conflit entre Washington et Téhéran est au point mort, les comptes financiers de Walmart
WMT.O , Home Depot HD.N , Target TGT.N , Lowe's LOW.N et Deere & Co DE.N pourraient ainsi apporter le signal le plus clair à ce jour sur la manière dont la hausse des prix de l'énergie et l'incertitude géopolitique affectent la demande. Le prix de l'essence aux Etats-Unis dépasse les quatre dollars le gallon, mais l'inflation dans les autres secteurs montre des signes de ralentissement.
Walmart et Target pourraient permettre de savoir si les ménages réorientent leurs dépenses vers les produits de première nécessité alors que les coûts du carburant et des transports restent élevés. Home Depot et Lowe's, de leur côté, pourraient indiquer si l'inflation et les coûts d'emprunt freinent les dépenses liées à la rénovation et au bricolage. Deere, pour sa part, pourrait préciser la manière dont la hausse des coûts de l'énergie et des intrants affecte les agriculteurs.
La véritable question pour les investisseurs sera de savoir si les dirigeants considèrent ces pressions comme des difficultés gérables ou comme une menace croissante pour les marges et la demande.
3/ LA BOJ PRÊTE À RELEVER SES TAUX
Les derniers chiffres du produit intérieur brut (PIB) japonais donneront un aperçu de la manière dont la deuxième économie d'Asie résiste à la guerre en Iran et de sa capacité à supporter une nouvelle hausse des taux directeurs de la Banque du Japon (BoJ).
Le PIB japonais devrait avoir progressé de 2% en rythme annualisé au cours du trimestre clos en juin, selon la prévision médiane de 15 économistes sondés par Reuters. Un tel rythme marquerait une troisième hausse trimestrielle consécutive.
La poursuite de la guerre au Moyen-Orient a lourdement pesé sur le Japon, lui infligeant un double coup dur: la hausse des coûts du pétrole importé et la dépréciation de sa monnaie.
Face aux pressions croissantes visant à contenir l'inflation et à protéger le yen, les marchés sont de plus en plus convaincus que la BoJ relèvera son principal taux directeur de 25 points de base, pour le porter à 1,25%, le mois prochain, après le statu quo décidé en juillet et la hausse de 25 points de base survenue en juin.
4/ L'OR BRILLE DE NOUVEAU
L'appréciation du dollar, la remontée des anticipations d'inflation et la flambée des rendements obligataires ont pesé sur l'or qui a chuté de 25% en trois mois, mettant à mal sa réputation d'actif refuge.
Mais depuis le creux de six mois touché fin juin, à environ 3.965 dollars, le métal précieux a progressé de près de 10% et s'échangeait vendredi à environ 4.344 dollars l'once pour l'or spot XAU= .
Le rebond de l'or est alimenté par la perspective que l'inflation n'a pas échappé à tout contrôle. Les marchés tablent par ailleurs désormais sur le fait que la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait ne pas relever ses taux, ce qui pousse les investisseurs à recommencer à acheter de l'or.
Après quatre mois de sorties de capitaux, les ETF sur l'or commencent à attirer des capitaux HLDTOTALL=XAU . Plus important encore, les banques centrales, qui avaient fortement ralenti leurs achats au premier trimestre, ont acheté entre avril et juin plus d'or qu'au cours de n'importe quel deuxième trimestre jamais enregistré, avec 289 tonnes métriques, selon le World Gold Council.
5/ LE COÛT DE LA VIE
Après les chiffres mensuels du PIB britannique, qui ont dépassé les attentes pour le mois de juin, les données sur le chômage et l'inflation seront suivis de près dans la semaine.
L'inflation en Grande-Bretagne a ralenti à 2,6% sur un an en juin, sur fond de baisse des prix de l'énergie après le cessez-le-feu temporaire conclu entre les Etats-Unis et l'Iran.
Mais depuis la reprise des hostilités entre les deux camps, les prix de l'énergie sont repartis fortement à la hausse, ce qui laisse présager un chiffre d'inflation potentiellement plus élevé pour le mois de juillet.
Aux craintes d'une inflation alimentée par la situation en Iran s'ajoutent des inquiétudes croissantes concernant la hausse des prix des denrées alimentaires. La canicule qui sévit au Royaume-Uni et en Europe affecte la production alimentaire, et plusieurs chaînes de supermarchés britanniques ont déjà mis en garde contre un choc des prix alimentaires.
Le coût de la vie étant une priorité pour le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, les pressions sur les prix ne manqueront pas de susciter des interrogations alors qu'il élabore ses projets en termes de dépenses et d'orientation politique.
La Banque d'Angleterre (BoE) devrait également se montrer vigilante après avoir maintenu en juillet son principal taux directeur à 3,75%. Sur les marchés financiers, la probabilité d'une hausse des taux directeurs de la BoE d'ici la fin de l'année a diminué, mais elle n'est pas nulle.
(Rédigé par par Rocky Swift à Tokyo, Laura Matthews à New York, ainsi qu'Amanda Cooper, Sophie Kiderlin et Karin Strohecker à Londres; infographies de Vineet Sachdev; compilé par Amanda Cooper; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)