POINT HEBDO-Incertitude, données et nouveaux risques de turbulences dans le viseur des marchés information fournie par Reuters 02/04/2026 à 14:00
Les marchés financiers sont à nouveau déçus après que le président américain Donald Trump a anéanti les espoirs d'une fin rapide de la guerre avec l'Iran lors d'une allocution télévisée qui n'a apporté que peu de nouvelles informations, si ce n'est le sentiment que les tensions ne s'apaisent pas.
Outre le risque élevé de nouvelles turbulences, de nombreux autres événements se profilent à l'horizon pour les opérateurs, qui cherchent surtout à évaluer la pression à laquelle sera confrontée l'économie mondiale face à la crise d'approvisionnement en pétrole la plus grave jamais connue.
Les Bourses européennes seront fermées les 3 et 6 avril. La Bourse de New York sera également fermée vendredi mais rouvrira lundi.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ QUI SAIT ?
L'incertitude et la confusion règnent parmi les opérateurs, les stratèges en investissement et les économistes quant à l'évolution de la guerre au Moyen-Orient et à ses conséquences sur l'économie mondiale.
Les traders qui avaient commencé le mois d'avril en pariant sur une fin rapide du conflit ont été rapidement pris au dépourvu lorsque, dans son discours tant attendu dans la nuit de mercredi à jeudi, Donald Trump a au contraire promis des attaques plus agressives contre l'Iran dans les semaines à venir, anéantissant ainsi leurs espoirs.
Le marché, qui avait repris un peu de souffle au cours de la semaine dans l'espoir d'une accalmie, a réagi en revenant à la situation d'il y a quelques jours : les actions se sont à nouveau effondrées et les rendements obligataires remontent, ce qui met en évidence l'incertitude qui pèse sur les opérateurs en ce début de deuxième trimestre.
Selon les analystes, les marchés d'actions restent exposés à une correction plus profonde.
Même si l'espoir d'un règlement rapide du conflit renaissait, les dégâts causés aux infrastructures énergétiques du Moyen-Orient et les prix élevés de l'énergie continueraient de peser sur les économies.
Sur le marché obligataire, les craintes inflationnistes se transforment peu à peu en inquiétudes sur l'activité économique.
2/ QUE FAIRE ?
Huit pays de l'Opep+ se réunissent dimanche pour décider du niveau de production pour le mois de mai, mais l'ampleur des perturbations auxquelles ils ont été confrontés et les baisses de production qui en ont résulté dans les pays du Golfe ne leur laissent guère de marge de manoeuvre.
Ils devraient donc examiner la possibilité d'une nouvelle hausse des quotas, selon deux sources au sein de l'organisation, une mesure qui permettrait aux principaux producteurs d'augmenter leur production si le détroit d'Ormuz venait à rouvrir.
Après un léger répit suscité par l'espoir d'une paix imminente en Iran, les prix du pétrole grimpent à nouveau jeudi, frôlant les 110 dollars.
L'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, Oman, l'Algérie, le Kazakhstan, le Koweït et les Émirats arabes unis avaient progressivement augmenté leur production de brut avant le début de l'opération israélo-américaine contre l'Iran, il y a un peu plus d'un mois.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que la guerre a déjà entraîné une perte de production d'environ 12 millions de barils par jour, soit environ 12% de la consommation mondiale.
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont réacheminé une partie de leurs flux vers des ports situés loin du détroit d'Ormuz, qui reste de facto bloqué, mais l'Irak et le Koweït sont confrontés à des contraintes d'exportation.
3/ LES PRIX AU MENU
Les chiffres de l'inflation américaine, qui seront publiés le 10 avril, constituent le prochain indicateur clé pour les investisseurs, qui tentent d'évaluer dans quelle mesure la guerre en Iran entraîne une hausse des prix et affecte les consommateurs.
Selon un sondage Reuters, les prix à la consommation devraient avoir augmenté de 0,9% sur un mois, ce qui représenterait leur plus forte progression depuis 2022.
L'inflation sous-jacente, une mesure plus restreinte qui exclut les prix des denrées alimentaires et de l'énergie, devrait avancer de manière beaucoup plus modérée, à 0,3%.
La flambée des prix du pétrole cette semaine a déjà fait passer le prix moyen de l'essence aux États-Unis au-dessus de 4 dollars le gallon pour la première fois depuis plus de trois ans.
Cela ne passera certainement pas inaperçu à Washington en cette année cruciale marquée par les élections de mi-mandat en novembre.
La situation est également délicate pour la Réserve fédérale (Fed), qui doit gérer les risques pesant sur le marché du travail, alors que la guerre a anéanti les espoirs des investisseurs de voir les taux baisser cette année.
L'indicateur d'inflation privilégié par la banque centrale américaine, l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), sera également publié la semaine prochaine, bien qu'il porte sur le mois de février et suscitera donc sans doute moins d'intérêt.
4/ L'ASIE, VULNÉRABLE
L'impact de la hausse des prix du pétrole est mondial, mais il est particulièrement redouté en Asie — qui importe 60% de son pétrole brut du Moyen-Orient — et des entreprises de tous horizons en subissent les conséquences.
Les chiffres de l'inflation aux Philippines, en Thaïlande, à Taïwan et en Chine donneront également, dans les prochains jours, une idée de l'ampleur des difficultés auxquelles ces économies sont confrontées en raison du conflit.
Les devises asiatiques ont subi de fortes pressions à la baisse face à un dollar qui s'apprécie – les investisseurs se tournant vers des valeurs refuges –, ce qui renchérit les importations et pèse sur le budget des ménages.
Les investisseurs parient toutefois que l'économie chinoise sera largement protégée de l'impact des prix du pétrole, grâce à ses importantes réserves, à sa position dominante dans le domaine des énergies vertes et à la modération des pressions sur les prix à la consommation.
5/ SUR LA CORDE RAIDE
En Inde, autre grand importateur de pétrole du continent asiatique, la banque centrale devrait maintenir mercredi son principal taux directeur à 5,25%.
La situation reste toutefois délicate car les économistes ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance, tandis que la flambée des prix de l'énergie devrait bientôt commencer à peser sur l'inflation générale, compte tenu des récents plus bas historiques enregistrés par la roupie.
La rapidité avec laquelle la roupie se déprécie inquiète la Banque de réserve de l'Inde (RBI), qui a déjà injecté des milliards de dollars provenant de ses réserves pour tenter de résoudre le problème ces dernières semaines et a pris une série de mesures de moins en moins orthodoxes pour tenter d'enrayer cette chute.
Les responsables de la politique monétaire néo-zélandaise se réuniront également mercredi.
Si les marchés estiment qu'une hausse des taux est peu probable, le gouverneur de la banque centrale a averti qu'une crise énergétique prolongée pourrait justifier un resserrement de la politique monétaire à l'avenir.
(Rae Wee à Singapour, Lewis Krauskopf à New York et Dhara Ranasinghe, Ahmad Ghaddar et Marc Jones à Londres, infographies par Kripa Jayaram, compilé par Yoruk Bahceli ; version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)