POINT HEBDO-Banques centrales, inflation et enjeux politiques au menu des marchés information fournie par Reuters 20/09/2024 à 12:37
Après la décision de la Réserve fédérale américaine d'entamer son cycle d'assouplissement monétaire, de nouvelles baisses de taux directeurs sont prévues en Suisse et en Suède dans les prochains jours, tandis que les données sur l'inflation aux Etats-Unis et les enquêtes sur l'activité économique dans le monde fourniront un aperçu des pressions à venir.
Sur le plan politique, le parti au pouvoir au Japon doit choisir son prochain chef de file, qui deviendra de fait Premier ministre, tandis qu'au Sri Lanka, les électeurs sont appelés aux urnes pour une présidentielle aux forts enjeux économiques.
Tour d'horizon des perspectives des marchés les jours à venir :
1/ LES BANQUES CENTRALES EN POLE POSITION
Les banques centrales de Suède et de Suisse seront les prochaines à amplifier le grand mouvement de détente sur les taux directeurs dans un contexte de ralentissement des pressions inflationnistes.
Les opérateurs de marché s'attendent à ce que ces deux banques abaissent leurs taux d'intérêt de référence à l'issue de leurs réunions de politique monétaire respectives mercredi et jeudi. L'essentiel des baisses devrait être concentré sur cette année, ce qui signifie que 2025 pourrait se traduire par un assouplissement plus timide.
La Banque nationale suisse (BNS) a été l'une des premières grandes banques centrales à réduire ses taux en mars. Les marchés sont partagés quant à l'ampleur de la baisse de jeudi. L'appréciation du franc, qui est proche de son niveau le plus élevé depuis 2015 CHF=EBS EUR=EBS , est précisément ce que la BNS veut éviter pour le moment, au regard d'une inflation déjà à la traîne.
En Suède, la Riksbank devrait procéder mercredi, sauf énorme surprise, à une réduction de 25 points de base de ses taux directeurs, d'autant plus que le taux d'inflation dans le pays est désormais bien inférieur à l'objectif visé. Elle pourrait également réduire ses taux de 50 points de base en novembre.
2/ L'INFLATION EN LIGNE DE MIRE
L'indicateur d'inflation préféré de la Fed - attendu le 27 septembre - montrera si la pression sur les prix a continué à se modérer alors que la banque centrale a enclenché son cycle d'assouplissement monétaire.
L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) pour le mois d'août est vu en hausse de 2,5% en rythme annuel, selon le consensus Reuters.
D'après les dernières projections économiques de la Fed, le taux annuel de l'indice des prix devrait tomber à 2,3% d'ici la fin de l'année et à 2,1% d'ici fin 2025.
Les investisseurs recevront également de nouveaux chiffres sur la confiance des consommateurs et les biens durables au cours des prochains jours.
3/ LES CRAINTES D'UNE RÉCESSION
Les données préliminaires sur l'activité économique, qui seront publiées à partir de lundi, fourniront un aperçu de l'état de l'économie mondiale.
L'indice composite des directeurs d'achat (PMI) de la zone euro est en expansion depuis six mois et celui du Royaume-Uni.
Pour le moment, les marchés saluent la baisse d'un demi-point des taux de la Fed, estimant que cela devrait permettre d'éviter une récession aux Etats-Unis et par extension dans le monde. Les économistes interrogés par Reuters estiment que la probabilité d'une récession dans la première économie mondiale est d'environ 30%, un chiffre qui n'a guère bougé depuis le début de l'année.
Tout n'est pas rose pour autant. En Allemagne, première puissance en Europe, l'indice des directeurs d'achat s'est enfoncé en août en zone de contraction, sous la barre des 50, tandis que le climat des affaires est morose. En Chine, deuxième économie mondiale, les difficultés persistantes du pays pénalisent d'autres nations.
4/ LE CHOIX DU PREMIER MINISTRE AU JAPON
Le 27 septembre, le Parti libéral démocrate (PLD), au pouvoir au Japon, choisira son nouveau dirigeant qui deviendra de facto le nouveau Premier ministre. L'actuel Premier ministre, Fumio Kishida, a renoncé à un nouveau mandat à la tête du parti.
Neuf candidats sont en lice et trois d'entre eux, aux orientations très différentes sur la politique à mener, sont considérés comme des favoris.
Sanae Takaichi, qui pourrait devenir la première femme Première ministre au Japon, est une "reflationniste", c'est-à-dire une partisane des mesures de relance économique. Elle a accusé la Banque du Japon (BoJ) d'avoir relevé ses taux directeurs prématurément.
A contrario, Shigeru Ishiba s'est prononcé contre les mesures de relance monétaire adoptées dans le passé et a déclaré à Reuters que la banque centrale était "sur la bonne voie" avec les relèvements de taux effectués jusqu'ici. Shinjiro Koizumi, fils de l'ex-Premier ministre Junichiro Koizumi, a dit pour sa part respecter l'indépendance de la Banque du Japon.
Quel que soit le vainqueur dans la course à la direction du PLD, la tâche sera compliquée pour la BoJ, car des élections anticipées sont probables à la fin du mois d'octobre, ce qui pourrait entraver les décisions de la banque.
5/ RÉSULTAT TROP SERRÉ AU SRI LANKA?
Les électeurs sri-lankais auront l'économie à l'esprit lorsqu'ils iront voter samedi pour l'élection présidentielle, le pays étant criblé de dettes. Le résultat du scrutin devrait être particulièrement serré.
Les politiques d'austérité menées pour sortir l'île du gouffre ont laissé amers de nombreux citoyens qui pourraient sanctionner le président sortant Ranil Wickremesinghe et se tourner vers les partis de gauche.
Deux candidats se sont engagés à réexaminer ou à réviser les conditions de renflouement du pays par le Fonds monétaire international (FMI) et l'un d'entre eux a proposé une nouvelle approche de la restructuration de la dette.
(Rédigé par Lewis Krauskopf à New York, Kevin Buckland à Tokyo et Libby George, Amanda Cooper et Dhara Ranasinghe à Londres; graphiques de Prinz Magtulis, Sumanta Sen et Vineet Sachdev; compilé par Karin Strohecker; version française Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)