PÉTROLE-Près de la moitié des flux mondiaux en brut provient de zones de conflit en 2026
information fournie par Reuters 25/08/2026 à 11:37

* Les conflits affectent plus de 43% de la production mondiale de pétrole

* Plus de 10% des capacités mondiales de raffinage sont à l'arrêt

* Les réserves mondiale de carburant s'épuisent

* La flambée des prix des carburants fait grimper l'inflation et la dette publique

par Seher Dareen, Anushree Mukherjee et Robert Harvey

Près de la moitié du pétrole mondial provient cette année de pays touchés par des conflits, selon les calculs de Reuters, une donnée qui illustre à quel point les perturbations actuelles ont relégué au second plan les crises énergétiques précédentes.

Il y a six mois les attaques américaines et israéliennes du 28 février contre l'Iran ont déclenché ce qui est devenu la plus grave crise d'approvisionnement en pétrole jamais enregistrée, sans qu'une issue ne se profile à l'horizon.

En parallèle, la guerre qui fait rage depuis 2022 entre la Russie et l'Ukraine a entraîné des réductions de production et de raffinage, notamment cette année au Kazakhstan voisin.

Le conflit en cours en Libye et les restrictions américaines sur les exportations de pétrole vénézuélien en début d'année ont encore aggravé la situation.

Au total, les pays touchés par ces conflits produisaient environ 45 millions de barils de pétrole par jour (bpj) sur la base des données de production pour 2025, ce qui représente plus de 43% de l'offre mondiale, selon les calculs de Reuters s'appuyant sur les données de l'Agence internationale de l’énergie (AIE).

Ces perturbations ont accru la dépendance mondiale vis-à-vis des approvisionnements en pétrole américain, bien que ceux-ci aient eux aussi été ponctuellement perturbés par des conditions météorologiques extrêmes.

Néanmoins, toutes les perturbations concernant l'approvisionnement de cette année ne se sont pas produites simultanément.

L'Arabie saoudite ayant réacheminé son pétrole vers la mer Rouge et les exportateurs du Golfe faisant passer clandestinement leur pétrole par le détroit d’Ormuz, la perturbation actuelle de l'approvisionnement pétrolier du Golfe s'élève à entre cinq millions à sept millions de bpj, selon les estimations des analystes.

Mais les risques pesant sur les flux globaux restent élevés, comme l'ont démontré les attaques survenues en juillet en mer Rouge et près du canal de Suez, en Égypte.

Les conflits dans le Golfe et en Ukraine ont également réduit la capacité mondiale de raffinage d'environ un dixième.

L'Ukraine a pris pour cible une grande partie du réseau de raffinage russe, frappant des usines situées jusqu'à Omsk, à environ 2.700 km de l'Ukraine.

La Russie est confrontée à des pénuries de carburant et a interdit les exportations d'essence et de diesel, ce qui a resserré les marchés mondiaux des carburants.

La hausse des prix des carburants est devenue un facteur clé de l'inflation, contribuant à l'augmentation des coûts d'emprunt et à faire grimper la dette publique, notamment l'américaine à un niveau record de 40.000 milliards de dollars (34.300 milliards d'euros).

Aux États-Unis, les prix du diesel ont atteint des niveaux records, alors même que les raffineries tournent à plein régime.

L'AIE a débloqué plusieurs volumes records provenant de ses réserves d'urgence afin d'amortir le choc de l’offre. Ces libérations sont désormais en grande partie achevées, alors même que les provisions mondiales continuent de baisser.

(Rédigé par Robert Harvey et Seher Dareen à Londres, Anushree Mukherjee à Bangalore ; version française Coralie Lamarque, édité par Benoit Van Overstraeten)