PÉTROLE-Le baril à plus de 100 dollars, le G7 examine un recours aux stocks stratégiques (actualisé)
information fournie par Reuters 09/03/2026 à 16:20

(Actualisé tout du long avec précisions sur la réunion du G7, déclarations de Lescure et Birol)

Les cours du pétrole s'envolent lundi, dépassant la barre des 100 dollars le baril et atteignant leur plus haut niveau depuis mi-2022, poussant les pays du G7 à examiner un éventuel recours aux réserves stratégiques pour tenter d'atténuer la flambée des prix.

Les perturbations du transport maritime dans le détroit d'Ormuz lié au conflit au Moyen-Orient ont provoqué un choc sur les marchés pétroliers et conduit une série de grands producteurs à réduire leurs approvisionnements.

La nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père l'ayatollah Ali Khamenei à la tête de l'Iran, qui laisse présager que les tensions avec Israël et les Etats-Unis pourraient perdurer, a provoqué une nouvelle poussée des prix du brut.

Lundi, le Brent LCOc1 prend 10,4% à 102,37 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI)

CLc1 gagne 10% à 100,15 dollars vers 15h05 GMT.

Le Brent a touché plus tôt dans la journée un pic à 119,50 dollars le baril et le WTI à 119,48 dollars. Avant même l'envolée de lundi, les deux références de brut ont grimpé respectivement de 28% et de 36% la semaine dernière.

Ces sommets sont à comparer aux sommets historiques atteints en 2008, où les contrats s'échangeaient à environ 147 dollars le baril, selon les données de LSEG, qui remontent aux années 1980.

Face à ce choc pétrolier, une réunion des ministres des Finances du G7, présidée par la France, s'est tenue lundi au cours de laquelle un recours coordonné aux réserves stratégiques a été discuté.

"Nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en puisant dans les réserves de stocks stratégiques de manière à stabiliser les marchés", a déclaré à la presse le ministre français de l'Economie Roland Lescure à l'issue de la réunion à laquelle a participé l'Agence internationale de l'Energie (AIE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

"Nous avons examiné toutes les options possibles, y compris la mise à disposition des stocks d'urgence de pétrole de l'AIE sur le marché", a confirmé le directeur de l'agence Fatih Birol dans un communiqué.

Les pays membres de l'AIE détiennent actuellement plus de 1,2 milliard de barils de stocks d'urgence de pétrole, auxquels s'ajoutent 600 millions de barils de stocks industriels détenus en vertu d'obligations gouvernementales, a précisé Fatih Birol.

Une réunion des ministres de l'Energie du G7 est prévue mardi en marge du Sommet international sur l'énergie nucléaire qui se tient à Paris, a fait savoir le président Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Chypre.

LES PRIX À LA POMPE DANS LE VISEUR

Dans l'Union européenne (UE), les groupes de coordination de l'approvisionnement en pétrole et en gaz se réuniront jeudi, a annoncé lundi un porte-parole de la Commission européenne.

Ces groupes, qui comprennent des représentants des gouvernements du bloc, surveillent la sécurité des approvisionnements en pétrole et en gaz et coordonnent les mesures d'intervention en cas de crise.

Une porte-parole de la Commission européenne a toutefois dit lundi que les Etats membres disposaient de stocks suffisants de pétrole et de gaz malgré la perturbation des chaînes d'approvisionnement due à la guerre.

"Nous sommes beaucoup moins préoccupés par la sécurité de l'approvisionnement que par les prix élevés de l'énergie", a déclaré Anna-Kaisa Itkonen devant les journalistes.

Les pays du bloc sont tenus de détenir des stocks de pétrole couvrant 90 jours de consommation.

Face au risque de flambée des prix du carburant, la Corée du Sud, pays asiatique très dépendant des importations en provenance du Moyen-Orient, a décidé lundi de plafonner le tarif à la pompe, une première en près de 30 ans.

En France, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a demandé dimanche une multiplication des contrôles pour éviter une hausse abusive des prix du carburant.

Le président américain Donald Trump a estimé pour sa part sur son réseau Truth Social que la hausse des prix du pétrole était "un faible prix à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde".

ARAMCO RÉDUIT SA PRODUCTION, SELON DES SOURCES

Les analystes ont dit la semaine dernière s'attendre à ce que les poids lourds de l'Opep, dont les Émirats arabes unis, soient contraints de réduire prochainement leur production, faute de capacités de stockage de pétrole.

Selon deux sources, le géant pétrolier saoudien Aramco

2222.SE a commencé à réduire la production dans deux de ses champs pétrolifères. Le groupe n'a pas souhaité faire de commentaires.

La production irakienne provenant de ses principaux champs pétrolifères du sud a chuté de 70% pour atteindre seulement 1,3 million de barils par jour, le pays étant incapable d'exporter du pétrole via le détroit d'Ormuz, ont déclaré dimanche trois sources industrielles.

Kuwait Petroleum Corporation a pour sa part commencé à réduire sa production de pétrole samedi et a déclaré un cas de force majeure sur les expéditions, sans toutefois préciser l'ampleur de la réduction de production.

Bapco Energies a quant à elle déclaré lundi un cas de force majeure à la suite d'une récente attaque contre sa raffinerie à Bahreïn.

(Yuka Obayashi et Sudarshan Varadhan, avec la contribution de Rae Wee à Singapour et Tim Gardner à Washington ; version française Diana Mandia, édité par Augustin Turpin, Blandine Hénault et Benoit Van Overstraeten)