Pérou : démissions au sommet de l'Etat en pleine controverse sur l'achat d'avions F-16 information fournie par AFP 23/04/2026 à 03:48
Le Pérou est confronté à une nouvelle crise politique après la démission mercredi des ministres des Affaires étrangères et de la Défense sur fond de désaccord avec le président par intérim José Maria Balcazar sur l'achat d'avions de combat F-16 aux Etats-Unis.
Malgré la volonté affichée de M. Balcazar de suspendre cette acquisition, le ministère de l'Economie a annoncé dans la soirée avoir transféré 462 millions de dollars à la société Lockheed Martin au titre du premier paiement.
Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense ont affirmé, en annonçant leur démission dans la matinée, que le contrat avait été signé lundi et devait être honoré, avec un premier paiement attendu dans la journée.
M. Balcazar avait annoncé la veille le report de l'acquisition afin d'en laisser la responsabilité à son successeur, qui sera élu en juin et prendra ses fonctions fin juillet.
"M. Balcazar met en danger notre pays, lui fait perdre en crédibilité et fait de nous un partenaire en qui l'on ne peut pas avoir confiance dans un processus de négociation", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Hugo de Zela à la radio RPP.
De son côté, le ministre de la Défense, Carlos Diaz, a expliqué sa démission par la suspension de cet achat qu'il a qualifié de "besoin stratégique pour la sécurité et la défense de la nation".
- Confrontation -
Le ministère de l'Economie a insisté sur le fait que le respect des engagements de l'État "n'est pas une option, mais une obligation", et qu'y renoncer exposerait le pays à des coûts et à une dégradation de sa crédibilité internationale.
A rebours, M. Balcazar a assuré mercredi vouloir "veiller à ce que les fonds publics soient utilisés de manière appropriée", invoquant les priorités sociales du pays.
L'ambassade américaine à Lima a précisé dans un communiqué qu'une "signature technique" avait eu lieu lundi "avec la pleine connaissance des plus hauts niveaux du gouvernement péruvien".
L'ambassadeur des Etats-Unis, Bernardo Navarro, a indiqué que le contrat portait sur l'acquisition de 12 avions F-16 dans un premier temps, avec des livraisons attendues à partir de 2029, assurant à la radio Exitosa qu'il s'agissait d'un processus "au-delà de tout président".
La semaine dernière, il avait averti dans un message sur X qu'il utiliserait "tous les outils disponibles" en cas d'"atteinte aux intérêts américains", le jour même où la signature devait intervenir, avant d'être finalement repoussée à lundi.
"Il n'y a jamais eu d'intention de confrontation avec les Etats-Unis", a assuré M. Balcazar.
Le président intérimaire du Parlement, Fernando Rospigliosi, a appelé au respect du contrat, estimant qu'il fallait "honorer ce qui a été signé", tandis que le député ultraconservateur Jorge Montoya a évoqué la possibilité d'une destitution de M. Balcazar.
Ces démissions interviennent alors que le Pérou se dirige vers un second tour de la présidentielle le 7 juin, dans un contexte d'instabilité politique chronique.
M. Balcazar, dont le mandat entamé en février s'achève le 28 juillet, est le huitième chef de l'Etat au Pérou en dix ans.
Le pays latino-américain avait annoncé en octobre 2024 le renouvellement de ses forces aériennes, avec l'achat de 24 avions de combat de dernière génération pour un montant de 3,5 milliards de dollars.
Parmi les offres reçues figuraient les Rafale français et les Gripen suédois. En février, un comité d'évaluation a retenu la proposition américaine.
Le pays andin dispose de 12 avions Mirage 2000, selon des publications militaires spécialisées.
Sa flotte comprend également des MiG-29 russes et des Sukhoï-27 biélorusses, acquis en 1997, dont la majorité est aujourd'hui hors service ou en réserve.