Pernod Ricard ajoute une dose de rigueur dans son cocktail
information fournie par Investir 16/09/2026 à 09:00

Ballantine's, une des marques du portefeuille de Pernod Ricard (Crédit: / Adobe Stock)

L'exercice 2025-2026 (clos le 30juin) du numéro deux mondial des spiritueux, dont les résultats ont été publiés fin août, a été le troisième consécutif à se solder par une dégradation dans un secteur qui a perdu ses deux moteurs de croissance, les Etats-Unis et la Chine.

Pernod Ricard a accusé une baisse de 14,2% de son chiffre d'affaires annuel, à 9,4milliards d'euros, soit près de 3milliards évaporés par rapport à2023-2024, dernier exercice avant la crise du secteur. Des actifs dilutifs pour la rentabilité ont été cédés, comme le whisky indien Imperial Blue, mais l'évolution des devises a aussi coûté cher.

L'Inde se distingue

En données comparables, le recul des revenus s'est vu ramené à 3,9%, conforme de peu à l'objectif d'un repli de 3% à 4%. A 14%, la baisse est restée très marquée aux Etats-Unis, premier débouché du groupe dont il assure 17% des facturations. Pour expliquer ce recul Alexandre Ricard, le PDG, a cité le manque de confiance des consommateurs et l'inflation. S'y sont ajoutés les droits de douane et du déstockage.

Le scénario est proche en Chine, où l'activité a plongé de 19% (en comparable) avec une pression sur les cognacs les plus chers. Toutefois, ce pays n'assure plus que 7% du chiffre d'affaires du groupe, distancée par l'Inde (13%), en croissance de 9%. Malgré le recul de 3% de la contribution de l'Europe (où la France, l'Allemagne et l'Espagne ont flanché), les ventes de Pernod Ricard hors Etats-Unis et Chine se sont améliorées de 0,5%, en données constantes.

Les whiskys Ballantine's, Chivas Regal et Jameson, ainsi que, à plus petite échelle, le champagne Perrier-Jouët, figurent parmi les marques ayant le mieux résisté, voire ayant progressé.

Le frein des devises

Quant aux résultats, le bénéfice opérationnel a chuté de 18%, à 2,4milliards d'euros, sous l'effet d'un mix produits et pays négatif, de l'inflation et des taux de change. «Nous avons été impactés de façon significative par les devises. Sans cela, notre marge aurait progressé», a déploré Mauve Croizat, toute nouvelle vice-présidente exécutive Finance & Tech. La rentabilité opérationnelle a été ramenée en un an de 26,9% à 25,8%, mais elle serait remontée à 27% sans l'effet de change. Le bénéfice net, qui supporte d'importantes charges de restructuration, a, lui, diminué de 26%, à 1,2milliard.

Plus que ces chiffres 2025-2026, sans grande surprise, les investisseurs ont sanctionné l'avenir. Les prévisions (Alexandre Ricard a insisté pour les qualifier de «cadre» et non de «guidance») ont été modérées: pour l'exercice commencé le 1erjuillet, la direction anticipe, à change et périmètre constants, un chiffre d'affaires «globalement stable» et promet de préserver la marge.

Parmi les pistes de relance présentées aux analystes, le PDG de Pernod Ricard a cité les produits nouveaux, l'essor des cocktails prêts à boire, le sans-alcool ou la vente de formats plus petits, «plus abordables» en période d'inflation.

Le groupe, surtout, semble très centré sur la rigueur de sa gestion pour redresser la marge opérationnelle et maximiser la génération de cash. Le plan d'économies de 1milliard d'euros, annoncé en août2025 sur quatre ans (après 900millions, déjà, de gains d'efficacité les trois exercices précédents), est accéléré pour se conclure en juin2028, un an plus tôt que prévu. La moitié du plan (soit 500millions) a été réalisée l'exercice passé.

L'entreprise, qui ne parvient pas, dans un contexte adverse, à réduire une dette financière ancrée à plus de 10milliards d'euros depuis2023 (ou 3,7 fois l'Ebitda), n'a pas opté, cependant, pour la mesure adoptée par son concurrent Diageo: réduire son dividende. Il reste proposé à 4,70 €.

Compte tenu des difficultés rencontrées aux Etats-Unis, seuls la faiblesse historique de la valorisation et le maintien du dividende, qui procure un rendement de 7,7%, peuvent inciter à se placer dans une optique de long terme. Notre objectif est abaissé à 78 euros.

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