Père contre fils: quand la bataille des municipales se joue en famille
information fournie par AFP 03/02/2026 à 11:03

Quand la bataille des municipales se joue en famille ( AFP / SEBASTIEN BOZON )

Depuis sa mairie de Mennecy, Jean-Philippe Dugoin-Clément fait face à un adversaire combatif, déterminé à prendre sa place. En plus, il le connaît très bien. C'est son père.

Ce n'est "pas forcément évident", euphémise l'édile, installé devant un bureau près duquel trônent des gants de boxe.

Son géniteur et rival Xavier Dugoin, lui-même ancien maire de cette commune de l'Essonne, est un peu plus direct.

"Je refuse les dérives en cours et ne suis plus la folie des grandeurs du maire, fut-il mon fils", lance-t-il dans une vidéo de campagne publiée en novembre.

Vêtu d'un long manteau et d'un chapeau de feutre, sa voix couvrant les basses d'une musique saccadée, il raconte avoir cru "transmettre un héritage" quand il a passé le relais à son fils en 2011.

"Il en a fait un champ de bataille sur fond de règlement de compte oedipien", sermonne-t-il. "Bref, je me présente".

L'air désabusé, Jean-Philippe Dugoin-Clément explique avoir appris la candidature de son père aux élections de mars prochain en même temps que tout le monde.

Mais "ce n'est pas une surprise", précise-t-il à l'AFP. "Sa vie, c'est l'exercice du pouvoir".

Vieux routier de la politique francilienne, Xavier Dugoin, 78 ans, a exercé de nombreux mandats électifs, locaux et nationaux. Et aussi défrayé la chronique judiciaire au tournant des années 2000, principalement pour des affaires financières.

Leur rupture, qui date de plus d'un an et demi, imprègne la campagne électorale de cette petite ville.

L'édile assure que son père propage des "mensonges" sur lui et des "vidéos insultantes".

Quant à Xavier Dugoin, il tance dans un de ses récents tracts le "maire actuel" et son "urbanisation massive", tout en disant refuser d'alimenter la "rubrique +people+ locale". Sollicitée par l'AFP, son équipe n'a pas souhaité s'exprimer.

Le maire dit n'avoir plus aucun contact avec son père, même s'il fait encore partie de son conseil municipal.

Ce centriste de l'UDI (Union des démocrates et indépendants) accuse aussi Xavier Dugoin, qui se présente sans étiquette, de s'être rapproché du Rassemblement national.

Un peu agacé d'être renvoyé à ce rapport père-fils, Jean-Philippe Dugoin-Clément affirme que pour lui, "ce n'est pas une question de querelle familiale", mais une "divergence politique".

- "Série Netflix " -

Municipales, ton univers impitoyable. Aux prochains scrutins devraient se jouer une petite poignée d'autres batailles familiales, rares mais toujours douloureuses.

En Polynésie française, une candidate se présente face à son beau-père dans la commune de Tumara'a.

A quelques encablures de la Belgique, à Hautmont, une rivalité père-fils, déjà illustrée lors des municipales de 2020, semble toujours aussi enracinée.

Et tout près des plages de la Côte d'Azur, dans la bien nommée ville de Beausoleil, c'est le fils, Nicolas Spinelli, qui se présente contre Gérard, père et maire.

Quand on lui demande de résumer leurs désaccords, Nicolas Spinelli prévient que la liste sera longue. "Beausoleil, c'est une série Netflix".

Les deux hommes ont pourtant, eux aussi, longtemps travaillé ensemble. Nicolas Spinelli a même été l'un des adjoints au maire, jusqu'à sa démission au printemps dernier sur fond de désaccords concernant l'urbanisme.

Leur opposition dépasse la sphère politique. En 2025, le fils a affirmé avoir été témoin de harcèlement sexuel commis par Gérard Spinelli contre de jeunes employées, dans un courrier aux élus municipaux rendu public par Monaco-Matin.

Contacté par le journal, l'édile s'était alors contenté de répondre qu'il "aimerait" son fils "quoi qu'il arrive".

Gérard Spinelli, sans étiquette, a par ailleurs eu plusieurs démêlés avec la justice. Il a été condamné en 2023 pour détournement de fonds publics, favoritisme et complicité d'abus de confiance. Il a aussi été poursuivi quelques années plus tôt pour des soupçons de corruption, une affaire dans laquelle il a finalement été relaxé.

Contacté par l'AFP, Gérard Spinelli a refusé d'être interviewé, disant ne pas vouloir "porter l'attention sur une relation familiale plutôt que sur les enjeux concrets de la commune".

Nicolas Spinelli affirme avoir coupé les ponts avec son père, dont il critique aujourd'hui âprement la gestion de la ville. Mais il dit ne tirer aucun plaisir de leur confrontation.

Il assure même avoir un temps envisagé de "fuir" la politique locale pour laisser cette histoire derrière lui.

"On dit que c'est le fils contre le père, moi j'ai le sentiment que c'est l'inverse", dit-il.

Malgré cela, Nicolas Spinelli juge qu'avoir côtoyé la mairie de si près lui donnerait un "immense avantage" s'il gagnait.

"J'ai vu des bonnes choses, et j'ai vu aussi ce qu'il faut pas faire."