Ormuz : Pictet AM redoute un choc durable sur les chaînes d'approvisionnement
information fournie par Zonebourse 13/04/2026 à 16:13

Le gestionnaire d'actifs voit au-delà du seul choc pétrolier : à l'approche de la saison des résultats, il met en garde sur les marges des entreprises et anticipe une inflation alimentaire d'ici 6 à 9 mois.

Après un mois et demi de conflit, le détroit d'Ormuz reste toujours largement impraticable: après les Iraniens, ce sont maintenant les Américains qui organisent le blocus de ce passage stratégique concentrant 20% des flux mondiaux d'hydrocarbures. Chez Pictet AM, Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement, estime que les préoccupations dépassent désormais la hausse des prix du carburant, mais concernent plus largement la déstabilisation des chaînes d'approvisionnement et logistiques. Un sujet clef alors que la saison des résultats trimestriels est sur le point de débuter.

En effet, au regard de la conjoncture macro-économique, "il va être très difficile pour les entreprises de répercuter la hausse des prix sur les consommateurs", assure-t-il, anticipant plutôt un scénario de réduction de marges des entreprises.

Malgré tout, Pictet AM estime que la saison des résultats devrait s'avérer positive : "La plupart des analystes ont tellement révisé leurs prévisions à la baisse qu'en théorie, les entreprises devraient surprendre positivement", souligne-t-il. Selon lui, la question sera surtout de "voir les éventuels warnings qui pourront être émis par les différents secteurs d'activité concernant l'impact en termes d'inflation."

Au sein de la banque de gestion, on estime aussi que le vrai sujet sera celui de la déstabilisation des chaînes d'approvisionnement et chaines logistiques, alors qu'entre 35 et 45% de la production mondiale d'urée et 30% de la production d'ammoniac (des produits indispensables à la fabrication d'engrais), transitent par le détroit d'Ormuz.

Alors que la saison des semis agricoles débute dans l'Hémisphère nord, Christopher Dembik redoute que la saison ne soit d'ores et déjà perdue, et anticipe en conséquence une inflation alimentaire d'ici 6 à 9 mois, même s'il précise qu'il faudra attendre la fin mai pour connaitre plus précisément l'ampleur réelle de la baisse de production.

"Si l'on est très franc, le sujet sur les pays développés va être relativement faible, c'est-à-dire qu'on aura des hausses de prix, mais le sujet sur les pays en voie de développement et les plus pauvres va être beaucoup plus compliqué à cet égard...", avertit l'expert.

Si les économistes débattent quant à l'attitude qu'adopteront les banques centrales au cours des prochains mois, Christopher Dembik fait partie de ceux qui considèrent qu'elles devraient probablement "faire le dos rond", au moins jusqu'à l'été. Les Etats ont d'ailleurs peu de marge de manoeuvre, comme le montre la détérioration du marché obligataire. "Cela va donc être compliqué pour les Etats de faire du quoi qu'il en coûte. D'ailleurs, la plupart n'évoquent pas ce sujet-là", souligne le spécialiste.

Côté marché, Pictet AM recommande de rester à l'écart du crédit le plus risqué, en particulier les obligations notées triple C, tout en privilégiant les stratégies long/short, les exportateurs de matières premières et l'Amérique latine.
Le gestionnaire ajoute enfin que la transition énergétique, la robotique et certaines petites capitalisations apparaissent parmi les segments les plus résilients. Et quid du métal jaune ? "A moyen terme, nous sommes toujours optimistes sur l'or car sa baisse le rend plus attractif".