Ormuz en flamme, Wall Street rend les armes, l'Europe en panne
information fournie par Zonebourse 05/11/2026 à 17:56

La gifle politique encaissée par Donald Trump à l'issue des "midterms" fait rougir les marchés américains ce jeudi : le Nasdaq recule de 4% derrière le S&P 500 (-2,8%) et le Dow Jones (-2,1%). Après avoir évolué en territoire positif la majeure partie de la séance, l'Europe a manqué de souffle en fin de journée. Au gong final, Paris doit se contenter d'un gain modeste de 0,34%, à 8 205 points, tandis que Francfort et Londres font pâle figure à respectivement -0,41% et -0,44%.

Le suspense politique a occupé le devant de la scène toute la semaine aux Etats-Unis, reléguant le reste de l'actualité au second plan. Finalement, le raz-de-marée démocrate va permettre à Washington d'expérimenter une nouvelle période de cohabitation institutionnelle, avec une Maison Blanche républicaine et un Congrès sous contrôle démocrate. Une grande première pour Donald Trump.

Pour Grégoire Kounowski (Norman K), la victoire des démocrates apparaît comme "une sanction de la politique menée par l'administration Trump, dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, les tensions inflationnistes et les conséquences économiques de la guerre en Iran".

A Wall Street, cette nouvelle donne politique alimente les incertitudes sur les orientations budgétaires et fiscales de l'administration Trump. La perspective d'un blocage institutionnel, susceptible de compliquer la mise en oeuvre de certaines mesures économiques, pèse sur les anticipations des investisseurs.

Les valeurs technologiques, particulièrement sensibles aux révisions de perspectives et aux mouvements de taux, concentrent l'essentiel des dégagements. On trouve ainsi pléthore de plongeons massifs des deux côtés de l'Atlantique, avec notamment Soitec (-16,7%), AMD (-12,7%), Qualcomm (-11,4%), Micron (-11,2%), STMicro (-9,3%), GlobalFoundries (-8,9%) ou encore Infineon (-8,3%).

"Dans ce contexte, la diversification géographique et sectorielle, ainsi que la préférence pour les entreprises disposant de bilans solides et d'une bonne visibilité sur leurs résultats, restent des principes essentiels", ajoute Grégoire Kounowski.

Le retour de la sainte trinité

La page "midterms" tournée, les intervenants européens vont maintenant pouvoir revenir à leur triptyque de prédilection : géopolitique/pétrole, taux d'intérêt et résultats d'entreprises.

En Iran, si le statu quo reste de mise, les cours du pétrole se sont très largement détendus ces derniers jours : le Brent se traite autour des 96 USD le baril, en repli de quelque 15% en variation hebdomadaire.

La raison est simple : "Le marché parie que la victoire des démocrates dans les deux chambres du Congrès incitera Trump à conclure un accord avec l'Iran, ce qui réduirait les risques d'escalade et atténuerait les perturbations affectant les flux énergétiques en provenance du Golfe", note Frédéric Lorec, spécialiste des hydrocarbures chez AlphaValue.

Reste que les nouveaux élus américains ne prendront leurs fonctions qu'en janvier. D'ici là, la nouvelle majorité démocrate ne disposera d'aucun levier supplémentaire pour infléchir la politique de l'administration Trump, notamment concernant le blocus du détroit d'Ormuz

Un navire en flammes à Ormuz

Par conséquent ,"notre scénario central demeure celui d'une impasse fragile, plutôt que celui d'un règlement de paix rapide", poursuit AlphaValue. Signe de l'extrême fragilité de la situation, la marine iranienne vient tout juste de faire savoir qu'un pétrolier, dont les systèmes de navigation avaient été désactivés, a heurté une mine dans une zone située à l'est du détroit d'Ormuz. L'annonce a immédiatement ravivé les tensions sur le marché pétrolier, propulsant les cours de l'or noir de quelque 2%

Malgré ce rebond ponctuel, la tendance de fond plaide en faveur d'une détente des cours, ce qui atténue les craintes liées à l'inflation. Ce scénario conduit les investisseurs à revoir à la baisse la probabilité de hausses rapides des taux directeurs. L'OAT française à 10 ans a d'ailleurs signé hier sa plus forte baisse journalière depuis avril, tombant à 4,77%. Elle évolue ce soir autour de 4,79%, avec un spread par rapport au Bund allemand d'environ 153 pb.

Ce scénario semble globalement favorable aux marchés actions européens, qui bénéficient à la fois de l'apaisement des tensions inflationnistes et de perspectives monétaires potentiellement moins restrictives. Ce soir, l'indice parisien est largement tiré par Bouygues ( 2,6%), L'Oréal ( 2,4%) et Saint-Gobain ( 2,3%) tandis que STMicroelectronics (-9,3%), Stellantis (-4,7%) et Schneider Electric (-1,6%) ferment la marche.

Les valeurs en mouvement

Dans l'Hexagone, ArcelorMittal (-1,1%) a publié des résultats trimestriels globalement prometteurs, portés par une amélioration de sa rentabilité et les premières retombées des mesures protectionnistes européennes.

Air France-KLM ( 12%) a dégagé un résultat net part du groupe de 908 millions d'euros au titre du troisième trimestre, en hausse de 24% sur un an et nettement supérieur à un consensus établi à 519 MEUR.

Veolia (-0,1%) a dégagé un chiffre d'affaires sur neuf mois de 33,31 milliards d'euros, en croissance organique de 2,6%. Cette performance s'appuie sur une bonne tenue des différents métiers : eau ( 2,6%), énergie ( 3,8%) et déchets ( 1,5%).

Dans le secteur européen de la défense, Rheinmetall a été plombé par la révision à la baisse de ses objectifs annuels, liée à des retards dans plusieurs projets. Le titre s'enfonce de 16% à Francfort, vers 843 EUR.

Leonardo (-3,4%) a publié ce jeudi des résultats supérieurs aux attentes pour le troisième trimestre 2026. Son chiffre d'affaires atteint 5,34 milliards d'euros, en progression de 18,1% sur un an, contre 5,22 MdsEUR anticipés par le consensus.

De son côté, Renk (-5,2%) a dévoilé un chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de l'année en progression de 5,8% sur un an, à 982 millions d'euros. L'EBIT ajusté augmente aussi, de 12,7%, pour atteindre 158,8 millions d'euros depuis janvier 2026.

Enfin, Hensoldt ( 1,2%) a enregistré une hausse de 33% de son EBITDA ajusté, à 281 millions d'euros, tandis que le chiffre d'affaires a augmenté de 21,3%, à 1,86 MdEUR.