Oddo BHF AM : comment l'intelligence artificielle façonne le "gérant augmenté" information fournie par Zonebourse 13/10/2026 à 14:45
L'innovation transforme profondément les métiers de la gestion d'actifs. Nouvelles sources d'information et d'analyse, enrichissement de la recherche, évolution des processus d'investissement, développement de nouvelles expertises : les sociétés de gestion adaptent en permanence leurs approches pour répondre à un environnement toujours plus exigeant.
Dans ce contexte, Laurent Denize, directeur des Investissements de Oddo BHF AM, a partagé sa vision des évolutions qui façonnent aujourd'hui cette industrie lors d'une conférence qui s'est déroulée hier matin et à laquelle a assisté Zonebourse.com. Il a notamment détaillé la manière dont ces mutations influencent le développement des solutions d'investissement du gestionnaire d'actifs ainsi que ses stratégies de gestion.
D'ancrage local à acteur global : un héritage d'innovation
Dans sa présentation, Laurent Denize a rappelé que le fil rouge de la croissance d'Oddo BHF, à la fois organique et externe, reste la gestion active et de conviction : "Notre héritage, ce sont les actions européennes et l'innovation : nous avions d'ailleurs été les premiers en 2008 à lancer un fonds daté sur les convertibles décotées. Historiquement centrées sur la France et l'Europe, nos expertises deviennent aujourd'hui globales, combinant approches fondamentales et quantitatives enrichies par l'IA, tout en opérant une transition des fonds ouverts classiques vers les ETF et des solutions dédiées plus flexibles."
La fin du modèle traditionnel d'analyse financière
Concernant l'intelligence artificielle, Oddo BHF y travaille depuis 2017 pour améliorer ses process de gestion et générer de l'alpha. (surperformance générée par le gérant par rapport à un indice de référence (CAC 40 ou S&P 500). Son constat est simple : l'industrie fait face à une explosion de données non structurées (blogs, réseaux sociaux, webcasts, images satellites) qu'il faut réussir à transformer en signaux
exploitables.
Pour Laurent Denize, le monde est devenu plus complexe : "La macroéconomie et la géopolitique impactent fortement des gestions actions qui étaient à l'origine purement bottom-up et fondamentales. L'analyse financière classique ne suffit plus : il faut intégrer ces dimensions macro sans dénaturer la philosophie des gérants. Enfin, la volatilité des marchés exige une gestion des risques renforcée pour éviter les tirages récessifs (drawdowns) que les clients ne tolèrent plus."
Il ajoute qu'auparavant, "la gestion consistait à empiler de bonnes valeurs sélectionnées par un bureau de recherche. Ce modèle a fonctionné pendant 25 ans, mais il est révolu. Aujourd'hui, il faut associer l'analyste fondamental au data scientist pour créer des duos performants et raconter une histoire compréhensible aux investisseurs.
"
Les 5 piliers de la transformation technologique chez Oddo BHF AM
Pour structurer cette collaboration entre financiers et scientifiques sans heurt, Laurent Denize s'appuie sur cinq piliers stratégiques :
- La gestion des risques : Identifier et mesurer la contribution au risque (spécifique, sectoriel ou factoriel : growth, value, momentum) pour éviter les paris démesurés par rapport au benchmark, tout en maîtrisant le taux de rotation du portefeuille.
- L'exploitation des données non structurées : s'appuyer sur des outils développés en interne un outil en Python nommé Bigquant qui agrège sur un tableau de bord des données alternatives (offres d'emploi, fréquentation des boutiques de luxe, données satellites) afin d'alimenter la réflexion du gérant.
- Le Machine Learning : analyser les interactions complexes entre facteurs et identifier des schémas historiques (patterns). L'algorithme attribue des probabilités de surperformance pour aider le gérant dans sa décision, dans le cadre d'une gestion qui reste strictement discrétionnaire.
- Le traitement du langage naturel (NLP) dynamique : utiliser l'IA générative pour détecter automatiquement de nouveaux clusters et thématiques émergentes (comme le secteur spatial) à travers la presse et la littérature financière, là où l'entreprise utilisait auparavant des mots-clés statiques.
- Les agents IA (l'agentique) : déployer des agents spécialisés (macroéconomie, microéconomie) supervisés par un "super agent" d'orchestration. Le défi majeur réside dans l'infrastructure : il faut gérer l'inférence pour optimiser les coûts de calcul (tokens), assurer la constance de la qualité via des règles de contrôle (KPI/versioning) et arbitrer les signaux contradictoires.
Vers l'ère du "gérant augmenté"
"Notre objectif est d'associer données structurées et non structurées via des outils quantitatifs et du machine learning pour accélérer et enrichir la prise de décision. Oddo BHF Asset Management évolue ainsi vers un modèle de "gérant augmenté", conclut Laurent Denize.
Le gérant augmenté est considéré alors comme un professionnel de la finance qui s'appuie sur l'intelligence artificielle pour décupler ses capacités d'analyse et de décision. Il ne cède pas sa place aux algorithmes.
L'intervention du directeur des investissements d'Oddo BHF a été suivie de quatre ateliers thématiques, animés par les experts de gestion du groupe, autour de stratégies emblématiques de sa gamme. Zonebourse.com a assisté à deux d'entre eux :
ODDO BHF Green Planet : Quand l'IA et le pragmatisme réinventent la gestion de la transition écologique
Le premier atelier a mis en lumière la stratégie d'ODDO BHF Green Planet. Il a montré comment l'intelligence artificielle aide à sélectionner les acteurs de la transition écologique.
- Un fonds d'actions mondiales guidé par la donnée et classé Article 9
Lancé en octobre 2020, Oddo BHF Green Planet est un fonds d'actions mondiales qui utilise l'intelligence artificielle afin d'investir dans des actions cotées exposées à la transition écologique. Il s'articule autour de quatre sous-thématiques clés : les énergies propres, l'efficacité énergétique, la mobilité durable et la préservation des ressources naturelles.
Pour sélectionner les valeurs, la gestion s'appuie sur un processus rigoureux. Un algorithme de big data construit d'abord un univers d'investissement éligible composé d'entreprises dont le modèle d'affaires contribue significativement aux sous-thématiques identifiées. Un modèle quantitatif est ensuite appliqué à cet univers limité afin d'identifier des sociétés présentant les caractéristiques financières et de risques les plus attrayantes.
L'équipe de gestion peut ajuster les pondérations à son entière discrétion et le portefeuille fait l'objet d'un suivi permanent. Le fonds cherche à être investi en permanence dans des actions avec pour objectif de générer une croissance du capital sur le long terme en intégrant en parallèle une analyse extra-financière.
Ce fonds est un produit financier cherchant l'investissement durable au sens de l'Article 9 de la réglementation SFDR (produits financiers de la gestion d'actifs qui ont un objectif explicite d'investissement durable).
"Notre point de départ repose sur un constat simple : nous évoluons dans un environnement marqué par des investissements massifs liés à la transition, qu'il s'agisse d'infrastructures, d'énergie, de ressources, d'efficacité ou de résilience économique. Notre objectif est d'identifier les sociétés qui bénéficient dès aujourd'hui, et bénéficieront demain, de ces flux de capitaux. Cette thématique se situe à la croisée de l'indépendance énergétique, de la souveraineté des ressources, de la stabilité macroéconomique et de la résilience face aux chocs climatiques", souligne Diane Neuville, gérante du fonds Oddo BHF Green Planet.
- Les trois piliers d'une opportunité d'investissement stratégique
Pour étayer cette thèse d'investissement, Diane Neuville identifie trois moteurs fondamentaux qui rendent cette thématique incontournable aujourd'hui :
- la pertinence économique : "Nous disposons désormais de technologies compétitives et rapidement déployables. Prenons l'exemple de l'intelligence artificielle : les hyperscalers ont un besoin immédiat en électricité. Pour aller vite, ils privilégieront les panneaux solaires ou les turbines à gaz plutôt que le nucléaire, même si cette dernière technologie reste intéressante à plus long terme."
- le contexte géopolitique : "Les tensions en Ukraine ou au Moyen-Orient imposent de sécuriser les chaînes d'approvisionnement. Des politiques industrielles très volontaristes sont déployées en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. En Europe, la crise de 2022 a placé l'indépendance énergétique au sommet de l'agenda politique. Les plans d'investissement massifs qui en découlent irriguent nos sociétés et soutiennent leur croissance."
- la résilience face aux contraintes physiques : "La demande en électricité augmente alors que les infrastructures vieillissent. Nos réseaux électriques ne sont plus adaptés aux charges actuelles ni à la gestion des flux bidirectionnels. Il en va de même pour la gestion de l'eau, dont l'optimisation devient critique."
- Electrification, mix énergétique et goulets d'étranglement
Au-delà de ces piliers, la gérante explique que l'électrification constitue le véritable fil conducteur de la gestion : "Alors que la demande mondiale stagnait, nous assistons à une réaccélération portée par l'industrie, les transports, le bâtiment et les data centers. Aux Etats-Unis, la croissance de la demande chez les utilities est passée de 0,5% par an à des rythmes de 4 à 6%."
Pour répondre à ce choc de demande, elle préconise une approche diversifiée du mix énergétique : "Le solaire et l'éolien, couplés au stockage par batterie pour pallier l'intermittence, offrent des solutions rapides à déployer. Le nucléaire conserve sa place, mais sur des horizons de déploiement plus lointains (5 à 8 ans). Nous l'abordons donc avec précaution."
- Le processus d'investissement : du NLP au filtrage quantitatif
Puis, pour expliciter la mise en oeuvre opérationnelle de cette stratégie au quotidien, sa collègue et co-gérante Marie-Lidwine Tardif a pris la parole. Elle a détaillé le processus de sélection d'actifs pour ce fonds, structuré en plusieurs étapes :
- La constitution de l'univers via le Traitement du Langage Naturel (NLP) : "Pour couvrir un univers mondial sans biaiser notre analyse, nous utilisons un algorithme de NLP sur une vaste base de données d'articles de presse et de publications financières. Il croise des mots-clés précis et des technologies ciblées avec les entreprises cotées, évitant ainsi le greenwashing."
- Le filtrage quantitatif et la valorisation : "Une fois l'univers thématique défini, nous appliquons des filtres quantitatifs classiques : ratios de valorisation, momentum de révision des bénéfices et momentum de cours."
- La construction du portefeuille et la gestion des risques : "Afin d'éviter les paris uniques sur une seule valeur ou d'être emportés par des mouvements de mode sur les réseaux sociaux, nous diversifions nos positions sur chaque maillon de la chaîne de valeur."ODDO BHF Artificial Intelligence : Capter la révolution cognitive et la création d'abondance
Oddo BHF Artificial Intelligence : investir dans la révolution cognitive et l'abondance
Après avoir exploré les opportunités de la transition écologique, le second atelier auquel a assisté Zonebourse.com s'est concentré sur l'autre grand pôle d'innovation du groupe Oddo BHF AM : la stratégie dédiée à la révolution technologique.
- L'IA au service de la gestion et un engagement Article 9
Lancé en décembre 2018, ODDO BHF Artificial Intelligence est un fonds thématique investi en actions mondiales qui associe l'intelligence artificielle à l'analyse fondamentale. Cette approche hybride vise à détecter les sous-thèmes les plus générateurs d'alpha ainsi que les entreprises innovantes liées à l'écosystème de l'IA.
Sur le plan extra-financier, l'objectif d'investissement durable du fonds est de contribuer à la réduction des émissions de carbone et de saisir les opportunités découlant de la transition vers une économie bas carbone. Après la première sélection de l'univers d'investissement assistée par l'IA, une analyse ESG et carbone réduit cet univers pour respecter ce cahier des charges strict. Géré activement par l'équipe de gestion, le fonds est ainsi classé Article 9 au sens de la réglementation européenne SFDR.
"Notre philosophie de gestion repose sur la sélection de sociétés d'exception réunissant plusieurs critères : une croissance durable à long terme, des marges brutes élevées issues de situations de monopole ou de duopole, un management de premier plan, l'intégration de l'IA et une exemplarité en matière d'émissions carbone, explique Brice Prunas, gérant du fonds.
- Investir dans l'abondance : un changement de régime de marché
Pour expliciter la vision stratégique qui anime ses choix d'investissement, le gérant partage un constat fort sur la rupture technologique en cours : "Investir dans l'IA aujourd'hui, c'est investir dans l'abondance. Nous vivons le premier découplage historique entre la création de richesse et la force de travail humaine grâce aux agents virtuels. Avec le niveau mathématique atteint par ces technologies, nous sommes à la veille de découvertes scientifiques, médicales et physiques majeures : nous allons accomplir en 5 ou 10 ans les progrès qui nécessitaient auparavant un siècle", observe-t-il.
Mais au-delà du concept, réaliser cette conviction impose une adaptation continue au marché : "C'est pourquoi nous n'investissons pas uniquement dans les usines de l'IA (l'infrastructure, les semi-conducteurs, les équipements réseaux, l'énergie), mais également dans tous les secteurs qui vont en bénéficier, ajoute le gérant. "Depuis cet été, nous avons changé de régime de marché : il ne suffit plus d'être positionné aveuglément sur la thématique pour performer, il faut davantage diversifier", précise-t-il
- Une cartographie mondiale entre champions établis et pépites d'avenir
Pour mettre en oeuvre cette diversification, l'équipe de gestion du fonds IA a renforcé son empreinte géographique. L'exposition à l'Amérique du Nord s'est récemment resserrée au profit de l'Asie et des marchés émergents (jusqu'à 15 à 20% du fonds), notamment en Chine, Corée et au Japon.
En pratique, le portefeuille est articulé autour de deux poches complémentaires :
- Une poche coeur majoritaire avec les champions de long terme : on les trouve dans une grande variété de secteurs et pas seulement dans la Tech. Ce sont des piliers fondamentaux que les gérants conservent en fond de portefeuille en raison notamment de la solidité de leur business model.
- Une poche satellite qui réunit les dossiers moins connus et plus innovants. Cette poche est dédiée à de plus petites sociétés à fort potentiel de valorisation dans la blockchain, la fibre optique, la santé innovante, l'IA physique ou les semi-conducteurs chinois.
Pour conclure sa présentation, Brice Prunas insiste sur la véritable nature du fonds : ODDO BHF Artificial Intelligence n'est pas un simple fonds tech, mais un fonds d'actions thématique mondial géré avec une rigueur constante en matière de risque.
Laurent Denize, directeur des Investissements d'Oddo BHF AM
Diane Neuville, gérante du fonds Oddo BHF Green Planet
Marie-Lidwine Tardif, co-gérante du fonds Oddo BHF Green Planet
Brice Prunas, gérant du fonds Oddo BHF Artificial Intelligence.