Obligations convertibles : pourquoi un marché record exige d'être sélectif information fournie par AOF 29/09/2026 à 11:23
(Zonebourse.com) - Nicolas Crémieux, responsable des obligations convertibles chez Mirabaud Asset Management, livre son analyse sur l'essor record du marché primaire des obligations convertibles et la nécessité d'une plus grande sélectivité face à la forte dispersion des performances et à l'évolution des conditions d'émission.
Un marché primaire en plein emballement
Le marché primaire des obligations convertibles est en plein essor. Les émissions mondiales ont atteint 147 milliards de dollars à travers 210 opérations au cours des huit premiers mois de 2026, contre 160 MdsUSD pour l'ensemble de l'année 2025. Si ce rythme se maintient jusqu'à la fin de l'année, les émissions pourraient atteindre quelque 220 MdsUSD sur l'année, un niveau annuel jamais observé jusqu'ici.
Mais un volume d'émissions record ne signifie pas pour autant que toutes les nouvelles émissions présentent le même intérêt.
Nicolas Crémieux rappelle que "la véritable question est de savoir ce qu'il advient de ces obligations une fois qu'elles commenceront à être négociées."
Evolution de la base d'investisseurs : liquidité accrue, mais risque de concentration
Le marché a notamment pu absorber un tel niveau d'offre cette année grâce à l'évolution de la base d'investisseurs. Selon les données de BofA, les hedge funds détiennent désormais 68% des actifs convertibles américains, contre un point bas d'environ 25% en 2017.
"Selon nous, la montée en puissance des stratégies d'arbitrage sur les obligations convertibles, sensibles aux niveaux de valorisation, a constitué une source importante de demande pour les nouvelles émissions. Mais ces mêmes données mettent également en évidence un risque de concentration : si cette base d'investisseurs contribue à soutenir la liquidité lors des émissions, les mouvements peuvent aussi s'amplifier lorsque ces acteurs cherchent simultanément à dénouer leurs positions", explique Nicolas Crémieux.
Une forte dispersion des performances post-émission
Mirabaud Asset Management a analysé 717 obligations convertibles émises dans le monde depuis janvier 2023 et mesuré leur performance au cours des six mois suivant leur émission. Sur l'ensemble des millésimes, 35% des nouvelles émissions affichaient une performance négative après six mois, 33% progressaient de moins de 10% et 32% de plus de 10%. Le marché s'est donc développé rapidement, mais les performances restent très dispersées.
"Ce qui est particulièrement intéressant, c'est la différence de comportement entre les phases de baisses et de hausses", observe l'analyste.
La proportion d'obligations enregistrant des pertes d'environ 10% ou plus est restée remarquablement stable : 11% en 2023, 12% en 2024, 12% en 2025 et 9% jusqu'à présent pour le millésime 2026. Cette stabilité s'est maintenue au fil d'un cycle de resserrement monétaire, d'une pause puis de baisses de taux, mais aussi malgré l'évolution de la base d'émetteurs et deux phases distinctes de repli des marchés actions.
En revanche, le potentiel de hausse a évolué très différemment. La proportion d'émissions ayant progressé de plus de 30% au bout de six mois a varié entre 3% et 21%. "Selon nous, ce contraste est au coeur même de cette classe d'actifs : la structure d'une obligation convertible peut contribuer à amortir les baisses lorsque les marchés actions reculent, mais le potentiel de hausse reste à aller chercher" , souligne Nicolas Crémieux.
Répartition géographique et dynamique liée à l'IA
Parallèlement, l'univers d'investissement évolue. Les Etats-Unis restent la principale source d'émissions, mais leur poids diminue. Les Amériques représentaient 75% des émissions mondiales en 2024 et 2025, contre 61% depuis le début de l'année. L'Asie hors Japon a suivi la trajectoire inverse, passant de 9% des émissions en 2023 à 24% en 2026. Le Japon a également connu une nette accélération, la hausse des taux nationaux ayant rendu le financement par emprunt convertible plus attractif pour un plus large éventail d'émetteurs.
"L'IA constitue un autre moteur important de cette évolution. Selon nous, environ 35% de l'univers mondial des obligations convertibles FTSE, en termes de pondération, est désormais exposé à un maillon de la chaîne de valeur des infrastructures liées à l'IA. Mais il ne s'agit pas simplement d'une exposition aux plus grandes entreprises technologiques. Les émissions les plus importantes le montrent : les émissions liées à l'IA se concentrent plus en aval de la chaîne de valeur des infrastructures, dans des domaines tels que les réseaux, le matériel informatique et l'énergie, plutôt que chez les hyperscalers ou les fabricants de semi-conducteurs eux-mêmes", relève Nicolas Crémieux.
Changement d'usage des fonds : du refinancement aux dépenses d'investissement
Cette évolution se reflète également dans l'utilisation des fonds levés par les entreprises. Les dépenses d'investissement ont représenté 22% des émissions en 2026 jusqu'à fin août, contre seulement 5% en 2025, tandis que le refinancement est passé de 25 à 17%. "C'est la première fois, sur la période que nous avons analysée, que les dépenses d'investissement dépassent le refinancement. Cette évolution est importante, car financer de nouvelles infrastructures est très différent du refinancement d'une dette existante. Dans le cas d'un refinancement, la question relève avant tout du crédit : l'entreprise sera-t-elle en mesure de continuer à honorer ses engagements ? Lorsqu'une émission sert à financer des dépenses d'investissement, les investisseurs doivent également déterminer si des actifs qui restent encore à construire généreront à terme, les rendements attendus", précise l'analyste.
Un durcissement des conditions au profit des émetteurs
Par ailleurs, un volume d'émissions élevé ne signifie pas nécessairement des conditions favorables aux investisseurs. La moitié des nouvelles émissions d'obligations convertibles prévues en 2026 ont été fixées sans coupon, contre 17% en 2023, tandis que le coupon moyen est passé de 2,9 à 1,8%. Cette évolution s'explique en partie par la volatilité accrue des actions des émetteurs actuels, qui augmente la valeur de l'option implicite, mais la forte demande pour les titres liés à l'IA a également fait pencher la balance en faveur des émetteurs. Cela ne remet aucunement en cause les opportunités offertes par le marché primaire. Les émissions atteignent des niveaux record, l'univers d'investissement s'élargit géographiquement et les entreprises utilisent les obligations convertibles pour financer une nouvelle génération d'infrastructures.
"Mais volume et qualité ne vont pas de pair. Sur un marché où les performances post-émission restent très hétérogènes et où la moitié des nouvelles opérations ne versent désormais plus de coupon, nous estimons que la sélection prime sur la simple participation. Un marché primaire record offre davantage d'opportunités. Tout l'enjeu pour les investisseurs est de déterminer lesquelles méritent réellement d'être saisies", conclut Nicolas Crémieux.
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