Nvidia multiplie les initiatives pour étendre son hégémonie aux différents marchés de l'IA - DJ Plus
information fournie par Agefi Dow Jones 03/07/2026 à 17:04

Nvidia Voyager (crédit photo : Nvidia )

La nouvelle puce pour PC de Nvidia présentée en juin peut être vue comme une tentative de diversification pour un groupe qui détient ses positions les plus solides sur les marchés de datacenters et des jeux vidéos. Mais le géant des cartes graphiques cherche surtout à se rendre incontournable à chaque maillon de la chaîne de l'IA, depuis les infrastructures qui entraînent et font tourner les modèles jusqu'à l'utilisateur final.

Un processeur central (CPU) Nvidia viendra bien sûr faire concurrence aux acteurs dominant du marché des PC comme Intel et AMD. De ce point de vue, Nvidia rend coup pour coup à l'heure où ces derniers viennent contester sa suprématie dans les infrastructures de l'IA et alors que plusieurs hyperscalers développent des puces propriétaires.

Plus fondamentalement, Nvidia cherche à proposer une solution intégrée qui associera son propre processeur central à ses cartes graphiques, déjà installées dans de nombreux PC. Le premier jouera le rôle de chef d'orchestre distribuant les tâches à accomplir pour faire du PC une sorte de mini data center à usage domestique: ces nouveaux ordinateurs prévus pour la fin 2026 pourront faire tourner plusieurs modèles IA simultanément et de manière autonome par le biais d'agents IA. Le but recherché est de réduire le recours au cloud et de réaliser une part plus importante du travail localement, au niveau du PC.

En associant cette nouvelle puce à une carte graphique Blackwell, Nvidia réplique à l'échelle des consommateurs le modèle qui a fait son succès dans les data centers. Ce faisant, il met aussi à profit sa technologie NVLink d'interconnexion entre puces, une des clés des performances obtenues dans les serveurs.

Avec cette percée en direction des ordinateurs personnels fonctionnant sous Windows, Nvidia renforce également son partenariat avec Microsoft, qui reste un de ses principaux clients malgré les processeurs développés en interne pour la plateforme cloud Azure. "Nous pensons que cela pourrait donner de l'élan à Windows sur [l'architecture de semi-conducteurs] ARM - peu développé jusqu'à présent - grâce à un effort concerté avec les partenaires logiciels", commentent les analystes de Goldman Sachs.

+ Contrer l'émergence de rivaux potentiels +

Les annonces récentes confirment que Nvidia poursuit son expansion tous azimuts dans les différents domaines de l'IA. En parallèle de l'incursion sur le marché des PC, Nvidia accélère la production de sa nouvelle génération de puces Vera Rubin, qui doit lui permettre de conserver un avantage concurrentiel sur celui des data centers. Cette gamme de puces a été conçue spécifiquement pour l'IA agentique, qui impose à l'assistant IA d'effectuer de nombreuses tâches complexes simultanément: Nvidia affirme que Vera Rubin sera en mesure de traiter 10 fois plus de requêtes par seconde que son prédécesseur Blackwell.

Selon Goldman Sachs, les revenus générés par ce modèle devraient fortement accélérer à compter du troisième trimestre de cette année.

C'est également à l'automne que Nvidia doit commencer à livrer la puce Groq spécialisée dans l'inférence, soit l'exploitation des modèles de langage IA déjà entraînés. La prise de contrôle de Groq en début d'année a permis à Nvidia d'étoffer son offre, qui se concentrait davantage sur l'entraînement des modèles jusqu'à présent.

A l'issue d'une journée investisseurs en mars dernier, Deutsche Bank saluait "l'intégration de Groq dans les solutions intégrées de Nvidia: le résultat obtenu réduit le temps de latence (la rapidité d'exécution de chaque tâche) et augmente la capacité de traitement grâce aux puces LPU (Language processing units) de Groq", qui optimisent les dernières étapes des modèles de langage en complément des processeurs graphiques actuels.

L'exemple de Groq montre comment Nvidia sait se montrer inventif pour contrôler des pans entiers de l'écosystème de l'IA tout en évitant de réaliser des acquisitions susceptibles d'être retoquées par les autorités de la concurrence. L'accord de licence et le rachat d'actifs de Groq a tout de même coûté 20 milliards de dollars à Nvidia et cette opération est considérée comme un "quasi-rachat" par les analystes.

+ Anticiper les mutations de l'IA +

Les partenariats avec les acteurs de l'IA peuvent prendre d'autres formes. Nvidia finance parfois lui-même les achats de ses puces en montant au capital de ses clients. C'est le cas avec l'opérateur de data centers CoreWeave, qui a bénéficié d'un nouvel investissement de 2 milliards de dollars de Nvidia en début d'année. Lorsque ce dernier vend des puces à CoreWeave, il s'engage par ailleurs à les racheter si CoreWeave peine à trouver des clients pour son infrastructure cloud. Grâce à cette garantie, Nvidia s'assure la fidélité de son client et partenaire.

Au-delà des capacités de calcul de ses processeurs, Nvidia a su se rendre incontournable avec les outils qui permettent de les exploiter au mieux. La plateforme logicielle CUDA utilisée par de nombreux développeurs d'applications, mais aussi les technologies qui permettent aux puces de travailler ensemble dans les serveurs (NVLink) et aux serveurs de communiquer entre eux dans un datacenter (Infiniband).

Fin juin, Nvidia a également présenté une initiative qui pourrait l'aider à dupliquer cette approche de plateforme logicielle à d'autres pans de l'IA. Le groupe s'est appuyé sur Halos, son système de sécurisation des véhicules autonomes, pour l'étendre aux différents types de robots autonomes, ce qui lui permettra de viser les marchés de l'automatisation de la production et des robots humanoïdes.

Marchant dans les pas d'Elon Musk, Jensen Huang présente "l'IA physique" et la robotique comme la nouvelle frontière de l'IA. Le dirigeant n'hésite pas à y voir un marché potentiel de plus de 1.000 milliards de dollars pour Nvidia, contre "seulement" 9 milliards de dollars de ventes comptabilisées sous cette appellation au cours des 12 derniers mois.

Que ce soit à travers ses propres produits, ceux de ses partenaires ou ceux de ses clients, Nvidia avance ses pions pour être présent à toutes les étapes de la chaîne de l'IA. Généralement en se mettant au centre d'un écosystème d'acteurs qui le rend incontournable.

En s'identifiant à ce point avec l'intelligence artificielle, le groupe prend aussi des risques car son succès dépend désormais de celui de ses clients. Mais tant que l'essor de cette technologie se confirmera, Nvidia a de bonnes chances de rester au centre du jeu.

-Thomas Varela, Agefi-Dow Jones, tvarela@agefi.fr, ed : JDO

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