PARIS, 16 octobre (Reuters) - La sûreté des centrales
nucléaires dans le monde est globalement préoccupante même s'il
n'y a pas d'inquiétude à avoir dans l'immédiat, a estimé lundi
le président du gendarme français du nucléaire (ASN) en évoquant
la montée d'un "risque systémique".
"Il y a plus d'enjeux de sûreté, plus d'enjeux industriels,
et de l'autre côté des entreprises qui ont des difficultés
économiques, budgétaires, financières. Ce décalage entre plus de
choses à gérer et moins de moyens pour le faire, sur la durée,
porte des risques en soi", a expliqué Pierre-Franck Chevet lors
d'un débat sur BFM Business.
Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire a qualifié
d'"enjeux sans précédent" le renforcement de la sécurité dans
l'exploitation courante du parc nucléaire, la prolongation de la
durée de vie des centrales (initialement conçues pour être
exploitées 40 ans) ou encore les investissements encore à
réaliser à la centrale japonaise de Fukushima.
"Mon message principal sur la longue durée est de dire que
la situation est globalement préoccupante en matière de sûreté",
a-t-il résumé. "Il y a un risque, pas immédiat du tout, pour la
sûreté, mais un risque systémique ; il faut s'en occuper."
L'ASN a confirmé lundi un risque de sûreté sur des
tuyauteries de systèmes de pompage d'eau froide de 20 réacteurs
nucléaires exploités par EDF EDF.PA en France. Ce risque a été
classé comme un événement de niveau deux sur une échelle qui en
compte sept.
Un événement de niveau 2 concerne également 10 centrales
françaises pour un risque portant sur la robustesse de certaines
structures métalliques liées à des groupes électrogènes en cas
de séisme.
L'ASN a en outre imposé fin septembre l'arrêt provisoire de
la centrale du Tricastin (Drôme et Vaucluse) en raison de
risques d'inondation du site en cas de séisme d'ampleur
exceptionnelle.
"Usuellement, des incidents de niveau 2, on en a entre cinq
et dix par an ; là, on en a trois dans une succession
relativement rapide (...) On n'est pas dans des chiffres qui
sortent de ce qu'on a vu dans le passé", a commenté
Pierre-Franck Chevet.
"Le fait qu'on ait des anomalies, quelque part c'est un
moyen de faire progresser la sûreté dans la durée."
(Dominique Rodriguez, avec Baté Felix)