Notation de la France : un maintien de la note par Moody's jugé peu probable information fournie par AFP 23/10/2026 à 12:38
Moody's se prononce ce vendredi soir sur la note de la France, qui ne devrait probablement pas échapper à un abaissement, au vu de l'état des finances publiques.
Actuellement, cette agence de notation attribue à la France une note "Aa3 avec perspective négative", c'est-à-dire qu'elle considère la qualité de la dette française comme "bonne" mais avec un risque de dégradation.
Les autres grandes agences, Fitch et S&P, la classent déjà un cran en dessous, à A+ (qualité moyenne supérieure) avec perspective stable.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce IESEG, il est "très plausible" que Moody's abaisse à son tour la note française, pour la faire descendre à A1 dans son classement - l'équivalent de A+ chez Fitch et S&P.
Lorsqu'elle a assorti la note française d'une perspective négative, le 24 octobre 2025, Moody's avait précisé les facteurs susceptibles de lui faire baisser la note, évoquant l'affaiblissement durable de "la capacité des institutions législatives à relever efficacement les principaux défis de crédit du pays", "des difficultés persistantes à réduire sensiblement le déficit budgétaire", ou encore "une pause durable ou une inversion" de la réforme des retraites.
"À rebours de ses voisins"
En avril, ces conditions semblaient réunies, notamment avec la suspension de la réforme des retraites, mais Moody's avait cependant maintenu sa note. "Le déficit public de 5,1 % du PIB en 2025 (est) plus faible que notre prévision (...) ce qui rend l'objectif de 5 % en 2026 plus atteignable", avait-elle fait valoir.
L'agence espérait alors pour 2026 une croissance de 1 % en France et une inflation de 1,4 %.
Or, le déficit public devrait finalement atteindre 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) cette année, l'inflation a grimpé à 3,1 % sur un an en septembre et la prévision de croissance annuelle a été sévèrement revue en baisse par l'Insee, à 0,4 %, après un premier semestre proche de la récession.
"À rebours de ses voisins, l'économie française a décroché" en début d'année, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
À tout cela s'ajoute une situation budgétaire de nouveau très compliquée, la perspective de l'élection présidentielle réduisant la probabilité d'un compromis sur le projet de budget 2027.
Sans compter un contexte de fort mécontentement social, illustré par les violences et pillages du week-end dernier, dont une répétition est redoutée dans les prochains jours, voire prochaines semaines.
Situation économique et financière délicate, crise politique, crise sociale... "C'est vraiment un cocktail Molotov pour les marchés qui considèrent que la France devient risquée", a résumé Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), vendredi sur RMC.
Nicolas Laine, expert de l'Institut Montaigne, juge aussi "très crédible" un passage de la dette française à A1 avec perspective stable par Moody's, voire, dans un "scénario sévère", avec perspective négative.
Et même, "à A1, la note de la France serait encore surestimée par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne et le Portugal", estime Éric Dor.
"Étouffement"
Certains investisseurs sur les marchés financiers commencent à s'inquiéter de ces nombreux signaux négatifs.
La dette française devrait grimper en 2027 à 121,7 % du PIB, au risque, si sa trajectoire n'est pas maîtrisée, "d'un étouffement financier", a alerté la présidente de la Cour des comptes Amélie de Montchalin.
La France, qui devra rembourser l'an prochain 91 milliards d'euros d'intérêts (la "charge des intérêts de la dette"), parvient toujours à trouver des prêteurs, mais à un coût de plus en plus cher.
Depuis mercredi, le rendement de la dette française à dix ans dépasse ainsi le seuil de 5 %, pour la première fois depuis 2002.
Après plusieurs séances de hausse, ce taux d'emprunt refluait légèrement vendredi matin. Vers 11H45, le rendement à échéance dix ans hexagonal reculait à 5,04 %, contre 5,07 % la veille à la clôture.
Jeudi, l'écart entre le taux français et le taux de l'Allemagne - emprunteur européen le plus solide - a atteint 1,74 point, du jamais-vu depuis 2011, alors en pleine crise des dettes souveraines en zone euro.