Norsk Hydro et l'aluminium flambent après des frappes au Moyen-Orient
information fournie par Zonebourse 30/03/2026 à 15:58

Plusieurs frappes revendiquées par l'Iran visant des fonderies d'aluminium ont fait grimper le cours de la matière première. Qui sont les gagnants et pourquoi viser ces infrastructures ?

Le week-end a été mouvementé pour le marché des matières premières. En première ligne, l'aluminium a bondi de 6%, se rapprochant de son record de mars 2022. Déjà en tension suite à la réduction de la production à Alba (15 mars) et Qatalum (12 mars), les attaques sur les principales fonderies du Moyent-Orient ont confirmé la tendance.

D'abord, Alba, au Bahreïn, a été touché par des projectiles de précision visant l'alimentation de ses cuves d'électrolyse avec comme objectif de paralyser la production à long terme. Puis peu après, le complexe d'Abu Dhabi EGA a indiqué avoir subi à son tour des "dégâts significatifs".

L'aluminium de référence à trois mois sur le London Metal Exchange (LME) a grimpé ce lundi matin à 3 492 USD, frôlant son record vieux de quatre ans (3 546 USD). Dans ce contexte de surchauffe, les producteurs du Golfe, qui assurent environ 9% de l'offre mondiale, se retrouvent pris entre deux feux. D'un côté, les frappes récentes freinent mécaniquement la production locale. De l'autre, le blocage persistant du détroit d'Ormuz paralyse toute exportation. La situation est d'autant plus critique que la région, pauvre en matières premières, dépend d'approvisionnements extérieurs eux aussi interrompus.

L'aéronautique et l'automobile en première ligne

L'aluminium est un métal industriel de première importance. Airbus et Boeing, à l'instar de tout le secteur aéronautique, dépendent étroitement de cet approvisionnement, car une grande partie de la structure des avions modernes repose sur l'aluminium.

Par ricochet, la défense est aussi une grosse consommatrice. Fin 2024, l'OTAN avait identifié neuf équipements militaires majeurs et les métaux indispensables à leur production. Parmi eux, l'aluminium intervient dans huit applications et représente le risque d'approvisionnement le plus critique.

La situation diffère radicalement pour d'autres secteurs. Les constructeurs de véhicules électriques produisent un flux plus tendu qu'Airbus ou Boeing. L'aluminium y joue pourtant un rôle critique. Déjà fragilisé, ce marché subit de plein fouet les variations des cours. Une hausse prolongée de la matière première menacerait directement la profitabilité du secteur.

A cela s'ajoutent de nombreux autres secteurs. On pense au BTP (huisseries), à l'emballage (canettes, barquettes...) ou à l'électronique. Un choc sur l'aluminium impacte donc assez directement toute la chaîne de production mondiale. Mais avant même les frappes du weekend, les modèles de RBC projetaient déjà une offre sous tension et des primes physiques élevées jusqu'en 2027.

Les producteurs miniers tirent leur épingle du jeu

A l'image du pétrole, l'envolée des cours de l'aluminium profite directement aux producteurs. Le titre du leader mondial Rio Tinto progresse de 5%, un rebond salvateur après le passage du cyclone Narelle. Fortement exposé à l'aluminium, South32 bondit de 10%. De son côté, Norsk Hydro voit son action grimper de 8%. Bien que liée à la coentreprise Qatalum au Qatar, la société norvégienne concentre la majorité de ses fonderies sur le sol européen. Elle bénéficie surtout d'un accès fiable et autonome à l'énergie grâce à ses propres actifs de production.

Mais ces tensions pourraient aussi remettre le pari Rusal dans le jeu. L'embargo sur la Russie prive l'Occident d'approvisionnements majeurs. Face à la fragilité de l'offre au Moyen-Orient, Rusal apparaît comme l'alternative naturelle. D'ailleurs, plusieurs pays se tournent déjà vers Moscou. Le Japon, notamment, envisagerait de reprendre ses achats de métaux russes selon Alphavalue, une décision qui marquerait un tournant politique majeur.

Les stocks sous surveillance

Une vigilance particulière entoure désormais la cotation de l'aluminium au LME (London Metal Exchange). Selon les derniers rapports, la part du métal russe dans les stocks est passée de 58% à 60% en février 2026, principalement en raison de la baisse des apports occidentaux. Si son usage n'est pas officiellement banni, de nombreux industriels, à l'image de BMW, boycottent cette origine. Ce phénomène crée un décalage entre les cours affichés à Londres et le prix réellement payé par les usines exigeant de l'aluminium non russe. Dans un contexte de production à flux tendu, le fait que 60% des stocks mondiaux soient jugés "inutilisables" par l'Occident amplifie mécaniquement l'impact de la baisse de production dans le Golfe.