Négociations commerciales: les distributeurs déclinent l'invitation du gouvernement
information fournie par AFP 02/11/2026 à 20:53

Le bâtiment du ministère français de l'Economie et des Finances, fréquemment surnommé "Bercy", à Paris, le 17 août 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Distributeurs et industriels étaient conviés lundi à Bercy en amont de leurs négociations tarifaires annuelles, mais les grandes enseignes de supermarchés ont décliné l'invitation du gouvernement, mobilisé sur fond d'inflation et de crise agricole.

Ce comité de préparation s'est tenu comme prévu lundi dès 15H00 sous l'égide des ministres du Commerce, Serge Papin, et de l'Agriculture, Annie Genevard, sans la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente les principales enseignes (E. Leclerc, Carrefour, Intermarché...) hors Lidl, qui a également décliné l'invitation.

La FCD réclamait au préalable deux engagements : "la transparence" sur les coûts de la matière première agricole et un traitement différencié pour les PME. En vain, selon elle.

Son absence lundi est "décevante au regard des enjeux", a commenté le cabinet de M. Papin lors d'un point presse, à l'issue de la réunion. Initialement prévu le 28 octobre, ce comité visait à poser les bases des négociations commerciales organisées chaque année, du 1er décembre au 1er mars, entre supermarchés et fournisseurs, en vue d'un "pacte de responsabilité".

"La politique de la chaise vide" est "inutile puisque la moitié des demandes sont déjà satisfaites", a abondé le cabinet de Mme Genevard, rappelant que la loi d'urgence agricole prévoit notamment une date butoir des négociations avancée au 31 janvier pour les PME.

"On veut sortir de ces réunions qui sont un théâtre et des postures où on ne prend aucune décision", avait expliqué lundi matin Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD, sur Radio Classique.

Dans une déclaration commune publiée à l'issue du rendez-vous à Bercy, les agro-industriels (Ania, La Coopération Agricole, l'Ilec) et la FNSEA, syndicat agricole dominant, ont également déploré "le refus de participation" de la grande distribution, pointant "l'urgence de la situation agricole et agroalimentaire".

"Inflation"

Réputées brutales, les négociations commerciales déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des distributeurs) et sont régulièrement accusées de mettre sous pression la rétribution des agriculteurs.

Mais le cru 2026-2027 s'annonce particulièrement tendu, sur fond d'envol des prix des carburants et de l'énergie lié à la guerre au Moyen-Orient et de moindres rendements agricoles après un été de canicule et de sécheresse.

"Les distributeurs mais également d'autres acteurs" anticipent de l'inflation en rayon dans les prochains mois, a rappelé l'entourage de M. Papin, sans donner de chiffre.

Dans ce contexte, le "message central" du ministre, "c'est que s'il doit y avoir de l'inflation, alors cette inflation doit servir (...) en priorité à nos agriculteurs (...) et à nos industriels, et notamment surtout les PME", plus "sensibles" aux "chocs" actuels, a-t-il résumé, promettant un nouveau comité sur les négociations pour la fin novembre ou en décembre.

"La hausse des coûts de production doit être prise en compte" ont de leur côté prévenu l'Ania, La Coopération Agricole, l'Ilec et la FNSEA, appelant à "la responsabilité collective".

Mais la FCD réclame des industriels qu'ils affichent "dans leurs conditions générales de vente la part de chaque matière première agricole, ou leur part globale", utilisée dans leurs produits, pour justifier les demandes de hausses de prix et garantir leur reversement aux agriculteurs.

"Fighter"

"Ces négociations commerciales, nous les abordons avec une vraie volonté de fighter (combattre, NDLR) les grands industriels et en tout cas d'exiger de la transparence", a assuré Michel-Edouard Leclerc lundi soir sur RTL.

Les justificatifs, "nous les donnons", a assuré sur RTL le président de l'Ania, Jean-François Loiseau, déplorant que la "matière première agricole" ne soit "pas payée correctement" par les distributeurs.

Lundi matin, Pact'Alim, qui représente PME et ETI, avait appelé à "ne pas reproduire", lors des négociations, "les déséquilibres" des dernières années.

Les distributeurs invitent aussi à réclamer des efforts aux multinationales (Coca-Cola, Danone, L'Oréal, etc.), qui dégagent des marges nettes "près de quatre fois plus élevées" que la moyenne de l'industrie agroalimentaire française, selon une étude du cabinet Asterès pour la FCD, contestée par l'Ania.