Musk virevolte à nouveau, sans effacer les traces de son virage politique information fournie par AFP 17/10/2026 à 02:13
Avec les saltos de sa nouvelle voiture de sport, Elon Musk fait de nouveau parler de lui pour ses paris technologiques. Mais son engagement politique aux côtés de Donald Trump le prive des éloges unanimes d'autrefois.
"Toutes les choses qu'on nous promet depuis les années 1950, les voyages dans l'espace, les voitures volantes... il est en train de les réaliser", estime Andrew Selepak, spécialiste des réseaux sociaux à l'université de Floride.
"Et pourtant, on n'y prête pas l'attention, l'admiration qu'elles mériteraient probablement", ajoute-t-il.
Ces dernières semaines, l'homme le plus riche du monde a semblé omniprésent. Jeudi, il dévoilait son Roadster Tesla, un prototype de voiture électrique équipé de propulseurs lui permettant quelques cabrioles dans les airs. Même s'il ne sera pas commercialisé avant 2028 et que la version de série s'annonce moins spectaculaire, les images ont fait le tour du monde.
Le 28 septembre, Starship, la mégafusée de son entreprise spatiale SpaceX, a atteint l'orbite pour la première fois et déployé 26 satellites Starlink, son service d'accès à internet, avant d'amerrir dans le Pacifique, posant un nouveau jalon pour ses ambitions martiennes.
Son poids géopolitique s'est aussi manifesté, l'Ukraine se plaignant de perturbations de Starshield, la version militaire de Starlink, dont dépendent ses forces armées.
Même l'ancien Twitter, devenu X après son rachat par Elon Musk en 2022, s'est imposé comme le principal lieu de discussion sur l'intelligence artificielle.
Mais son engagement sans relâche à droite a laissé des traces.
Aucune image ne l'a mieux illustré que celle du multimilliardaire brandissant, en février 2025, une tronçonneuse offerte par l'ultralibéral président argentin Javier Milei. Il incarnait alors la volonté de Donald Trump, tout juste réinvesti, de tailler dans les dépenses de l'État fédéral.
Les coupes réalisées dans les administrations ont de fait démantelé l'USAID, l'agence américaine d'aide au développement, et contribué à la suppression de centaines de milliers d'emplois.
– "Trésor national" –
Sur X, ses prises de position polémiques sur l'immigration ou sur des controverses d'extrême droite côtoient ses commentaires enthousiastes sur les fusées, les robotaxis Tesla et les débats sur l'essor de l'IA.
Elon Musk est par ailleurs revenu dans les bonnes grâces de Donald Trump, après la brouille spectaculaire qui avait suivi son départ du gouvernement en mai 2025.
La semaine dernière, le président américain lui a remis la plus haute distinction scientifique du pays, le qualifiant de "trésor national" et de "Thomas Edison des temps modernes".
Le milliardaire a dépensé au moins 276 millions de dollars pour soutenir les candidats républicains aux élections de mi-mandat du 3 novembre, où le parti présidentiel est donné en difficulté.
Plus de la moitié, 158 millions, est allée au Texas, où il vit et où le candidat républicain pour le Sénat est distancé dans les sondages.
Pour les commentateurs de gauche, il apparaît désormais moins comme un génie œuvrant pour le bien de l'humanité que comme un relais de Donald Trump et des milliardaires de la tech.
Cette vision traverse "Musk", documentaire du réalisateur oscarisé Alex Gibney, en salles aux États-Unis.
"Je l'ai décrit un jour comme quelqu'un capable de sauter d'une falaise et d'inventer un parachute pendant la chute. Je pense qu'il se nourrit du chaos", a déclaré sa première épouse, Justine Musk, à la journaliste Kara Swisher.
Elle dit toutefois partir "toujours du principe qu'il y a une logique derrière sa folie", nombre de ses coups d'éclat pouvant n'être que des diversions et des "tours de passe-passe".
Ses rapports avec Washington pourraient obéir au même calcul.
Peu d'entrepreneurs dépendent autant que lui de l'État fédéral : SpaceX, entrée en Bourse en juin lors de la plus importante introduction de l'histoire, tire chaque année des milliards de dollars de ses contrats avec la Nasa et le Pentagone, tandis que le pari de Tesla sur les taxis autonomes dépend du feu vert des autorités.
Sous cet angle, les millions versés aux républicains pourraient relever moins d'une réconciliation politique que d'un investissement.