Municipales: à 80 ans révolus, ces barons locaux en quête d'un mandat de plus
information fournie par AFP 17/02/2026 à 16:21

Laurent Cathala, le 29 janvier 2026 à l'hôtel de ville de Créteil ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Laurent Cathala, Jacques Kossowski, André Laignel, Patrick Ollier ou encore André Santini: tous octogénaires et maires depuis des décennies, ils se représentent aux élections municipales dans leur ville, où les oppositions retiennent leurs coups contre ces barons locaux.

Laurent Cathala, 80 ans, maire de Créteil (Val-de-Marne) et André Laignel, 83 ans, maire d'Issoudun (Indre), tous deux socialistes, dirigent leur ville depuis 1977 et concourent à un neuvième mandat.

Dans les Hauts-de-Seine, André Santini (UDI), 85 ans, règne sur Issy-les-Moulineaux depuis 1980, Jacques Kossowski (LR), 85 ans également, est maire de Courbevoie depuis 1995 et Patrick Ollier (LR), 81 ans, est à la tête de Rueil-Malmaison depuis 2004.

"Ils veulent faire de la ville leur ville", estime auprès de l'AFP Cécile Soubelet, secrétaire de la section PS d'Issy-les-Moulineaux.

Eux revendiquent un attachement viscéral à leur commune. "C'est l'amour de ma ville qui est au cœur de ma démarche", indique André Laignel à l'AFP quand Patrick Ollier évoque sa "passion totale". "Quand on aime on ne compte pas", déclarait en décembre Laurent Cathala, qui pilote une ville-préfecture de plus de 90.000 habitants.

André Laignel, le 20 novembre 2025 à Paris ( POOL / Bertrand GUAY )

D'autant que ces octogénaires se disent en pleine forme. André Laignel affiche une santé "excellente". "Si j'avais une once de doute" sur "mon état physique, je ne me représenterais pas", assure Patrick Ollier, qui a toutefois annoncé qu'il passerait le relais à un adjoint en cours de mandat, de même que Jacques Kossowki.

André Santini, récemment hospitalisé pour une chute, a écrit dans une lettre aux Isséens: "J'ai dû prendre soin de ma santé mais aujourd'hui, je suis prêt".

Après des décennies en fonction, tous font valoir la continuité nécessaire "dans un monde incertain et une France en déliquescence", selon les termes du maire d'Issoudun.

- "Changement" nécessaire -

Patrick Ollier, le 12 mars 2025 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Au contraire, pour leurs opposants, les évolutions constatées depuis les municipales de 2020 appellent au changement. "La Covid a tout bouleversé", fait valoir Aurélie Taquillain, candidate divers droite à Courbevoie.

Du côté des adversaires de Patrick Ollier aussi, "on insiste sur la nécessité du changement", du "renouveau à Rueil" (plus de 80.000 habitants), explique Leslie Theil-Vérin (PS), figurant sur la liste d'union de la gauche et des écologistes de Patrick Indjian.

Dans l'Indre, Julien Dubot, à la tête de la liste Issoudun demain (sans étiquette), plaide pour "une nécessité absolue de renouveau démocratique".

Mais, dans des communes où ces ténors ont été largement réélus en 2020, pour certains (André Laignel et André Santini) dès le premier tour, le bilan des sortants recueille des commentaires bienveillants des oppositions.

À Issy, André Santini "a su attirer les sièges sociaux de grandes entreprises: Coca-Cola, Microsoft , Orange ...", reconnaît Cécile Soubelet, responsable socialiste dans cette ville de près de 70.000 habitants.

"Beaucoup d'habitants (de Créteil) sont satisfaits" de Laurent Cathala, relève le candidat Insoumis Abdoulbar Djaffar, qui évoque les "politiques ambitieuses" du maire.

- "Système" -

Même le candidat de Lutte ouvrière à Issoudun (plus de 10.000 habitants), Damien Mercier, estime qu'André Laignel "a démontré qu'il pouvait être apprécié pour son travail".

Les opposants s'accordent en revanche à dénoncer le "système" de pouvoir de ces maires.

André Santini, le 23 mars 2024 à Issy-les-Moulineaux ( AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT )

"Quarante-huit ans de mandat ce n'est pas anodin. Ça installe certaines habitudes", souligne M. Djaffar. À Issy, "le système Santini est un système très vertical, de l'entre-soi", pointe Cécile Soubelet. Aurélie Taquillain dénonce, elle, une "politique à l'ancienne" à Courbevoie (un peu plus de 80.000 habitants), avec "des réseaux bien installés".

Et elle dit ressentir la colère des électeurs. Au marché Charras, Gérard, retraité de 78 ans ne souhaitant pas donner son nom, conseille au maire d'aller "se reposer". "On vous a assez vu", s'agace-t-il.

Mais Sylvie, 55 ans, manager dans les télécoms qui requiert aussi l'anonymat, est plutôt "agacée par les dissidences", plusieurs anciens adjoints ayant rejoint Aurélie Taquillain.

Les cinq octogénaires ont été réélus en 2020 avec une abstention supérieure à la moyenne nationale, jusqu'à 19 points pour Laurent Cathala. Pour Abdoulbar Djaffar, "cela traduit un sentiment que voter ne sert à rien".