Premiers pourparlers entre le Liban et Israël à Washington, sans le Hezbollah information fournie par AFP 14/04/2026 à 12:22
Washington accueille mardi des pourparlers directs de paix, les premiers du genre depuis 1993, entre des représentants du Liban et d'Israël mais avec un grand absent, le Hezbollah, réduisant les perspectives d'accord.
Parallèlement, le blocus américain des ports d'Iran, jugé mardi "dangereux et irresponsable" par Pékin, se poursuit au lendemain de son entrée en vigueur, après l'échec de discussions au Pakistan entre Washington et Téhéran.
La guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, a embrasé le Moyen-Orient, déstabilisé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
Un fragile cessez-le-feu est en place depuis le 8 avril. Mais selon Israël et les Etats-Unis, il n'inclut pas le Liban, où les frappes israéliennes contre le Hezbollah pro-iranien continuent.
Depuis que le pays a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit, les bombardements ont fait plus de 2.000 morts et déplacé plus d'un million de personnes.
Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", dénonçant une "capitulation".
Les discussions doivent se dérouler en fin de matinée à Washington sous la médiation du chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, avec les ambassadeurs israélien et libanais, Yechiel Leiter et Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Michel Issa.
- "Fatigués" -
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a posé deux conditions aux pourparlers: le "désarmement du Hezbollah" et la recherche d'un "véritable accord de paix".
Selon un responsable du département d'Etat, parlant sous couvert d'anonymat, les discussions ont pour objectif "de garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d'Israël et à soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique".
Côté libanais, le président Joseph Aoun a dit espérer la conclusion d'un accord sur un cessez-le-feu, "dans le but d'entamer des négociations directes entre le Liban et Israël", techniquement en état de guerre depuis des décennies.
A Beyrouth, des Libanais, las des guerres successives avec Israël, mettent leurs espoirs dans ces discussions.
"Nous sommes pour (les négociations) si c'est dans l'intérêt du Liban, si cela résout les problèmes", dit à l'AFP Kamal Ayad, un réparateur de fenêtres de 49 ans. "Nous voulons la paix, pour nos enfants et notre avenir, nous sommes fatigués, nous avons vécu tant de guerres".
L'administration américaine insiste sur le désarmement du Hezbollah, regrettant que l'armée libanaise n'ait pas su ou pu le faire jusqu'à présent. Mais Washington est entre deux feux, exigeant le respect de l'intégrité territoriale du Liban, tout en soutenant le droit d'Israël à se défendre.
Il va falloir "beaucoup d'imagination et d'optimisme pour penser" que le différend entre Israël et le Liban "puisse être résolu à Washington", souligne un ancien responsable israélien de la Défense. "Il sera très difficile de parvenir à un accord, et Israël va créer une zone tampon dans le nord, très similaire à celle que nous avons à Gaza", dit-il sous couvert d'anonymat.
Israël prévoit d'établir une "zone de sécurité" dans le sud du Liban, que ses forces ont envahi pour éliminer selon eux la menace que le Hezbollah pose pour les habitants du nord d'Israël.
Un précédent cessez-le-feu avait été décrété en novembre 2024 mais Israël avait continué de pilonner les zones frontalières pour anéantir les positions du Hezbollah et neutraliser ses chefs.
- "Irresponsable" -
En Iran, le blocus maritime des Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman est toujours en cours.
Pékin, qui dépend largement de l'Iran pour son approvisionnement pétrolier, a appelé au rétablissement d'une navigation "sans entraves" dans le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce notamment des hydrocarbures et verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre.
Le blocus "ne fera qu'exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit", a regretté Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant d'un comportement "dangereux et irresponsable".
Une visioconférence doit être organisée par la France et le Royaume-Uni vendredi entre des "pays non belligérants prêts à contribuer" à "une mission défensive" à Ormuz pour restaurer la liberté de navigation, selon l'Elysée.
Le président américain Donald Trump a menacé de "destruction" tout "navire d'attaque rapide" iranien forçant le blocus. En retour, Téhéran a dénoncé un acte "illégal" de "piraterie" et averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si la sécurité de ses ports était "menacée".