Moyen-Orient : les taux des dettes flambent en Europe, celui de la France à un niveau inédit depuis juin 2009
information fournie par Boursorama avec AFP 09/07/2026 à 08:23

( AFP / FRED TANNEAU )

Les taux d'intérêt des dettes des Etats ont flambé en Europe mercredi, avec un taux d'emprunt français au plus haut depuis juin 2009 face à la reprise des hostilités au Moyen-Orient, qui ravive les craintes d'un choc inflationniste.

Le coût de l'emprunt français à échéance dix ans a grimpé à 3,92%, contre 3,79% la veille à la clôture.

Son équivalent allemand, référence en Europe, s'est hissé au-dessus du cap symbolique de 3%, à 3,09%, contre 2,99% mardi soir. Et le taux italien à dix ans a atteint 3,91%, contre 3,77% mardi à la clôture.

Hors zone euro, le taux britannique à dix ans s'est inscrit à 4,97%, contre 4,84% la veille.

Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", dans la foulée d'échanges de frappes entre les deux pays au Moyen-Orient.

Ces déclarations "ont mis le feu aux poudres", provoquant une envolée des prix du pétrole, a souligné Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.

Deux effets entraînent la flambée des taux d'intérêt des dettes publiques. D'abord, la hausse des prix du pétrole et du gaz alimente les craintes de poussées inflationnistes.

Or, une inflation plus forte réduit la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus hauts pour compenser cette perte.

Deuxièmement, si l'inflation devenait élevée, il est probable que les banques centrales soient amenées à augmenter leur taux directeur. En conséquence, les taux d'intérêt des précédentes dettes sur les marchés monteraient pour rester compétitifs.

Sujet "spécifique à la France"

En France, en plus du retour en force du risque géopolitique qui pousse les taux d'emprunt mondiaux, le taux de l'Etat français "se tend encore un peu plus avec l'annonce de la candidature de Marine Le Pen" à l'élection présidentielle en 2027, a déclaré à l'AFP Célia Levy, directrice des gestions obligataires de Delubac AM.

La cheffe de file du Rassemblement national a bouleversé le cours de la campagne électorale en annonçant mardi sa candidature à la présidentielle, quelques heures après l'annonce de l'arrêt de la cour d'appel confirmant sa condamnation dans l'affaire des assistants parlementaires européens.

Selon l'Agence France-Trésor (AFT), service de Bercy qui émet les obligations françaises, 56% des créanciers de la France étaient "non-résidents" fiscaux fin 2025. Ces investisseurs étrangers "réévaluent les sujets spécifiques à la France, les risques avant la campagne", souligne Célia Levy, "notamment sur la politique fiscale et budgétaire".

Pour autant, elle ne constate pas de "crise de confiance" concernant la dette française.

En 2024 déjà, les investisseurs avaient sanctionné sur la dette de la France l'éventuelle arrivée de l'extrême droite au pouvoir, après l'annonce surprise de la dissolution de l'Assemblée nationale. L'écart entre le taux de l'emprunt français à échéance 10 ans et le taux allemand avait atteint un record depuis 2020.

Appelé "spread" dans le jargon financier, l'écart entre ces deux taux a atteint 0,83 point de pourcentage mercredi, son plus haut niveau depuis octobre.