Moscou construit une base de lancement de drones à réaction en un temps record information fournie par Reuters 15/10/2026 à 11:59
par Tom Balmforth et Edward Carron
La Russie a quasiment achevé la construction d'une nouvelle base destinée au lancement de drones à réaction en à peine six semaines, selon des experts de la défense et une analyse de Reuters fondée sur des images satellites, dernier exemple de l'expansion de ses capacités de frappe à proximité de l'Ukraine.
Le site, situé dans ce qui n'était encore qu'un espace vide dans la région russe de Rostov, dans le sud-ouest du pays, le 31 août, est devenu une vaste implantation couvrant une superficie équivalente à environ 126 terrains de football, selon des images fournies par Planet Labs et Airbus.
Cette construction coïncide avec un recours de plus en plus massif par la Russie à des drones d'attaque à réaction contre l'Ukraine, qui peine à intercepter ces armes plus rapides pouvant atteindre des vitesses allant jusqu'à 600 km/h.
Mike Monnik, fondateur et directeur général de la société privée de renseignement DroneSec, a déclaré que le site visible sur les images permettrait de lancer les modèles Geran-4 et Geran-5, les plus récents types de drones à réaction russes.
Selon lui, l'extrémité ouest de l'installation comporte huit plateformes destinées à des rails de lancement capables de tirer ces drones, venant s'ajouter à un réseau russe existant d'au moins 11 sites fixes de lancement utilisés pour des attaques de drones contre l'Ukraine.
"La rapidité de la construction (...) démontre la facilité avec laquelle la Russie peut désormais déployer rapidement des capacités offensives bien établies", a déclaré Mike Monnik.
Le site, a-t-il ajouté, semble très proche de son achèvement et ce n'est "probablement qu'une question de semaines avant (qu'il soit) pleinement opérationnel".
UN DÉFI LANCÉ À L'OTAN
La construction de cette installation coïncide avec la dégradation des relations entre la Russie et l'alliance militaire de l'Otan.
Les gouvernements européens accusent Moscou d'intensifier une campagne de sabotage, d'incursions de drones et de cyberattaques à leur encontre, tandis que la Russie a une nouvelle fois prévenu le mois dernier qu'elle pourrait recourir à l'arme nucléaire si l'Otan tentait de couper son enclave de Kaliningrad.
Mike Monnik souligne que la combinaison entre la production industrielle de drones à réaction, leur sophistication croissante et l'absence relative de défenses antidrones complètes dans de nombreux pays de l'Otan constitue un défi pour l'Occident.
"Cette capacité à déployer rapidement une faculté de lancer des attaques de grande ampleur à l'aide de systèmes aériens sans pilote (UAS) représente une vulnérabilité stratégique pour les pays de l'Otan", juge-t-il.
Selon Mike Monnik, l'installation pourrait être en mesure de lancer 100 drones à réaction ou davantage sur une période de 24 heures.
"L'ampleur de cette construction en si peu de temps est impressionnante", a commenté Rob Jordan, directeur de programme au sein du groupe de réflexion londonien RUSI. "Cela montre à quel point la Russie mise sur sa capacité de frappe dans la profondeur, peut-être au détriment de ses forces terrestres conventionnelles."
Le ministère russe de la Défense n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire sur cette installation et sur son programme de drones à réaction de manière plus générale.
LES DRONES À RÉACTION DE PLUS EN PLUS PRISÉS
Des analystes militaires supputent que la Russie a réorienté ses capacités de production de drones vers des modèles à réaction, l'Ukraine éprouvant des difficultés à les contrer.
La Russie a multiplié par près de six l'utilisation de drones à réaction au cours de l'été, selon des données militaires ukrainiennes divulguées le mois dernier par Reuters qui montraient que Kyiv et sa région étaient particulièrement visées.
Ces drones à réaction préoccupent le gouvernement de Kyiv car ils sont trop rapides pour les drones intercepteurs conçus par l'Ukraine qui cherche une parade.
Des images aériennes de la nouvelle installation prises le 31 août montraient quelques véhicules dans un champ mais aucun signe de construction. Les images prises le lendemain matin révélaient que les travaux avaient commencé.
Le site, qui couvre une superficie d'environ 1 km², est situé à environ 3,5 km de la base aérienne russe de Millerovo, près de la frontière russo-ukrainienne.
Selon DroneSec, le nouveau site de lancement se trouve probablement à l'intérieur de la "bulle" de défense aérienne assurée par les systèmes déployés sur la base aérienne, ce qui complique d'éventuelles tentatives ukrainiennes de le viser.
Parmi les huit plateformes de lancement, deux étaient déjà équipées de rails, selon une analyse de Reuters. Des rails étaient également en cours d'installation sur deux autres plateformes, tandis que d'autres travaux étaient visibles depuis l'espace au cours des trois derniers jours de la semaine.
(Reportage Tom Balmforth et Edward Carron à Londres; avec Pola Grzanka à Mexico; version française Nicolas Delame)