Mort de Nahel Merzouk: le policier auteur du tir sera jugé pour violences et non pour meurtre
information fournie par AFP 05/03/2026 à 14:01

Des manifestants tiennent une banderole "Justice pour Nahel" lors d'un rassemblement marquant les deux ans de la mort de Nahel Merzouk, à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 27 juin 2025 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Le policier auteur du tir ayant tué Nahel Merzouk en juin 2023 à Nanterre sera jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner et non pour meurtre, une décision qualifiée par la famille de l'adolescent de "scandaleuse".

La cour d'appel de Versailles a décidé jeudi la requalification des faits à l'encontre du policier initialement poursuivi pour meurtre et ordonné qu'il soit jugé devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine.

Nahel Merzouk, 17 ans, a été tué le 27 juin 2023 d'une balle tirée à bout portant par un policier qui contrôlait le véhicule qu'il conduisait.

Son décès, devenu symbole des violences policières, avait été à l'origine de plusieurs nuits d'émeutes à travers la France.

Le 3 juin 2025, deux juges d'instruction avaient ordonné le renvoi du fonctionnaire auteur du tir devant la cour d'assises pour meurtre, conformément aux réquisitions du parquet de Nanterre. Le policier avait fait appel de cette ordonnance.

La cour d'appel "n'a pas suivi les juges d'instruction quant à l'intention homicide, estimant qu'il n'était pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d'ôter la vie au conducteur".

"Florian M. avait pu avoir la conviction qu'en redémarrant, la (voiture) était susceptible de porter atteinte à l'intégrité physique de tiers ou à la sienne", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

La cour d'appel a par ailleurs confirmé le non-lieu pour le second policier présent lors de l'intervention.

- "Application stricte du droit" -

"S'agissant de mon client, la cour a décidé qu'il n'y avait pas d'intention d'homicide, c'est-à-dire qu'il n'a pas essayé de tuer Monsieur Nahel Merzouk", a réagi Laurent-Franck Liénard, avocat du policier auteur du tir.

"La cour n'a pas eu le courage de prononcer le non-lieu qu'elle devait prononcer puisque nous sommes dans un cas d'application stricte du droit et mon client n'a fait qu'appliquer la loi", a déploré Me Liénard, qui envisage de "saisir la Cour de cassation".

Des manifestants lors d'un rassemblement marquant les deux ans de la mort de Nahel Merzouk, à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 27 juin 2025 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Pour Me Frank Berton, qui défend la mère de l'adolescent, cette décision est "scandaleuse et honteuse".

"Je peux vous dire que la mère de Nahel est scandalisée, tous ses comités de soutien le sont aussi: jusqu'à présent, ils ont fait confiance à la justice, et la chambre de l'instruction de Versailles confisque le débat qui devait se tenir devant une cour d'assises", a-t-il regretté.

Le conseil de Mounia Merzouk estime que cette requalification équivaut à "mettre en place des barrières de protection pour le policier, en disant bien évidemment, on ne va pas renvoyer un policier devant une cour d'assises", en somme "une décision pas que juridique (mais) aussi politique".

- "Incompréhensible" -

Pour Me Margot Pugliese, qui défend plusieurs membres de la famille de Nahel, la décision de la cour d'appel est "extrêmement décevante et à ce stade incompréhensible".

"Ce qui est encore plus étonnant, c'est que la cour n'ait pas retenu les circonstances aggravantes qui sont l'utilisation d'une arme et la qualité de policier de l'auteur de ces faits", a-t-elle commenté.

Satisfaction en revanche chez Me Pauline Ragot, qui défend le second policier ayant bénéficié d'un non-lieu, une "décision qui rétablit une partie de la vérité (...) en venant entériner l'innocence de (s)on client".

"La cour d'appel vient de confirmer (...) qu'il n'a non seulement jamais porté aucun coup à Nahel Merzouk et qu'il n'a jamais non plus incité au meurtre par ses propos", a-t-elle déclaré.

Elle a par ailleurs annoncé qu'elle déposerait plainte pour dénonciation calomnieuse à l'encontre des deux passagers du véhicule que conduisait Nahel Merzouk, dénonçant des "mensonges" de ces deux jeunes.

Les avocates de ces derniers, Mes Pauline Rainaut et Karen Noblinski, n'ont pas réagi dans l'immédiat à l'annonce de cette plainte.

A Nanterre, plusieurs habitants de la cité Pablo Picasso, dont Nahel Merzouk était originaire, évoquent auprès de l'AFP une forme d'injustice.

"C'est scandaleux mais on n'est pas étonnés. On savait qu'à partir du moment où c'est un policier qui est mis en cause, tout serait fait pour minimiser la peine qu'il peut recevoir", estime une trentenaire qui a souhaité rester anonyme.

"C'est flagrant que c'est un meurtre", abonde, quelques dizaines de mètres plus loin, Mohand Cherkit, 65 ans. "C'était un gosse de 17 ans, dans une voiture, (...) sur qui on a tiré à bout portant."

"Ce policier devrait être démis de ses fonctions", estime Zakaria, né à Nanterre et âgé de 40 ans, devant une fresque en hommage à l'adolescent. Il espère qu'à "un moment, la justice fasse son travail".