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Breton appelle à une approche coordonnée de l'UE vis-à-vis
de la
Chine
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L'avertissement précède la visite de l'Allemand Scholz à
Pékin
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Breton avertit les entreprises de l'UE du risque
d'investir dans
les régimes autocratiques
par Michel Rose
PARIS, 31 octobre (Reuter) - Les membres de l'Union
européenne (UE) doivent prendre conscience que la Chine est un
rival systémique et ne pas faire preuve de "naïveté" lorsqu'ils
acceptent des investissements chinois, a déclaré lundi Thierry
Breton, commissaire européen au Marché intérieur, dans un
avertissement à peine voilé à l'Allemagne.
Au cours des dernières années, l'Union européenne a adopté
une série de mesures défensives visant à mieux contrôler les
investissements des entreprises publiques étrangères, y compris
chinoises, afin d'éviter que des puissances rivales ne les
utilisent pour exercer des pressions politiques.
De nombreux diplomates ont été déconcertés par la récente
décision de l'Allemagne d'approuver la vente d'une participation
de 24,9% dans le port de Hambourg, le plus grand du pays, à la
société chinoise Cosco.
En réponse à cet investissement, Thierry Breton a déclaré
lors d'un entretien accordé à Reuters qu'il "préférait" la
décision de vendre seulement 25% du terminal plutôt que la
proposition initiale de 35% de participation avec minorité de
blocage.
"Il faut que nous soyons extrêmement vigilants", a-t-il dit.
"Les États membres ne peuvent plus dire : cela a déjà été fait
avant, donc je vais continuer à le faire".
Depuis que l'UE a qualifié la Chine de "rival systémique" en
2019, l'UE a adopté une série de mesures qu'elle peut utiliser
pour bloquer les investissements dans les infrastructures
critiques, a rappelé le commissaire.
"Il appartient aux Etats membres de s'en saisir et de faire
évoluer leurs comportements."
Cet avertissement intervient avant la visite du chancelier
allemand Olaf Scholz à Pékin le 4 novembre, la première d'un
dirigeant de l'Union européenne en Chine depuis le début de la
pandémie de COVID-19.
Le dirigeant allemand a fait l'objet de critiques pour avoir
autorisé le chinois Cosco à investir à Hambourg malgré la forte
opposition de ses partenaires de coalition, qui s'inquiètent de
l'influence chinoise sur les infrastructures critiques.
Des sources gouvernementales françaises et allemandes ont
déclaré à Reuters qu'Emmanuel Macron avait suggéré à Olaf Scholz
qu'ils se rendent ensemble à Pékin pour envoyer un signal
d'unité européenne, mais le chancelier allemand a décliné
l'offre du président français.
Interrogé sur le voyage d'Olaf Scholz, Thierry Breton a
déclaré que les pays de l'UE devraient adopter une approche plus
unie.
"Il est très important que les Etats (...) fassent évoluer
leur comportement vis-à-vis de la Chine, dans un cadre beaucoup
plus coordonnée plutôt qu'individuel, comme la Chine évidemment
ne cesse de vouloir le faire", a-t-il dit.
L'approche plus défensive de l'UE à l'égard de la Chine
vient en réponse à l'attitude de Pékin durant la pandémie de
COVID-19, lorsque les autorités ont exploité la dépendance des
Européens à travers la "diplomatie des masques", a noté Thierry
Breton.
"Tout ces éléments, nous ne pouvons pas les oublier (...)
L'ère de la naïveté c'est terminé. Le marché européen est
ouvert, sous conditions."
Il a également averti les entreprises européennes, qui
seraient tentées d'accroître leurs investissements en Chine,
qu'elles le faisaient à leurs risques et périls dans un pays qui
devient plus "autocratique".
Le groupe chimique allemand BASF a notamment déclaré viser
une expansion en Chine, au détriment de ses sites en Europe
qu'il veut réduire "de manière permanente" pour cause de
croissance atone, de coûts énergétiques élevés et d'une
réglementation excessive. nL8N31R10U
"Il y a des incertitudes pour les entreprises qui vont faire
ce pari", estime Thierry Breton. "Il y a un avantage très
important à être basé en Europe: l'état de droit, la protection
des entreprises et la visibilité".
(Reportage Michel Rose, version française Kate Entringer)